Etplus particuliĂšrement la relation entre le chasseur et le gibier quâil traque et quâil tue. La premiĂšre distinction Ă poser dans cette relation entre le chasseur et les bĂȘtes est la suivante: le chasseur a une vĂ©ritable affection pour les animaux quâil a domestiquĂ©, son chien, sa meute, ses chevaux. Quant aux bĂȘtes sauvages, il
Amisde nos jardins, les oiseaux peuvent devenir indésirables à certaines périodes, dévalisant le verger et picorant les semis. Pour mettre en fuite ces bandes de
IlcoĂ»te CHF 10â000 â 20â000 selon la taille des cornes. Les chasseurs de trophĂ©es recherchent les animaux pourvus de cornes imposantes, mais ne sâintĂ©ressent pas Ă la viande. Les bouquetins sont parfois appĂątĂ©s avec des pierres Ă sel. Dans les autres cantons, ce type de chasse aux trophĂ©es nâest pas ouverte aux Ă©trangers.
Rassurezvous, ce nâest pas indispensable pour la comprĂ©hension de Final Fantasy XV. Les trophĂ©es sont relativement simples, la plupart tomberont tout seul durant votre partie. Il nây a donc pas vraiment de ligne de conduite Ă suivre en particulier, vous pouvez faire les missions principales et les quĂȘtes secondaires comme bon vous semble.
Tousles chats sont par instinct des chasseurs. Si vous voulez préserver la vie des oiseaux et des souris de votre jardin, choisissez un chaton dont la mÚre ne chassait pas et amenez-le chez
LestrophĂ©es de chasse sont classĂ©s sous le code SH 9705.00.00. 00. Ceci dit, ils sont exempts de droits de douane. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, vous nâaurez pas Ă payer de taxes (TPS et TVQ) si votre trophĂ©e de chasse a une valeur de 800 $ CAN et moins, car il est considĂ©rĂ© comme Ă©tant un effet personnel. Pour ce faire, vous devrez prĂ©senter la version
Chassedautomne pour les oiseaux. armes et trophées tableaux de myloview. La meilleure des qualités images, , papiers peints, posters, stickers. Vous voulez décorer votre maison? Seulement avec myloview
Dx3o. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fouâ
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Bonjour Ă tous voilĂ j ai besoin de votre avis j ai une chienne Ă©pagneul qui a 8 ans et que j ai du faire stĂ©riliser suite Ă une infection cette chienne c est pour moi LA chienne de ma vie de chasseur j en ai eu 3 avant elle qui chassait bien mais elle est au top du top sur tous gibiers mais bon les annĂ©es passent et je pense dĂ©jĂ Ă la relĂšve je pensais en prendre un ou une lorsque celle lĂ aura 10 ans qu en pensez vous ? C est pas trop tĂŽt ? Pas trop tard ? J aimerais que le prochain est le temps de chasser avec l actuelle et qu il se fasse avec elle mes chiennes prĂ©cĂ©dentes ont Ă©tĂ© activĂ© jusqu Ă l Ăąge de 14 ou15 ans mais elles Ă©taient cuites la colline c est dur c est pas lĂ plaine bon enfin voilĂ donnez moi vos avis svp et merci par avance dougege â ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtreâ
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Salut jâeffectue la relĂšve Ă 7 ans. Ma vieille Tessa est dans sa 14Ă©me annĂ©e, en fin de vie une chienne exceptionnelle. Jâavais assurĂ© la relĂšve quand elle avait 7 ans, donc mon Izza est dans sa septiĂšme annĂ©e et jâai donc assurĂ© Ă nouveau la relĂšve en faisant rentrer Pia qui a maintenant 6 mois. Izza a bien plus appris de Tessa que des stages de dressage et je compte donc beaucoup sur Izza pour former Pia. Je pense quâen associant une jeune chienne avec une pas trop vieille, le courant passe assez bien. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fouâ
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Merci pour tes conseils et ton expĂ©rience je pense que tu as raison au plus la nouvelle recrue passera de temps avec ma chienne au plus elle apprendra je vais donc chercher tranquillement un nouveau compagnon dougege â ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtreâ
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Merci pour tes conseils et ton expĂ©rience je pense que tu as raison au plus la nouvelle recrue passera de temps avec ma chienne au plus elle apprendra je vais donc chercher tranquillement un nouveau compagnonLe temps nous a manquĂ© faute au virus, mais câest surtout le gibier qui nous a manquĂ©! Je ne suis vraiment pas satisfait de cette premiĂšre saison pour ma jeune Pia. Tout dâabord une quasi totale absence de cailles ce qui, pour moi, est le meilleur gibier pour former un chien dâarrĂȘt, mais beaucoup de liĂšvres et donc de trop nombreuses et inutiles vient la saison des passereaux et les longs moments dâaffĂ»t, lĂ impeccable, elle a vite appris le passage du stationnement fixe, quand je suis immobile, Ă la quĂȘte dĂšs que je me remet en marche. Elle nâa pas eu grand chose Ă rapporter, mais elle rapporte. Le rapport devient une compĂ©tition entre les mâont fait voler quelques faisans et perdreaux, puis on passe prioritairement Ă la bĂ©casse, mais lĂ pas de chance, confinĂ©s pendant le meilleur mois, aprĂšs nous en lĂšverons finalement 15, toutes dans de trĂšs mauvaises conditions, des oiseaux qui ne tenaient pas lâarrĂȘt, piĂ©taient, de fait je nâai pas vu ma jeune Pia tenir un arrĂȘt ferme et long de toute la saison, ce qui me dĂ©sole!Il nây a plus quâa attendre, plein dâespoir, la saison prochaine. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fouâ
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Salut dougege oui cette saison a Ă©tĂ© frustrante autant pour nous que pour nos fidĂšles compagnons je n ai toujours pas trouvĂ© de relevĂ© mais aussi Ă cause du confinement et aprĂšs la rĂšgle des 20 km et puis en gĂ©nĂ©ral les nouvelles portĂ©es arrivent vers juin je comptais un peu sur les diffĂ©rents salons et fĂȘtes de la chasse mais je crois bien que c est cuit bon on verra bien dougege â ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtreâ
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Bonjour ,ça avance cette relĂšve?Si je ne mâabuse il est autorisĂ© dâaller prendre livraison dâun chien pendant le confinement. Raphael30 â ModĂ©rateur LocalisationNord Bouches du RhĂŽne Inscrit le2009-01-11 193702Hors ligneTotaux 5900Dieu suprĂȘmeâ
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Alors ,ça avance cette relĂšve?Si je ne mâabuse il est autorisĂ© dâaller prendre livraison dâun chien pendant le câest exact galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fouâ
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Salut RaphaĂ«l ben je regarde les petites annonces tous les jours alors oui il y a pas mal de beaux Ă©pagneuls un peu partout mais pas trop dans les bouches du RhĂŽne et dĂ©partements voisins aujourdâhui sur le bon coin il y a une annonce avec 2 femelles extra chasse et en don sur Montpellier je vais appeler le gars et voir ça en tout cas sur la photo elle sont superbes đa voir Raphael30 â ModĂ©rateur LocalisationNord Bouches du RhĂŽne Inscrit le2009-01-11 193702Hors ligneTotaux 5900Dieu suprĂȘmeâ
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Sâil sâagit dâun particulier, tu nâauras pas la possibilitĂ©, lĂ©galement, de te rendre jusquâĂ Montpellier. Câest trĂšs em..rdant !!! dougege â ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtreâ
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Vu le monde quâil y a sur la route les contrĂŽles sont pratiquement impossible. Jeudi dernier jâai emmenĂ© mon Ă©pouse Ă lâaĂ©roport de Lyon. Et si jâavais pensĂ© ĂȘtre quasiment seul sur la route et avoir Ă prĂ©senter des justificatifs ce fut loin dâĂȘtre le cas, une journĂ©e ordinaire avec une circulation dense, des embouteillages Ă Lyon, ce qui de fait, laisse peu de possibilitĂ© Ă la marĂ©chaussĂ©e dâeffectuer des contrĂŽles. Avec une cane Ă pĂȘche dans la voiture et ton permis de pĂȘche dans la poche tu as le droit de te dĂ©placer dans tout ton dĂ©partement plus 10 km dans le dĂ©partement voisin⊠dougege â ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtreâ
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Ma jeune Pia soufflant la bougie de son premier anniversaire le 24 dĂ©cembre dernier. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fouâ
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Salut dougege he ben elle est gatee la jolie pia !c est bien tu as raison nos chiens meritent qu on les gate avec tout ce qu ils font pour nous c est normal bon moi pour l annonce he bien le temps que je mette une canne a peche dans la voiture,suivant tes conseils,les 2 petites chiennes etaient placees c est pas grave j ai le temps ma heva est encore bien vaillante et des que l occasion se presentera je lui adjoindrait une eleve en formation Raphael30 â ModĂ©rateur LocalisationNord Bouches du RhĂŽne Inscrit le2009-01-11 193702Hors ligneTotaux 5900Dieu suprĂȘmeâ
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Dis-donc, Dougege, câĂ©tait quoi ?, du corned beef, du foie gras, peut ĂȘtre ? Dommage pour les chiennes, Galibois, mais en ce moment, les gens se prĂ©cipitent sur les chiens et les chats. dougege â ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtreâ
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DĂ©lice de jambon. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fouâ
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Salut RaphaĂ«l hĂ© oui tout le monde veut un chien ou un chat mais pas parce qu ils les aiment du moins la plupart c est juste une occupation ou un prĂ©texte COVID j ai bien peur qu une fois le vie normale retrouvĂ©e , si ça arrive bien sur, qu une bonne partie de ces animaux se retrouvent Ă la rue car plus d utilitĂ© ha si tous les propriĂ©taires de chiens les aimaient comme les chasseurs aiment les leurs tiens regarde dougege on voit que ses chiennes sont choyĂ©es et la mienne autant đđ
Groupes armĂ©s et braconniers exercent une "pression Ă©norme" sur les espĂšces sauvages, notamment les Ă©lĂ©phants, dans les aires protĂ©gĂ©es d'Afrique centrale, profitant de l'instabilitĂ© qui rĂšgne dans la rĂ©gion, rĂ©vĂšle un rapport de l'ONG Traffic publiĂ© le 8 dĂ©cembre 2017. Une zone particuliĂšrement instable oĂč la corruption est courante Cette Ă©tude se concentre sur trois parcs nationaux aux confins de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo RDC et de la Centrafrique. Elle indique que le "braconnage est rĂ©pandu dans toute la rĂ©gion et ses principaux auteurs sont des groupes armĂ©s non-Ă©tatiques, des acteurs Ă©tatiques, des Ă©leveurs armĂ©s et des braconniers indĂ©pendants". Ces acteurs, en particulier "lâArmĂ©e de rĂ©sistance du Seigneur LRA, les Janjaweeds milice soudanaise et dâautres milices non-Ă©tatiques, exercent une pression Ă©norme sur les populations dâespĂšces sauvages dans ces aires protĂ©gĂ©es", les parcs de la Garamba et Bili nord de la RDC, ainsi que la rĂ©serve de Chinko sud-est de la RCA. Les groupes armĂ©s "ciblent en particulier les grands mammifĂšres, notamment les bongos une grande antilope, NDLR, les buffles, les Ă©lĂ©phants et les hippopotames", explique l'Ă©tude de terrain, menĂ©e dans prĂšs de 90 villages de la rĂ©gion. Ainsi, la LRA vise en prioritĂ© les populations dâĂ©lĂ©phants depuis une dĂ©cennie. En 2015, des organismes de veille ont signalĂ© que Joseph Kony, le chef de ce groupe rebelle ougandais, avait demandĂ© Ă ses combattants "dâobtenir 100 dĂ©fenses dâĂ©lĂ©phant dans le complexe de la Garamba, sur une pĂ©riode de neuf mois". Malheureusement, le rapport rĂ©vĂšle que "la corruption dans la rĂ©gion constitue un obstacle majeur Ă l'application des lois", alors que "les autoritĂ©s nationales et locales, y compris les FARDC armĂ©e congolaise, ont Ă©tĂ© impliquĂ©es directement dans le braconnage ou ont facilitĂ© le braconnage et le trafic", poursuit l'ONG. Des informations indiquent cependant que "le braconnage par les soldats des FARDC a diminuĂ© ces derniĂšres annĂ©es grĂące Ă une collaboration plus Ă©troite avec les autoritĂ©s des parcs". Par ailleurs, "certains Ă©leveurs Fulani nomades de bĂ©tail reprĂ©sentent une grave menace pour les espĂšces sauvages" dans toute cette rĂ©gion, s'inquiĂšte Ă©galement Traffic. "Il est avĂ©rĂ© que les Fulani et les Mbororo un sous-groupe Fulani, souvent lourdement armĂ©s pour leur protection, tuent des Ă©lans de Derby et des buffles pour les vendre comme viande de brousse et empoisonnent des prĂ©dateurs, tels que les lions, pour prĂ©venir les attaques contre leur bĂ©tail". Des Fulani "sont aussi impliquĂ©s dans le trafic transfrontalier de produits comme l'ivoire et la peau de lĂ©opard, principalement vers le Sud-Soudan et l'Ouganda", selon Traffic. "Selon des informateurs clĂ©s, un rĂ©seau indĂ©pendant et militarisĂ© de braconnage cible les grands mammifĂšres dans ces aires protĂ©gĂ©es" de cette partie de l'Afrique centrale frappĂ©e par "l'instabilitĂ© politique, l'absence de gouvernance et de maintien de l'ordre", souligne par ailleurs l'ONG. "Les communautĂ©s environnantes exercent Ă©galement une pression sur la faune sauvage locale" "Ces braconniers vendent la viande Ă des individus et Ă des restaurants dans les villes et les villages pĂ©riphĂ©riques, et transportent les produits de valeur, comme l'ivoire, les peaux et d'autres trophĂ©es, vers les grandes municipalitĂ©s pour continuer de financer le braconnage. Ce groupe est constituĂ© d'acteurs locaux et Ă©trangers, Ă©quipĂ©s d'armes semi-automatiques". "Les communautĂ©s environnantes exercent Ă©galement une pression sur la faune sauvage locale", relĂšve Traffic, ce qui "fragilise davantage des populations d'espĂšces menacĂ©es et dĂ©jĂ en dĂ©clin, comme les Ă©lĂ©phants et les chimpanzĂ©s". La chasse est en effet "une source de revenus" pour les habitants, avec prĂšs de 20 % des hommes dans le nord-est de la RDC qui admettent "pratiquer le braconnage Ă petite Ă©chelle".
Pour les amoureux des chats, il est parfois difficile d'accepter que ces adorables fĂ©lins puissent ĂȘtre cruels et responsables de la diminution de la vie sauvage des oiseaux dans le monde entier, passant des pigeons aux moineaux, voire mĂȘme aux oiseaux en danger d' qu'il s'agisse d'un comportement trĂšs commun chez ces prĂ©dateurs, il est important de comprendre pourquoi les chats chassent les oiseaux et quelles consĂ©quences rĂ©elles existent. Dans cet article de PlanĂšteAnimal, nous allons vous expliquer pourquoi les chats chassent les oiseaux et comment les empĂȘcher si vraiment vous ne supportez pas qu'ils se laissent aller Ă leurs envies parti ! Index Pourquoi les chats tuent les oiseaux ? Les chats sont-ils responsables de l'extinction de certaines espĂšces d'oiseaux ? Statistiques chats des villes VS chats des champs Comment empĂȘcher un chat de tuer les oiseaux ? Pourquoi les chats tuent les oiseaux ? Les chats sont des prĂ©dateurs naturels et chassent principalement pour s'alimenter et survivre. C'est la maman qui, dĂšs le plus jeune Ăąge, apprend aux chatons Ă chasser, un apprentissage commun chez les chats sauvages mais moins habituel chez les chats urbains. Il est bon de prĂ©ciser que mĂȘme s'ils n'ont pas faim, les chats pratiquent la chasse juste pour le plaisir, pour s'amuser et satisfaire leur instinct chasseur !C'est pourquoi, mĂȘme un chat d'intĂ©rieur qui est nourri et bichonnĂ©, peut dĂ©velopper une forte impulsion chasseuse, qui l'aidera Ă travailler sa vitesse, sa puissance, la distance et la plupart du temps, les mamans chats rapportent une proie morte Ă leurs chatons, raison qui explique pourquoi les chattes qui n'ont pas eu de chatons ou qui sont stĂ©rilisĂ©es rapportent des animaux morts Ă leurs maĂźtres, elles le font principalement par instinct maternel naturel. Selon l'Ă©tude intitulĂ©e "Domestic Cat Predation on Wildlife" de Michael Woods, Robbie A. McDoland et Stephen Harris, faite sur 986 chats, 69% des proies chassĂ©es sont des mammifĂšres et seulement 24% des oiseaux. Les chats sont-ils responsables de l'extinction de certaines espĂšces d'oiseaux ? On estime qu'un chat domestique tue environ 9 oiseaux par an, un chiffre qui peut paraĂźtre dĂ©risoire si on s'arrĂȘte sur les chiffres individuels alors que si on se penche sur les rĂ©sultats au niveau de tous les chats du pays, ce chiffre est au contraire extrĂȘmement chats ont Ă©tĂ© cataloguĂ©s comme espĂšce envahisseuse par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature puisqu'ils auraient visiblement contribuĂ© Ă l'extinction de 33 espĂšces d'oiseaux dans le monde. Parmi cette liste, l'on trouve Anthornis melanocephala Nouvelle-ZĂ©lande vu pour la derniĂšre fois en MĂ©galure des Chatham Nouvelle-ZĂ©lande, vu pour la derniĂšre fois en des Chatham Nouvelle-ZĂ©lande, disparu Ă la fin du XIXĂš de Guadalupe Ăźle de Guadalupe, derniers spĂ©cimens abattus par un collectionneur humain en des Bonin Ăźle d'Ogasawara au JaponBĂ©cassine de Hautura Nouvelle-ZĂ©landePic flamboyant Ăźle de Guadalupe, seulement une sous-espĂšce disparueCyanoramphus erythrotis Ăźle de MacquarieMicrogoura de Choiseul archipel des SalomonTohi tachetĂ© Ăźle de GuadalupeMarouette des HawaĂŻ HawaĂŻ, disparue en 1893Ninoxe rieuse Nouvelle-ZĂ©lande, disparue dans les annĂ©es 1960Reyezuelo de Bewick Nueva ZelandaXĂ©nique de Stephens Ăźles Stephens ne pouvait semble t-il pas voler, disparu en de Nouvelle-ZĂ©lande, disparu en 1963XĂ©nique des buissons Nouvelle-ZĂ©lande, disparu dans les annĂ©es 50Tourterelle de Socorro Ăźle SocorroGrive des Bonin Ăźle d'Ogasawara au JaponComme vous pourrez le constater, les espĂšces d'oiseaux Ă©teintes appartenaient toutes Ă diffĂ©rentes Ăźles, oĂč au dĂ©but, les chats n'existaient pas. Toutes les espĂšces mentionnĂ©es se sont Ă©teintes au XXĂš siĂšcle, lorsque les colons europĂ©ens ont introduit chats, rats et chiens de leurs pays d' est Ă©galement important de souligner que la plupart des oiseaux de cette liste avaient perdu leur capacitĂ© Ă voler Ă cause du manque de prĂ©dateurs, tout spĂ©cialement en Nouvelle-ZĂ©lande, ce qui fait d'eux des proies encore plus faciles pour les fĂ©lins et autres animaux. Statistiques chats des villes VS chats des champs L'Ă©tude "The impact of free-ranging domestic cats on wildlife of the United States" publiĂ©e par le magazine Journal Of Nature Communications dĂ©clarent que les chats tuent des oiseaux dans leurs plus jeunes annĂ©es, lorsqu'ils sont suffisamment agiles pour sauter au dessus d'eux. Il y est Ă©galement expliquĂ© que 2 fois sur 3 les oiseaux sont tuĂ©s par des chats errants. Selon le biologiste Roger Tabor, un chat des champs tuera environ 14 oiseaux alors qu'un chat des villes pourraient en tuer 2 dans toute sa diminution des prĂ©dateurs en zones rurales comme les coyotes aux USA, l'abandon et la grande capacitĂ© de reproduction des chats font qu'ils sont considĂ©rĂ©s comme un vĂ©ritable flĂ©au. NĂ©anmoins, d'autres facteurs comme la dĂ©forestation humaine ont Ă©galement favorisĂ© la diminution de la population d'oiseaux autochtones. Comment empĂȘcher un chat de tuer les oiseaux ? La croyance populaire veut que mettre un collier Ă grelots ou clochettes Ă notre chat alerte ses potentielles victimes qui auront le temps de s'enfuir. NĂ©anmoins, ce qui est certain, selon la Mammal Society, c'est que les oiseaux dĂ©tectent le fĂ©lin grĂące Ă leur vue, avant mĂȘme d'avoir entendu le son des grelots. De plus, il n'est pas vraiment recommandĂ© de mettre Ă collier Ă grelots pour chats Ă cause de leur ouĂŻe parfois seul moyen de vous assurer Ă 100% que votre chat ne tuera pas d'oiseaux est de le garder Ă la maison et et mettre une sĂ©curitĂ© sur le balcon. Il serait Ă©galement recommandĂ© de stĂ©riliser les chats sauvages afin d'Ă©viter que la population chattienne augmente. Une tĂąche coĂ»teuse et trĂšs compliquĂ©e que de nombreuses associations mĂšnent Ă bien dans le monde. Si vous souhaitez lire plus d'articles semblables Ă Pourquoi les chats chassent les oiseaux ?, nous vous recommandons de consulter la section CuriositĂ©s du monde animal.
Pourquoi devrais-je rapporter les oiseaux baguĂ©s? Le succĂšs du programme de baguage dâoiseaux dĂ©pend des enregistrements de bagues provenant du public. Les donnĂ©es des bagues rĂ©cupĂ©rĂ©es sont essentielles pour beaucoup de projets de conservation. Les bagues identifient les individus dâune espĂšce afin que lâon puisse mieux comprendre leurs mouvements qui incluent la fidĂ©litĂ© aux sites de reproduction, leur migration et les aires dâhivernage. Ainsi, les donnĂ©es sont utilisĂ©es pour mesurer la productivitĂ©, les taux de survie et la dynamique dâune espĂšce entant que population. Cela procure de lâinformation importante pour la gestion des populations dâoiseaux dans un contexte de chasse, dâespĂšces menacĂ©es et de dĂ©termination du statut des espĂšces. En enregistrant les bagues, vous contribuez directement Ă ces efforts de conservation. Combien dâoiseaux sont baguĂ©s par annĂ©e? En moyenne 1,2 million dâoiseaux sont baguĂ©s dans lâensemble du Canada et des Ătats-Unis par annĂ©e. Lâoiseau le plus baguĂ© au Canada est le canard colvert Anas platyrhynchos avec Ă peuprĂšs 2 millions dâindividus baguĂ©s depuis le dĂ©but du programme au dĂ©but des annĂ©es 1900. Il est suivi de la Bernache du Canada Branta Canadensis qui en est Ă 800 000 individus baguĂ©s. Dans tout lâAmĂ©rique du Nord, plus de 6 millions de colverts et environ 3 millions de bernaches ont Ă©tĂ© baguĂ©s. De ceux-ci, 1 million de colverts et 1 million de bernaches ont Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©s. Photo © Jason Crotty, 2015. Pluvier neigeux Pourquoi est-ce que certains oiseaux ont aussi un collier ou d'autres marqueurs? Les chercheurs qui Ă©tudient les oiseaux peuvent aussi marquer les oiseaux avec des marqueurs supplĂ©mentaires afin d'identifier les oiseaux individuellement sur le terrain sans avoir besoin Ă les recapturer. Les diverses combinaisons de couleurs et de codes alphanumĂ©riques peuvent ĂȘtre lues Ă distance au moyen de jumelles ou d'un tĂ©lescope d'observation. Les diffĂ©rents types de marqueurs sont utilisĂ©s selon le type d'oiseau, son comportement et les renseignements nĂ©cessaires. Photo © Jim Murray, Dave J. Brown, Edson Endrigo, et Monte Stinnett, 2015 Canada Goose, le cygne trompette, le BĂ©casseau maubĂšche et HuĂźtrier. Les colliers sont souvent utilisĂ©s pour marquer les oies et cygnes. Ils sont assez grands pour ĂȘtre facilement lus Ă distance. Ătant donnĂ© que les oies se rassemblent sur les aires d'hivernage, il est possible d'observer de nombreuses couleurs dans une zone. Les marqueurs alaires sont souvent utilisĂ©s pour marquer les vautours, les aigles, les cygnes, les corbeaux, les corneilles et les hĂ©rons. Ils sont gĂ©nĂ©ralement visibles lorsque les oiseaux sont en vol ou perchĂ©s. Les banderoles de couleur aux pattes sont souvent utilisĂ©es pour marquer les oiseaux de rivage. Ils dĂ©passent de la patte et ont souvent un code pouvant ĂȘtre lu Ă distance au moyen de jumelles ou d'un tĂ©lescope d'observation. Comme les pattes des oiseaux de rivage sont souvent submergĂ©es, les banderoles sont placĂ©es sur la partie supĂ©rieure de la patte. Des bagues aux pattes de diffĂ©rentes couleurs peuvent aussi ĂȘtre utilisĂ©es pour tous les types d'oiseaux afin d'identifier les individus et de dĂ©terminer s'ils sont liĂ©s Ă un emplacement prĂ©cis, Ă un Ăąge ou Ă un projet spĂ©cial. Les enregistreurs de donnĂ©es, les transmetteurs et les autres marqueurs Ă©lectroniques enregistrent des renseignements propres Ă l'emplacement qui peuvent ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s ou transmis directement au chercheur. Ces technologies aident Ă fournir des renseignements prĂ©cis sur les dĂ©placements et les habitudes de migration des oiseaux individuels et permettent d'accroĂźtre trĂšs rapidement notre comprĂ©hension des dĂ©placements des oiseaux Ă l'Ă©chelle mondiale. Est-ce que les colliers ou d'autres marqueurs blessent ou gĂȘnent l'oiseau? Dans le cadre de leurs travaux pour Ă©tudier et marquer les oiseaux, les chercheurs doivent dĂ©montrer que les objectifs et les mĂ©thodes de leur projet sont justifiĂ©s. Ils peuvent seulement marquer les oiseaux une fois que leur proposition de recherche scientifique a Ă©tĂ© approuvĂ©e et qu'un permis a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© par le Bureau de baguage d'oiseaux. Tous les projets comprenant des marqueurs autres que des bagues colorĂ©es doivent rĂ©pondre aux normes Ă©thiques et scientifiques canadiennes et ĂȘtre approuvĂ©s par un comitĂ© de protection des animaux. Lorsqu'ils placent tout type de marqueur sur les oiseaux, les chercheurs doivent respecter des protocoles rigoureux qui ont Ă©tĂ© mis Ă l'essai et rĂ©visĂ©s au fil des ans afin de rĂ©duire toute gĂȘne ou tout danger potentiel pour les oiseaux. Photo © Rick Ruppenthal, 2015. Hirondelles noires Jusqu'oĂč est-ce que les oiseaux migrent? Beaucoup d'oiseaux canadiens migrent vers le sud des Ătats-Unis pour l'hiver, tandis que certains se rendent jusqu'en AmĂ©rique centrale et en AmĂ©rique du Sud ou encore traversent l'ocĂ©an pour se rendre en Russie, en Europe, en Asie ou en Afrique. Pour des renseignements prĂ©cis sur les espĂšces et des cartes des routes migratoires, veuillez consulter l'Atlas des oiseaux baguĂ©s ou repris au Canada. Combien de temps peut vivre un oiseau? Quel est lâoiseau le plus vieux Ă avoir Ă©tĂ© baguĂ©? Le programme nord-amĂ©ricain de baguage dâoiseaux fait le suivi et publie les enregistrements de longĂ©vitĂ© pour chaque espĂšce dâoiseau provenant de lâAmĂ©rique du Nord. Vous pouvez trouver cette liste sur le site web en anglais seulement de lâUSGS Bird Banding Laboratory. Par exemple, le record pour le plus vieu colibri Ă gorge rubis Archilochus colubris est 9 ans, le pic mineur Picoides pubescens est 11 ans et 11 mois, le merle dâAmĂ©rique Turdus migratorius est 13 ans et 11 mois, le canard colvert est 27 ans et 7 mois, le grand-duc dâAmĂ©rique Bubo virginianus est 28 ans et la tourterelle triste Zenaida macroura est 30 ans et 4 mois! Comment puis-je obtenir un permis de baguage d'oiseaux Ă l'extĂ©rieur de l'AmĂ©rique du Nord? Le Bureau de baguage d'oiseaux peut Ă©mettre des lettres d'entente aux canadiens leur permettant d'utiliser des bagues fĂ©dĂ©rales nord-amĂ©ricaines sur les oiseaux migrateurs nord-amĂ©ricains se trouvant Ă l'extĂ©rieur de l'AmĂ©rique du Nord. Les demandeurs doivent avoir obtenu toutes les approbations et tous les permis exigĂ©s par le pays hĂŽte. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec le Bureau de baguage d'oiseaux et le pays hĂŽte.
Tous droits rĂ©servĂ©s LES TROPHĂES PAR JOSĂ-MARIA DE HEREDIA PARIS ALPHONSE LEMERRE, ĂDITEUR 23-31, PASSAGE CHOISEUL, 23-31 M DCCC XCIII MANIBVS CARISSIMAE ET AMANTISSIMAE MATRIS FILIVS MEMOR J. M. H. Ă LECONTE DE LISLE. Câest Ă vous, cher et illustre ami, que jâaurais dĂ©diĂ© ces TrophĂ©es, si le respect dâune mĂ©moire sacrĂ©e qui, je le sais, vous est chĂšre aussi, ne mâeĂ»t interdit dâinscrire un nom, si glorieux soit-il, au frontispice de ce livre. Un Ă un, vous les avez vus naĂźtre, ces poĂšmes. Ils sont comme des chaĂźnons qui nous rattachent au temps dĂ©jĂ lointain oĂč vous enseigniez aux jeunes poĂštes, avec les rĂšgles et les subtils secret de notre art, lâamour de la poĂ©sie pure et du pur langage français. Je vous suis plus redevable que tout autre vous mâavez jugĂ© digne de lâhonneur de votre amitiĂ©. Jâai pu, au cours dâune longue intimitĂ©, comprendre mieux lâexcellence de vos prĂ©ceptes et de vos conseils, toute la beautĂ© de votre exemple. Et mon titre le plus sĂ»r Ă quelque gloire, sera dâavoir Ă©tĂ© votre Ă©lĂšve bien aimĂ©e. Câest pour vous complaire que je recueille mes vers Ă©pars. Vous mâavez assurĂ© que ce livre, bien quâen partie inachevĂ©, garderait nĂ©anmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble ordonnance que jâavais rĂȘvĂ©e. Tel quâil est, je vous lâoffre, non sans regret de nâavoir pu mieux faire, mais avec la conscience dâavoir fait de mon mieux. Recevez-le, cher et illustre ami, en tĂ©moignage de mon affectueuse gratitude, et comme il serait malsĂ©ant de clore sans le vĆu traditionnel une Ă©pĂźtre liminaire, quelque brĂšve quâelle soit, permettez que je vous souhaite, Ă vous et Ă tous ceux qui feuilleteront ces pages, de prendre Ă lire mes poĂšmes autant de plaisir que jâen eus Ă les composer. JOSĂ-MARIA DE HEREDIA LâOUBLI Le temple est en ruine au haut du promontoire. Et la Mort a mĂȘlĂ©, dans ce fauve terrain, Les DĂ©esses de marbre et les HĂ©ros dâairain Dont lâherbe solitaire ensevelit la gloire. Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire, De sa conque oĂč soupire un antique refrain Emplissant le ciel calme et lâhorizon marin, Sur lâazur infini dresse sa forme noire. La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux, Fait Ă chaque printemps, vainement Ă©loquente. Au chapiteau brisĂ© verdir une autre acanthe ; Mais lâHomme indiffĂ©rent au rĂȘve des aĂŻeux Ăcoute sans frĂ©mir, du fond des nuits sereines, La Mer qui se lamente en pleurant les SirĂšnes. HERCULE ET LES CENTAURES NĂMĂE Depuis que le Dompteur entra dans la forĂȘt En suivant sur le sol la formidable empreinte, Seul, un rugissement a trahi leur Ă©treinte. Tout sâest tu. Le soleil sâabĂźme et disparaĂźt. Ă travers le hallier, la ronce et le guĂ©ret, Le pĂątre Ă©pouvantĂ© qui sâenfuit vers Tirynthe, Se tourne, et voit dâun Ćil Ă©largi par la crainte Surgir au bord des bois le grand fauve en arrĂȘt. Il sâĂ©crie. Il a vu la terreur de NĂ©mĂ©e Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armĂ©e, Et la criniĂšre Ă©parse et les sinistres crocs ; Car lâombre grandissante avec le crĂ©puscule Fait, sous lâhorrible peau qui flotte autour dâHercule, MĂȘlant lâhomme Ă la bĂȘte, un monstrueux hĂ©ros. STYMPHALE Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux, De la berge fangeuse oĂč le HĂ©ros dĂ©vale, SâenvolĂšrent, ainsi quâune brusque rafale, Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux. Dâautres, dâun vol plus bas croisant leurs noirs rĂ©seaux, FrĂŽlaient le front baisĂ© par les lĂšvres dâOmphale, Quand, ajustant au nerf la flĂšche triomphale, LâArcher superbe fit un pas dans les roseaux. Et dĂšs lors, du nuage effarouchĂ© quâil crible. Avec des cris stridents plut une pluie horrible Que lâĂ©clair meurtrier rayait de traits de feu. Enfin, le Soleil vit, Ă travers ces nuĂ©es OĂč son arc avait fait dâĂ©clatantes trouĂ©es, Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu. NESSUS Du temps que je vivais Ă mes frĂšres pareil Et comme eux ignorant dâun sort meilleur ou pire, Les monts Thessaliens Ă©taient mon vague empire Et leurs torrents glacĂ©s lavaient mon poil vermeil. Tel jâai grandi, beau, libre, heureux, sous le soleil ; Seule, Ă©parse dans lâair que ma narine aspire, La chaleureuse odeur des cavales dâĂpire InquiĂ©tait parfois ma course ou mon sommeil. Mais depuis que jâai vu lâĂpouse triomphale Sourire entre les bras de lâArcher de Stymphale, Le dĂ©sir me harcĂšle et hĂ©risse mes crins ; Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme ! A mĂȘlĂ© dans le sang enfiĂ©vrĂ© de mes reins Au rut de lâĂ©talon lâamour qui dompte lâhomme. LA CENTAURESSE Jadis, Ă travers bois, rocs, torrents et vallons Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre ; Sur leurs flancs le soleil se jouait avec lâombre ; Ils mĂȘlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds. LâĂ©tĂ© fleurit en vain lâherbe. Nous la foulons Seules. Lâantre est dĂ©sert que la broussaille encombre ; Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre, Ă frĂ©mir Ă lâappel lointain des Ă©talons. Car la race de jour en jour diminuĂ©e Des fils prodigieux quâengendra la NuĂ©e, Nous dĂ©laisse et poursuit la Femme Ă©perdument. Câest que leur amour mĂȘme aux brutes nous ravale ; Le cri quâil nous arrache est un hennissement. Et leur dĂ©sir en nous nâĂ©treint que la cavale. CENTAURES ET LAPITHES La foule nuptiale au festin sâest ruĂ©e, Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux ; Et la chair hĂ©roĂŻque, au reflet des flambeaux, Se mĂȘle au poil ardent des fils de la NuĂ©e. Rires, tumulte⊠Un cri !⊠LâĂpouse polluĂ©e Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux Se dĂ©bat, et lâairain sonne au choc des sabots Et la table sâĂ©croule Ă travers la huĂ©e. Alors celui pour qui le plus grand est un nain, Se lĂšve. Sur son crĂąne, un mufle lĂ©onin Se fronce, hĂ©rissĂ© de crins dâor. Câest Hercule. Et dâun bout de la salle immense Ă lâautre bout, DomptĂ© par lâĆil terrible oĂč la colĂšre bout, Le troupeau monstrueux en renĂąclant recule. FUITE DE CENTAURES Ils fuient, ivres de meurtre et de rĂ©bellion, Vers le mont escarpĂ© qui garde leur retraite ; La peur les prĂ©cipite, ils sentent la mort prĂȘte Et flairent dans la nuit une odeur de lion. Ils franchissent, foulant lâhydre et le stellion, Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrĂȘte ; Et dĂ©jĂ , sur le ciel, se dresse au loin la crĂȘte De lâOssa, de lâOlympe ou du noir PĂ©lion. Parfois, lâun des fuyards de la farouche harde Se cabre brusquement, se retourne, regarde. Et rejoint dâun seul bond le fraternel bĂ©tail ; Car il a vu la lune Ă©blouissante et pleine Allonger derriĂšre eux, suprĂȘme Ă©pouvantail, La gigantesque horreur de lâombre HerculĂ©enne. LA NAISSANCE DâAPHRODITĂ Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes OĂč roulaient sans mesure et lâEspace et le Temps ; Puis Gaia, favorable Ă ses fils les Titans, Leur prĂȘta son grand sein aux mamelles fĂ©condes. Ils tombĂšrent. Le Styx les couvrit de ses ondes. Et jamais, sous lâĂ©ther foudroyĂ©, le Printemps Nâavait fait resplendir les soleils Ă©clatants, Ni lâĂtĂ© gĂ©nĂ©reux mĂ»ri les moissons blondes. Farouches, ignorants des rires et des jeux, Les Immortels siĂ©geaient sur lâOlympe neigeux. Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosĂ©e ; LâOcĂ©an sâentrâouvrit, et dans sa nuditĂ© Radieuse, Ă©mergeant de lâĂ©cume embrasĂ©e, Dans le sang dâOuranos fleurit AphroditĂ©. JASON ET MĂDĂE Ă Gustave Moreau. En un calme enchantĂ©, sous lâample frondaison De la forĂȘt, berceau des antiques alarmes, Une aube merveilleuse avivait de ses larmes, Autour dâeux, une Ă©trange et riche floraison. Par lâair magique oĂč flotte un parfum de poison, Sa parole semait la puissances des charmes ; Le HĂ©ros la suivait et sur ses belles armes Secouait les Ă©clairs de lâillustre Toison. Illuminant les bois dâun vol de pierreries, De grands oiseaux passaient sous les voĂ»tes fleuries, Et dans les lacs dâargents pleuvait lâazur des cieux. LâAmour leur souriait, mais la fatale Ăpouse Emportait avec elle et sa fureur jalouse Et les philtres dâAsie et son pĂšre et les Dieux. LE THERMODON Vers ThĂ©miscyre en feu qui tout le jour trembla Des clameurs et du choc de la cavalerie, Dans lâombre, morne et lent, le Thermodon charrie Cadavres, armes, chars que la mort y roula. OĂč sont PhĆbĂ©, MarpĂ©, Philippis, Aella, Qui, suivant Hippolyte et lâardente AstĂ©rie, MenĂšrent lâescadron royal Ă la tuerie ? Leurs corps dĂ©chevelĂ©s et blĂȘmes gisent lĂ . Telle une floraison de lys gĂ©ants fauchĂ©e, La rive est aux deux bords de guerriĂšres jonchĂ©e, OĂč, parfois, se dĂ©bat et hennit un cheval ; Et lâEuxin vit, Ă lâaube, aux plus lointaines berges Du fleuve ensanglantĂ© dâamont jusquâen aval, Fuir des Ă©talons blancs rouges du sangs des Vierges. ARTĂMIS ET LES NYMPHES ARTĂMIS LâĂącre senteur des bois montant de toutes parts, Chasseresse, a gonflĂ© ta narine Ă©largie, Et dans ta virginale et virile Ă©nergie, Rejetant tes cheveux en arriĂšre, tu pars ! Et du rugissement des rauques lĂ©opards JusquâĂ la nuit tu fais retentir Ortygie, Et bondis Ă travers la haletante orgie Des grands chiens Ă©ventrĂ©s sur lâherbe rouge Ă©pars. Et, bien plus, il te plaĂźt, DĂ©esse, que la ronce Te morde et que la dent ou la griffe sâenfonce Dans tes bras glorieux que le fer a vengĂ©s ; Car ton cĆur veut goĂ»ter cette douceur cruelle De mĂȘler, en tes jeux, une pourpre immortelle Au sang horrible et noir des monstres Ă©gorgĂ©s. LA CHASSE Le quadrige, au galop de ses Ă©talons blancs, Monte au faĂźte du ciel, et les chaudes haleines Ont fait onduler lâor bariolĂ© des plaines. La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs. La forĂȘt masse en vain ses feuillages plus lents ; La Soleil, Ă travers les cimes incertaines Et lâombre oĂč rit le timbre argentin des fontaines, Se glisse, darde et luit en jeux Ă©tincelants. Câest lâheure flamboyante oĂč, par la ronce et lâherbe, Bondissant au milieu des molosses, superbe, Dans les clameurs de mort, le sang et les abois, Faisant voler les traits de la corde tendue, Les cheveux dĂ©nouĂ©s, haletante, Ă©perdue, Invincible, ArtĂ©mis Ă©pouvante les bois. NYMPHĂE Le quadrige cĂ©leste Ă lâhorizon descend, Et, voyant fuir sous lui lâoccidentale arĂšne, Le Dieu retient en vain de la quadruple rĂȘne Ses Ă©talons cabrĂ©s dans lâor incandescent. Le char plonge. La mer, de son soupir puissant, Emplit le ciel sonore oĂč la pourpre se traĂźne, Et, plus clair en lâazur noir de la nuit sereine, Silencieusement sâargente le Croissant. Voici lâheure oĂč la Nymphe, au bord des sources fraĂźches, Jette lâarc dĂ©tendu prĂšs du carquois sans flĂšches. Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux La lune tiĂšde luit sur la nocturne danse, Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence, Rit de voir son haleine animer les roseaux. PAN Ă travers les halliers, par les chemins secrets Qui se perdent au fond des vertes avenues, Le ChĂšvre-pied, divin chasseur de Nymphes nues, Se glisse, lâĆil ardent, sous les hautes forĂȘts. Il est doux dâĂ©couter les soupirs, les bruits frais Qui montent Ă midi des sources inconnues Quand le Soleil, vainqueur Ă©tincelant des nues, Dans la mouvante nuit darde lâor de ses traits. Une Nymphe sâĂ©gare et sâarrĂȘte. Elle Ă©coute Les larmes du matin qui pleuvent goutte Ă goutte Sur la mousse. Lâivresse emplit son jeune cĆur. Mais, dâun seul bond, le Dieu du noir taillis sâĂ©lance, La saisit, frappe lâair de son rire moqueur, DisparaĂźt⊠Et les bois retombent au silence. LE BAIN DES NYMPHES Câest un vallon sauvage abritĂ© de lâEuxin ; Au-dessus de la source un noir laurier se penche, Et la Nymphe, riant, suspendue Ă la branche, FrĂŽle dâun pied craintif lâeau froide du bassin. Ses compagnes, dâun bond, Ă lâappel du buccin, Dans lâonde jaillissante oĂč sâĂ©bat leur chair blanche, Plongent, et de lâĂ©cume Ă©mergent une hanche, De clairs cheveux, un torse ou la rose dâun sein. Une gaĂźtĂ© divine emplit le grand bois sombre. Mais deux yeux, brusquement, ont illuminĂ© lâombre. Le Satyre !⊠Son rire Ă©pouvante leurs jeux ; Elle sâĂ©lancent. Tel, lorsquâun corbeau sinistre Croasse, sur le fleuve Ă©perdument neigeux Sâeffarouche le vol des cygnes du CaĂżstre. LE VASE Lâivoire est ciselĂ© dâune main fine et telle Que lâon voit les forĂȘts de Colchide et Jason Et MĂ©dĂ©e aux grands yeux magiques. La Toison Repose, Ă©tincelante, au sommet dâune stĂšle. AuprĂšs dâeux est couchĂ© le Nil, source immortelle Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison, Les Bacchantes, dâun pampre Ă lâample frondaison Enguirlandent le joug des taureaux quâon dĂ©telle. Au-dessous, câest un choc hurlant de cavaliers ; Puis les hĂ©ros rentrant morts sur leurs boucliers Et les vieillards plaintifs et les larmes des mĂšres. Enfin, en forme dâanse arrondissant leurs flancs, Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs, Dans le vase sans fond sâabreuvent des ChimĂšres. ARIANE Au choc clair et vibrant des cymbales dâairain, Nue, allongĂ©e au dos dâun grand tigre, la Reine Regarde, avec lâOrgie immense quâil entraĂźne, Iacchos sâavancer sur le sable marin. Et le monstre royal, ployant son large rein, Sous le poids adorĂ© foule la blonde arĂšne, Et, frĂŽlĂ© par la main dâoĂč pend lâerrante rĂȘne, En rugissant dâamour mord les fleurs de son frein. Laissant sa chevelure Ă son flanc qui se cambre Parmi les noirs raisins rouler ses grappes dâambre, LâĂpouse nâentend pas le sourd rugissement ; Et sa bouche Ă©perdue, ivre enfin dâambroisie, Oubliant ses longs cris vers lâinfidĂšle amant, Rit au baiser prochain du Dompteur de lâAsie. BACCHANALE Une brusque clameur Ă©pouvante le Gange. Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants, Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs Ă©lans Les Bacchantes en fuite Ă©crasent la vendange. Et le pampre que lâongle ou la morsure effrange Rougit dâun noir raisin les gorges et les flancs OĂč prĂšs des reins rayĂ©s luisent des ventres blancs De lĂ©opards roulĂ©s dans la pourpre et la fange. Sur les corps convulsifs les fauves Ă©blouis, Avec des grondements que prolonge un long rĂąle, Flairent un sang plus rouge Ă travers lâor du hĂąle ; Mais le Dieu, sâenivrant Ă ces jeux inouĂŻs, Par le thyrse et les cris les exaspĂšre et mĂȘle Au mĂąle rugissant la hurlante femelle. LE RĂVEIL DâUN DIEU La chevelure Ă©parse et la gorge meurtrie, Irritant par les pleurs lâivresse de leurs sens, Les femmes de Byblos, en lugubres accents, MĂšnent la funĂ©raire et lente thĂ©orie. Car sur le lit jonchĂ© dâanĂ©mone fleurie OĂč la Mort avait clos ses longs yeux languissants, Repose, parfumĂ© dâaromate et dâencens, Le jeune homme adorĂ© des vierges de Syrie. JusquâĂ lâaurore ainsi le chĆur sâest lamentĂ©, Mais voici quâil sâĂ©veille Ă lâappel dâAstartĂ©, LâĂpoux mystĂ©rieux que le cinname arrose. Il est ressuscitĂ©, lâantique adolescent ! Et le ciel tout en fleur semble une immense rose Quâun Adonis cĂ©leste a teinte de son sang. LA MAGICIENNE En tous lieux, mĂȘme au pied des autels que jâembrasse, Je la vois qui mâappelle et mâouvre ses bras blancs. Ă pĂšre vĂ©nĂ©rable, ĂŽ mĂšre dont les flancs Mâont portĂ©, suis-je nĂ© dâune exĂ©crable race ? LâEumolpide vengeur nâa point dans Samothrace SecouĂ© vers le seuil les longs manteaux sanglants, Et, malgrĂ© moi, je fuis, le cĆur las, les pieds lents ; Jâentends les chiens sacrĂ©s qui hurlent sur ma trace. Partout je sens, jâaspire, Ă moi-mĂȘme odieux, Les noirs enchantements et les sinistres charmes Dont mâenveloppe encor la colĂšre des Dieux ; Car les grands Dieux ont fait dâirrĂ©sistibles armes De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux, Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes. SPHINX Au flanc du CithĂ©ron, sous la ronce enfoui, Le roc sâouvre, repaire oĂč resplendit au centre Par lâĂ©clat des yeux dâor, de la gorge et du ventre, La Vierge aux ailes dâaigle et dont nul nâa joui. Et lâHomme sâarrĂȘta sur le seuil, Ă©bloui. â Quelle est lâombre qui rend plus sombre encor mon antre ? â LâAmour. â Es-tu le Dieu ? â Je suis le HĂ©ros. â Entre ; Mais tu cherches la mort. Lâoses-tu braver ? â Oui. BellĂ©rophon dompta la ChimĂšre farouche. â Nâapproche pas. â Ma lĂšvre a fait frĂ©mir ta bouche⊠â Viens donc ! Entre mes bras tes os vont se briser ; Mes ongles dans ta chair⊠â Quâimporte le supplice, Si jâai conquis la gloire et ravi le baiser ? â Tu triomphes en vain, car tu meurs. â Ă dĂ©lice !⊠MARSYAS Les pins du bois natal que charmait ton haleine Nâont pas brĂ»lĂ© ta chair, ĂŽ malheureux ! Tes os Sont dissous, et ton sang sâĂ©coule avec les eaux Que les monts de Phrygie Ă©panchent vers la plaine. Le jaloux CitharĂšde, orgueil du ciel hellĂšne, De son plectre de fer a brisĂ© tes roseaux Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux ; Il ne reste plus rien du chanteur de CĂ©lĂšne. Rien quâun lambeau sanglant qui flotte au tronc de lâif Auquel on lâa liĂ© pour lâĂ©corcher tout vif. Ă Dieu cruel ! Ă cris ! Voix lamentable et tendre ! Non, vous nâentendrez plus, sous un doigt trop savant, La flĂ»te soupirer aux rives du MĂ©andre⊠Car la peau du Satyre est le jouet du vent. PERSĂE ET ANDROMĂDE ANDROMĂDE AU MONSTRE La Vierge CĂ©phĂ©enne, hĂ©las ! encor vivante, LiĂ©e, Ă©chevelĂ©e, au roc des noirs Ăźlots, Se lamente en tordant avec de vains sanglots Sa chair royale oĂč court un frisson dâĂ©pouvante. LâOcĂ©an monstrueux que la tempĂȘte Ă©vente Crache Ă ses pieds glacĂ©s lâĂącre bave des flots, Et partout elle voit, Ă travers ses cils clos, BĂąiller la gueule glauque, innombrable et mouvante. Tel quâun Ă©clat de foudre en un ciel sans Ă©clair, Tout Ă coup, retentit un hennissement clair. Ses yeux sâouvrent. Lâhorreur les emplit, et lâextase ; Car elle a vu, dâun vol vertigineux et sĂ»r, Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, PĂ©gase Allonger sur la mer sa grande ombre dâazur. PERSĂE ET ANDROMĂDE Au milieu de lâĂ©cume arrĂȘtant son essor, Le Cavalier vainqueur du monstre et de MĂ©duse, Ruisselant dâune bave horrible oĂč le sang fuse, Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux dâor. Sur lâĂ©talon divin, frĂšre de Chrysaor, Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse, Il a posĂ© lâAmante Ă©perdue et confuse Qui lui rit et lâĂ©treint et qui sanglote encor. Il lâembrasse. La houle enveloppe leur groupe. Elle, dâun faible effort, ramĂšne sur la croupe Ses beaux pieds quâen fuyant baise un flot vagabond ; Mais PĂ©gase irritĂ© par le fouet de la lame, Ă lâappel du HĂ©ros sâenlevant dâun seul bond, Bat le ciel Ă©bloui de ses ailes de flamme. LE RAVISSEMENT DâANDROMĂDE Dâun vol silencieux, le grand Cheval ailĂ© Soufflant de ses naseaux Ă©largis lâair qui fume, Les emporte avec un frĂ©missement de plume Ă travers la nuit bleue et lâĂ©ther Ă©toilĂ©. Ils vont. LâAfrique plonge au gouffre flagellĂ©, Puis lâAsie⊠un dĂ©sert⊠le Liban ceint de brume⊠Et voici quâapparaĂźt, toute blanche dâĂ©cume, La mer mystĂ©rieuse oĂč vint sombrer HellĂ©. Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles Les ailes qui, volant dâĂ©toiles en Ă©toiles, Aux amants enlacĂ©s font un tiĂšde berceau ; Tandis que, lâĆil au ciel oĂč palpite leur ombre, Ils voient, irradiant du BĂ©lier au Verseau, Leurs Constellations poindre dans lâazur sombre. ĂPIGRAMMES ET BUCOLIQUES LE CHEVRIER O berger, ne suis pas dans cet Ăąpre ravin Les bonds capricieux de ce bouc indocile ; Aux pentes du MĂ©nale, oĂč lâĂ©tĂ© nous exile, La nuit monte trop vite et ton espoir est vain. Restons ici, veux-tu ? Jâai des figues, du vin. Nous attendrons le jour en ce sauvage asile. Mais parle bas. Les Dieux sont partout, ĂŽ Mnasyle ! HĂ©cate nous regarde avec son Ćil divin. Ce trou dâombre lĂ -bas est lâantre oĂč se retire Le DĂ©mon familier des hauts lieux, le Satyre ; Peut-ĂȘtre il sortira, si nous ne lâeffrayons. Entends-tu le pipeau qui chante sur ses lĂšvres ? Câest lui ! Sa double corne accroche les rayons, Et, vois, au clair de lune il fait danser mes chĂšvres ! LES BERGERS Viens. Le sentier sâenfonce aux gorges du CyllĂšne. Voici lâantre et la source, et câest lĂ quâil se plaĂźt Ă dormir sur un lit dâherbe et de serpolet Ă lâombre du grand pin oĂč chante son haleine. Attache Ă ce vieux tronc moussu la brebis pleine. Sais-tu quâavant un mois, avec son agnelet, Elle lui donnera des fromages, du lait ? Les Nymphes fileront un manteau de sa laine. Sois-nous propice, Pan ! ĂŽ ChĂšvre-pied, gardien Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien, Je tâinvoque⊠Il entend ! Jâai vu tressaillir lâarbre. Partons. Le soleil plonge au couchant radieux. Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre, Si dâun cĆur simple et pur lâoffrande est faite aux Dieux. ĂPIGRAMME VOTIVE Au rude ArĂšs ! Ă la belliqueuse Discorde ! Aide-moi, je suis vieux, Ă suspendre au pilier Mes glaives Ă©brĂ©chĂ©s et mon lourd bouclier, Et ce casque rompu quâun crin sanglant dĂ©borde. Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde Le chanvre autour du bois ? â câest un dur nĂ©flier Que nul autre jamais nâa su faire plier â Ou que dâun bras tremblant je tende encor la corde ? Prends aussi le carquois. Ton Ćil semble chercher En leur gaine de cuir les armes de lâarcher, Les flĂšches que le vent des batailles disperse ; Il est vide. Tu crois que jâai perdu mes traits ? Au champ de Marathon tu les retrouverais, Car ils y sont restĂ©s dans la gorge du Perse. ĂPIGRAMME FUNĂRAIRE Ici gĂźt, Ătranger, la verte sauterelle Que durant deux saisons nourrit la jeune HellĂ©, Et dont lâaile vibrant sous le pied dentelĂ© Bruissait dans le pin, le cytise ou lâairelle. Elle sâest tue, hĂ©las ! la lyre naturelle, La muse des guĂ©rets, des sillons et du blĂ© ; De peur que son lĂ©ger sommeil ne soit troublĂ©, Ah ! passe vite, ami, ne pĂšse point sur elle. Câest lĂ . Blanche, au milieu dâune touffe de thym, Sa pierre funĂ©raire est fraĂźchement posĂ©e. Que dâhommes nâont pas eu ce suprĂȘme destin ! Des larmes dâun enfant sa tombe est arrosĂ©e, Et lâAurore pieuse y fait chaque matin Une libation de gouttes de rosĂ©e. LE NAUFRAGĂ Avec la brise en poupe et par un ciel serein, Voyant le Phare fuir Ă travers la mĂąture, Il est parti dâĂgypte au lever de lâArcture, Fier de sa nef rapide aux flancs doublĂ©s dâairain. Il ne reverra plus le mĂŽle Alexandrin. Dans le sable oĂč pas mĂȘme un chevreau ne pĂąture La tempĂȘte a creusĂ© sa triste sĂ©pulture ; Le vent du large y tord quelque arbuste marin. Au pli le plus profond de la mouvante dune, En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune, Que le navigateur trouve enfin le repos. Ă Terre, ĂŽ Mer, pitiĂ© pour son Ombre anxieuse ! Et sur la rive hellĂšne oĂč sont venus ses os, Soyez-lui, toi, lĂ©gĂšre, et toi, silencieuse. LA PRIĂRE DU MORT ArrĂȘte ! Ăcoute-moi, voyageur. Si tes pas Te portent vers CypsĂšle et les rives de lâHĂšbre, Cherche le vieil Hyllos et dis-lui quâil cĂ©lĂšbre Un long deuil pour le fils quâil ne reverra pas. Ma chair assassinĂ©e a servi de repas Aux loups. Le reste gĂźt en ce hallier funĂšbre. Et lâOmbre errante aux bords que lâĂrĂšbe entĂ©nĂšbre Sâindigne et pleure. Nul nâa vengĂ© mon trĂ©pas. Pars donc. Et si jamais, Ă lâheure oĂč le jour tombe, Tu rencontres au pied dâun tertre ou dâune tombe Une femme au front blanc que voile un noir lambeau ; Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes ; Câest ma mĂšre, Ătranger, qui sur un vain tombeau Embrasse une urne vide et lâemplit de ses larmes. LâESCLAVE Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets, Esclave â vois, mon corps en a gardĂ© les signes â Je suis nĂ© libre au fond du golfe aux belles lignes OĂč lâHybla plein de miel mire ses bleus sommets. Jâai quittĂ© lâĂźle heureuse, hĂ©las !⊠Ah ! si jamais Vers Syracuse et les abeilles et les vignes Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes, Cher hĂŽte, informe-toi de celle que jâaimais. Reverrai-je ses yeux de sombre violette, Si purs, sourire au ciel natal qui sây reflĂšte Sous lâarc victorieux que tend un sourcil noir ? Sois pitoyable ! Pars, va, cherche ClĂ©ariste Et dis-lui que je vis encor pour la revoir. Tu la reconnaĂźtras, car elle est toujours triste. LA PRIĂRE DU MORT Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants, La herse, lâaiguillon et la faulx acĂ©rĂ©e Qui fauchait en un jour les Ă©pis dâune airĂ©e, Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans ; Ces outils familiers, aujourdâhui trop pesants, Le vieux Parmis les voue Ă lâimmortelle RhĂ©e Par qui le germe Ă©clĂŽt sous la terre sacrĂ©e. Pour lui, sa tĂąche est faite ; il a quatre-vingts ans. PrĂšs dâun siĂšcle, au soleil, sans en ĂȘtre plus riche, Il a poussĂ© le coutre au travers de la friche ; Ayant vĂ©cu sans joie, il vieillit sans remords. Mais il est las dâavoir tant peinĂ© sur la glĂšbe Et songe que peut-ĂȘtre il faudra, chez les morts, Labourer des champs dâombre arrosĂ©s par lâĂrĂšbe. Ă HERMĂS CRIOPHORE Pour que le compagnon des NaĂŻades se plaise Ă rendre la brebis agrĂ©able au bĂ©lier Et quâil veuille par lui sans fin multiplier Lâerrant troupeau qui broute aux berges du GalĂšse ; Il faut lui faire fĂȘte et quâil se sente Ă lâaise Sous le toit de roseaux du pĂątre hospitalier ; Le sacrifice est doux au DĂ©mon familier Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise. Donc, honorons HermĂšs. Le subtil Immortel PrĂ©fĂšre Ă la splendeur du temple et de lâautel La main pure immolant la victime impollue. Ami, dressons un tertre aux bornes de ton prĂ© Et quâun vieux bouc, du sang de sa gorge velue, Fasse lâargile noire et le gazon pourprĂ©. LA JEUNE MORTE Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi Lâherbe du tertre oĂč gĂźt ma cendre inconsolĂ©e ; Ne foule point les fleurs de lâhumble mausolĂ©e DâoĂč jâĂ©coute ramper le lierre et la fourmi. Tu tâarrĂȘtes ? Un chant de colombe a gĂ©mi. Non ! quâelle ne soit pas sur ma tombe immolĂ©e ! Si tu veux mâĂȘtre cher, donne-lui la volĂ©e. La vie est si douce, ah ! laisse-la vivre, ami. Le sais-tu ? Sous le myrte enguirlandant la porte, Ăpouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte, Si proche et dĂ©jĂ loin de celui que jâaimais. Mes yeux se sont fermĂ©s Ă la lumiĂšre heureuse, Et maintenant jâhabite, hĂ©las ! et pour jamais, Lâinexorable ĂrĂšbe et la Nuit TĂ©nĂ©breuse. REGILLA Passant, ce marbre couvre Annia Regilla Du sang de GanymĂšde et dâAphrodite nĂ©e. Le noble HĂ©rode aima cette fille dâĂnĂ©e. Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la. Car lâOmbre dont le corps dĂ©licieux gĂźt lĂ , Chez le prince infernal de lâĂźle FortunĂ©e Compte les jours, les mois et la si longue annĂ©e Depuis que loin des siens la Parque lâexila. HantĂ© du souvenir de sa forme charmante, LâĂpoux dĂ©sespĂ©rĂ© se lamente et tourmente La pourpre sans sommeil du lit dâivoire et dâor. Il tarde. Il ne vient pas. Et lâĂąme de lâAmante, Anxieuse, espĂ©rant quâil vienne, vole encor Autour du sceptre noir que lĂšve Rhadamanthe. LE COUREUR Tel que Delphes lâa vu quand, Thymos le suivant, Il volait par le stade aux clameurs de la foule, Tel Ladas court encor sur le socle quâil foule Dâun pied de bronze, svelte et plus vif que le vent. Le bras tendu, lâĆil fixe et le torse en avant, Une sueur dâairain Ă son front perle et coule ; On dirait que lâathlĂšte a jailli hors du moule, Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant. Il palpite, il frĂ©mit dâespĂ©rance et de fiĂšvre, Son flanc halĂšte, lâair quâil fend manque Ă sa lĂšvre Et lâeffort fait saillir ses muscles de mĂ©tal ; LâirrĂ©sistible Ă©lan de la course lâentraĂźne Et passant par-dessus son propre piĂ©destal, Vers la palme et le but il va fuir dans lâarĂšne. LE COCHER Ătranger, celui qui, debout au timon dâor, MaĂźtrise dâune main par leur quadruple rĂȘne Ses chevaux noirs et tient de lâautre un fouet de frĂȘne, Guide un quadrige mieux que le hĂ©ros Castor. Issu dâun pĂšre illustre et plus illustre encor⊠Mais vers la borne rouge oĂč la course lâentraĂźne, Il part, semant dĂ©jĂ ses rivaux sur lâarĂšne, Le Libyen hardi cher Ă lâAutocrator. Dans le cirque Ă©bloui, vers le but et la palme, Sept fois, triomphateur vertigineux et calme, Il a tournĂ©. Salut, fils de Calchas le Bleu ! Et tu vas voir, si lâĆil dâun mortel peut suffire Ă cette apothĂ©ose oĂč fuit un char de feu, La Victoire voler pour rejoindre Porphyre. SUR LâOTHRYS Lâair fraĂźchit. Le soleil plonge au ciel radieux. Le bĂ©tail ne craint plus le taon ni le bupreste. Aux pentes de lâOthrys lâombre est plus longue. Reste, Reste avec moi, cher hĂŽte envoyĂ© par les Dieux. Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux Contempleront du seuil de ma cabane agreste, Des cimes de lâOlympe aux neiges du Thymphreste, La riche Thessalie et les monts glorieux. Vois la mer et lâEubĂ©e et, rouge au crĂ©puscule, Le Callidrome sombre et lâĆta, dont Hercule Fit son bĂ»cher suprĂȘme et son premier autel ; Et lĂ -bas, Ă travers la lumineuse gaze, Le Parnasse oĂč, le soir, las dâun vol immortel, Se pose, et dâoĂč sâenvole, Ă lâaurore, PĂ©gase ! ROMEET LES BARBARES POUR LE VAISSEAU DE VIRGILE Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger, Dioscures brillants, divins frĂšres dâHĂ©lĂšne, Le poĂšte latin qui veut, au ciel hellĂšne, Voir les Cyclades dâor de lâazur Ă©merger. Que des souffles de lâair, de tous le plus lĂ©ger, Que le doux lapyx, redoublant son haleine, Dâune brise embaumĂ©e enfle la voile pleine Et pousse le navire au rivage Ă©tranger. Ă travers lâArchipel oĂč le dauphin se joue, Guidez heureusement le chanteur de Mantoue ; PrĂȘtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon. La moitiĂ© de mon Ăąme est dans la nef fragile Qui, sur la mer sacrĂ©e oĂč chantait Arion, Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile. VILLULA Oui, câest au vieux Gallus quâappartient lâhĂ©ritage Que tu vois au penchant du coteau cisalpin ; La maison tout entiĂšre est Ă lâabri dâun pin Et le chaume du toit couvre Ă peine un Ă©tage. Il suffit pour quâun hĂŽte avec lui le partage. Il a sa vigne, un four Ă cuire plus dâun pain, Et dans son potager foisonne le lupin. Câest peu ? Gallus nâa pas dĂ©sirĂ© davantage. Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers, Et de lâombre, lâĂ©tĂ©, sous les feuillages verts ; Ă lâautomne on y prend quelque grive au passage. Câest lĂ que, satisfait de son destin bornĂ©, Gallus finit de vivre oĂč jadis il est nĂ©. Va, tu sais Ă prĂ©sent que Gallus est un sage. LA FLĂTE Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons. Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fiĂšvre, Ă chevrier, le son dâun pipeau sur la lĂšvre Quâaccompagne un bruit frais de source entre les joncs. Ă lâombre du platane oĂč nous nous allongeons Lâherbe est plus molle. Laisse, ami, lâerrante chĂšvre, Sourde aux chevrotements du chevreau quâelle sĂšvre, Escalader la roche et brouter les bourgeons. Ma flĂ»te, faite avec sept tiges de ciguĂ« InĂ©gales que joint un peu de cire, aiguĂ« Ou grave, pleure, chante ou gĂ©mit Ă mon grĂ©. Viens. Nous tâenseignerons lâart divin du SilĂšne, Et tes soupirs dâamour, de ce tuyau sacrĂ©, Sâenvoleront parmi lâharmonieuse haleine. Ă SEXTIUS Le ciel est clair. La barque a glissĂ© sur les sables. Les vergers sont fleuris et le givre argentin Nâirise plus les prĂ©s au soleil du matin. Les bĆufs et le bouvier dĂ©sertent les Ă©tables. Tout tenait. Mais la Mort et ses funĂšbres fables Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain OĂč les dĂ©s renversĂ©s en un libre festin Ne tâassigneront plus la royautĂ© des tables. La vie, ĂŽ Sextius, est brĂšve. HĂątons-nous De vivre. DĂ©jĂ lâĂąge a rompu nos genoux. Il nâest pas de printemps au froid pays des Ombres. Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison Dâimmoler Ă Faunus, en ses retraites sombres, Un bouc noir ou lâagnelle Ă la blanche toison. HORTORUM DEUS Ă Paul ArĂšne. I Olim truncus eram Nâapproche pas ! Va-tâen ! Passe au large, Ătranger ! Insidieux pillard, tu voudrais, jâimagine, DĂ©rober les raisins, lâolive ou lâaubergine Que le soleil mĂ»rit Ă lâombre du verger ? Jây veille. Ă coups de serpe, autrefois, un berger Mâa taillĂ© dans le tronc dâun dur figuier dâĂgine ; Ris du sculpteur, Passant, mais songe Ă lâorigine De Priape, et quâil peut rudement se venger. Jadis, cher aux marins, sur un bec de galĂšre Je me dressais, vermeil, joyeux de la colĂšre Ăcumante ou du rire Ă©blouissant des flots ; Ă prĂ©sent, vil gardien de fruits et de salades, Contre les maraudeurs je dĂ©fends cet enclos... Et je ne verrai plus les riantes Cyclades. II Hujus nam domini colunt me Deumque salutant. Respecte, ĂŽ Voyageur, si tu crains ma colĂšre, Cet humble toit de joncs tressĂ©s et de glaĂŻeul. LĂ , parmi ses enfants, vit un robuste aĂŻeul ; Câest le maĂźtre du clos et de la source claire. Et câest lui qui planta droit au milieu de lâaire Mon emblĂšme Ă©quarri dans un cĆur de tilleul ; Il nâa point dâautres Dieux, aussi je garde seul Le verger quâil cultive et fleurit pour me plaire. Ce sont de pauvres gens, rustiques et dĂ©vots. Par eux, la violette et les sombres pavots Ornent ma gaine avec les verts Ă©pis de lâorge ; Et toujours, deux fois lâan, lâagreste autel a bu, Sous le couteau sacrĂ© du colon qui lâĂ©gorge, Le sang dâun jeune bouc impudique et barbu. III Ecce villicus Venit⊠CATULLE. HolĂ , maudits enfants ! Gare au piĂšge, Ă la trappe, Au chien ! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu, Quâon vienne, sous couleur dây quĂ©rir un caĂŻeu Dâail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe. Dâailleurs, lĂ -bas, du fond des chaumes quâil Ă©trape, Le colon vous Ă©pie, et, sâil vient, par mon pieu ! Vos reins sauront alors tout ce que pĂšse un Dieu De bois dur emmanchĂ© dâun bras dâhomme qui frappe. Vite, prenez la sente Ă gauche, suivez-la Jusquâau bout de la haie oĂč croĂźt ce hĂȘtre, et lĂ Profitez de lâavis quâon vous glisse Ă lâoreille Un nĂ©gligent Priape habite au clos voisin ; Dâici, vous pouvez voir les piliers de sa treille OĂč sous lâombre du pampre a rougi le raisin. IV Mihi corolla picta vere Entre donc. Mes piliers sont fraĂźchement crĂ©pis, Et sous ma treille neuve oĂč le soleil se glisse Lâombre est plus douce. Lâair embaume la mĂ©lisse. Avril jonche la terre en fleur dâun frais tapis. Les saisons tour Ă tour me parent blonds Ă©pis Raisins mĂ»rs, verte olive ou printanier calice Et le lait du matin caille encor sur lâĂ©clisse, Que la chĂšvre me tend la mamelle et le pis. Le maĂźtre de ce clos mâhonore. Jâen suis digne. Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne Et nul nâest mieux gardĂ© de tout le Champ Romain. Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et lâhomme, Chaque soir de marchĂ©, fait tinter dans sa main Les deniers dâargent clair quâil rapporte de Rome. V Rigetque dura barba juncta Poetarum Lusus. Quel froid ! le givre brille aux derniers pampres verts ; Je guette le soleil, car je sais lâheure exacte OĂč lâaurore rougit les neiges du Soracte. Le sort dâun Dieu champĂȘtre est dur. Lâhomme est pervers. Dans ce clos ruinĂ©, seul, depuis vingt hivers Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte, Mon vermillon sâĂ©caille et mon bois se rĂ©tracte Et se gerce, et jâai peur dâĂȘtre piquĂ© des vers. Que ne suis-je un PĂ©nate ou mĂȘme simple Lare Domestique, repeint, repu, toujours hilare, GorgĂ© de miel, de fruits ou ceint des fleurs dâavril ! PrĂšs des aĂŻeux de cire, au fond du vestibule, Je vieillirais et les enfants, au jour viril, Ă mon col vĂ©nĂ©rĂ© viendraient pendre leur bulle. LE TEPIDARIUM La myrrhe a parfumĂ© leurs membres assouplis ; Elles rĂȘvent, goĂ»tant la tiĂ©deur de dĂ©cembre, Et le brasier de bronze illuminant la chambre Jette la flamme et lâombre Ă leurs beaux fronts pĂąlis. Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits, Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou dâambre Ou se soulĂšve Ă peine ou sâallonge ou se cambre ; Le lin voluptueux dessine de longs plis. Sentant Ă sa chair nue errer lâardent effluve, Une femme dâAsie, au milieu de lâĂ©tuve, Tord ses bras Ă©nervĂ©s en un ennui serein ; Et le pĂąle troupeau des filles dâAusonie Sâenivre de la riche et sauvage harmonie Des noirs cheveux roulant sur un torse dâairain. TRANQUILLUS C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV. Câest dans ce doux pays quâa vĂ©cu SuĂ©tone ; Et de lâhumble villa voisine de Tibur, Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur, Un arceau ruinĂ© que le pampre festonne. Câest lĂ quâil se plaisait Ă venir, chaque automne, Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels dâazur, Vendanger ses ormeaux quâalourdit le cep mĂ»r. LĂ sa vie a coulĂ© tranquille et monotone. Au milieu de la paix pastorale, câest lĂ Que lâont hantĂ© NĂ©ron, Claude, Caligula, Messaline rĂŽdant sous la stole pourprĂ©e ; Et que, du fer dâun style Ă la pointe acĂ©rĂ©e Ăgratignant la cire impitoyable, il a DĂ©crit les noirs loisirs du vieillard de CaprĂ©e. LUPERCUS M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII. Lupercus, du plus loin quâil me voit â Cher poĂšte, Ta nouvelle Ă©pigramme est du meilleur latin ; Dis, veux-tu, jâenverrai chez toi demain matin, Me prĂȘter les rouleaux de ton Ćuvre complĂšte ? â Non. Ton esclave boite, il est vieux, il halĂšte, Mes escaliers sont durs et mon logis lointain ; Ne demeures-tu pas auprĂšs du Palatin ? Atrectus, mon libraire, habite lâArgilĂšte. Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend Les volumes des morts et celui du vivant, Virgile et Silius, Pline, TĂ©rence ou PhĂšdre ; LĂ , sur lâun des rayons, et non certe aux derniers, PoncĂ©, vĂȘtu de pourpre et dans un nid de cĂšdre, Martial est en vente au prix de cinq deniers. LA TREBBIA Lâaube dâun jour sinistre a blanchi les hauteurs. Le camp sâĂ©veille. En bas roule et gronde le fleuve OĂč lâescadron lĂ©ger des Numides sâabreuve. Partout sonne lâappel clair des buccinateurs. Car malgrĂ© Scipion, les augures menteurs, La Trebbia dĂ©bordĂ©e, et quâil vente et quâil pleuve, Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve, A fait lever la hache et marcher les licteurs. Rougissant le ciel noir de flamboĂźments lugubres, Ă lâhorizon, brĂ»laient les villages Insubres ; On entendait au loin barrir un Ă©lĂ©phant. Et lĂ -bas, sous le pont, adossĂ© contre une arche, Hannibal Ă©coutait, pensif et triomphant, Le piĂ©tinement sourd des lĂ©gions en marche. APRĂS CANNES Un des consuls tuĂ©, lâautre fuit vers Linterne Ou Venuse. LâAufide a dĂ©bordĂ©, trop plein De morts et dâarmes. La foudre au Capitolin Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne. En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne Et consultĂ© deux fois lâoracle sibyllin ; Dâun long sanglot lâaĂŻeul, la veuve, lâorphelin Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne. Et chaque soir la foule allait aux aqueducs, PlĂšbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs Et tout ce que vomit Subure et lâergastule ; Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil Des monts Sabins oĂč luit lâĆil sanglant du soleil, Le Chef borgne montĂ© sur lâĂ©lĂ©phant GĂ©tule. Ă UN TRIOMPHATEUR Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre, Des files de guerriers barbares, de vieux chefs Sous le joug, des tronçons dâarmures et de nefs, Et la flotte captive et le rostre et lâaplustre. Quel que tu sois, issu dâAncus ou nĂ© dâun rustre, Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs, Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs ProfondĂ©ment, de peur que lâavenir te frustre. DĂ©jĂ le Temps brandit lâarme fatale. As-tu Lâespoir dâĂ©terniser le bruit de ta vertu ? Un vil lierre suffit Ă disjoindre un trophĂ©e ; Et seul, aux blocs Ă©pars des marbres triomphaux OĂč ta gloire en ruine est par lâherbe Ă©touffĂ©e, Quelque faucheur Samnite Ă©brĂ©chera sa faulx. ANTOINE ET CLĂOPĂTRE LE CYDNUS Sous lâazur triomphal, au soleil qui flamboie, La trirĂšme dâargent blanchit le fleuve noir Et son sillage y laisse un parfum dâencensoir Avec des sons de flĂ»te et des frissons de soie. Ă la proue Ă©clatante oĂč lâĂ©pervier sâĂ©ploie, Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir, ClĂ©opĂątre debout en la splendeur du soir Semble un grand oiseau dâor qui guette au loin sa proie. Voici Tarse, oĂč lâattend le guerrier dĂ©sarmĂ© ; Et la brune Lagide ouvre dans lâair charmĂ© Ses bras dâambre oĂč la pourpre a mis des reflets roses ; Et ses yeux nâont pas vu, prĂ©sage de son sort, AuprĂšs dâelle, effeuillant sur lâeau sombre des roses, Les deux enfants divins, le DĂ©sir et la Mort. SOIR DE BATAILLE Le choc avait Ă©tĂ© trĂšs rude. Les tribuns Et les centurions, ralliant les cohortes, Humaient encor dans lâair oĂč vibraient leurs voix fortes La chaleur du carnage et ses Ăącres parfums. Dâun Ćil morne, comptant leurs compagnons dĂ©funts, Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes, Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes ; Et la sueur coulait de leurs visages bruns. Câest alors quâapparut, tout hĂ©rissĂ© de flĂšches, Rouge du flux vermeil de ses blessures fraĂźches, Sous la pourpre flottante et lâairain rutilant, Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, Superbe, maĂźtrisant son cheval qui sâeffare, Sur le ciel enflammĂ©, lâImperator sanglant. ANTOINE ET CLĂOPĂTRE Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse, LâĂgypte sâendormir sous un ciel Ă©touffant Et le Fleuve, Ă travers le Delta noir quâil fend, Vers Bubaste ou SaĂŻs rouler son onde grasse. Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse, Soldat captif berçant le sommeil dâun enfant, Ployer et dĂ©faillir sur son cĆur triomphant Le corps voluptueux que son Ă©treinte embrasse. Tournant sa tĂȘte pĂąle entre ses cheveux bruns Vers celui quâenivraient dâinvincibles parfums, Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ; Et sur elle courbĂ©, lâardent Imperator Vit dans ses larges yeux Ă©toilĂ©s de points dâor Toute une mer immense oĂč fuyaient des galĂšres. SONNETS ĂPIGRAPHIQUES BagnĂšres-de-Luchon, Sept. 188.. ILIXONIDEOFAB. FESTAV. S. L. M. LE VĆU ISCITTO S. L. M. Jadis lâIbĂšre noir et le Gall au poil fauve Et le Garumne brun peint dâocre et de carmin, Sur le marbre votif entaillĂ© par leur main, Ont dit lâeau bienfaisante et sa vertu qui sauve. Puis les Imperators, sous le Venasque chauve, BĂątirent la piscine et le therme romain, Et Fabia Festa, par ce mĂȘme chemin, A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve. Aujourdâhui, comme aux jours dâIscitt et dâIlixon, Les sources mâont chantĂ© leur divine chanson ; Le soufre fume encore Ă lâair pur des moraines. Câest pourquoi, dans ces vers, accomplissant les vĆux, Tel quâautrefois Hunnu, fils dâUlohox, je veux Dresser lâautel barbare aux Nymphes Souterraines. LA SOURCE NYMPHIS AVG. SACRUM Lâautel gĂźt sous la ronce et lâherbe enseveli ; Et la source sans nom qui goutte Ă goutte tombe Dâun son plaintif emplit la solitaire combe. Câest la Nymphe qui pleure un Ă©ternel oubli. Lâinutile miroir que ne ride aucun pli Ă peine est effleurĂ© par un vol de colombe Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe, Seule, y reflĂšte encore un visage pĂąli. De loin en loin, un pĂątre errant sây dĂ©saltĂšre. Il boit, et sur la dalle antique du chemin Verse un peu dâeau restĂ© dans le creux de sa main. Il a fait, malgrĂ© lui, le geste hĂ©rĂ©ditaire, Et ses yeux nâont pas vu sur le cippe romain Le vase libatoire auprĂšs de la patĂšre. LE DIEU HĂTRE FAGO DEO. Le Garumne a bĂąti sa rustique maison Sous un grand hĂȘtre au tronc musculeux comme un torse Dont la sĂšve dâun Dieu gonfle la blanche Ă©corce. La forĂȘt maternelle est tout son horizon. Car lâhomme libre y trouve, au grĂ© de la saison, Les faĂźnes, le bois, lâombre et les bĂȘtes quâil force Avec lâarc ou lâĂ©pieu, le filet ou lâamorce, Pour en manger la chair et vĂȘtir leur toison. Longtemps il a vĂ©cu riche, heureux et sans maĂźtre, Et le soir, lorsquâil rentre au logis, le vieux HĂȘtre De ses bras familiers semble lui faire accueil ; Et quand la Mort viendra courber sa tĂȘte franche, Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil Lâincorruptible cĆur de la maĂźtresse branche. AUX MONTAGNES DIVINES GEMINVS SERVVS ET PRO SVIS CONSERVIS. Glaciers bleus, pics de marbre et dâardoise, granits, Moraines dont le vent, du NĂ©thou jusquâĂ BĂšgle, Arrache, brĂ»le et tord le froment et le seigle, Cols abrupts, lacs, forĂȘts pleines dâombre et de nids ! Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis, PlutĂŽt que de ployer sous la servile rĂšgle, HantĂšrent avec lâours, le loup, lâisard et lâaigle, PrĂ©cipices, torrents, gouffres, soyez bĂ©nis ! Ayant fui lâergastule et le dur municipe, Lâesclave Geminus a dĂ©diĂ© ce cippe Aux Monts, gardiens sacrĂ©s de lâĂąpre libertĂ© ; Et sur ces sommets clairs oĂč le silence vibre, Dans lâair inviolable, immense et pur, jetĂ©, Je crois entendre encor le cri dâun homme libre ! LâEXILĂE MONTIBVS⊠GARRI DEO⊠SABINVLA. V. S. L. M. Dans ce vallon sauvage oĂč CĂ©sar tâexila, Sur la roche moussue, au chemin dâArdiĂšge, Penchant ton front quâargente une prĂ©coce neige, Chaque soir, Ă pas lents, tu viens tâaccouder lĂ . Tu revois ta jeunesse et ta chĂšre villa Et le Flamine rouge avec son blanc cortĂšge ; Et pour que le regret du sol Latin sâallĂšge, Tu regardes le ciel, triste Sabinula. Vers le Gar Ă©clatant aux sept pointes calcaires, Les aigles attardĂ©s qui regagnent leurs aires Emportent en leur vol tes rĂȘves familiers ; Et seule, sans dĂ©sirs, nâespĂ©rant rien de lâhomme, Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome. LE MOYEN ĂGEET LA RENAISSANCE VITRAIL Cette verriĂšre a vu dames et hauts barons Ătincelants dâazur, dâor, de flamme et de nacre, Incliner, sous la dextre auguste qui consacre, Lâorgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons ; Lorsquâils allaient, au bruit du cor ou des clairons, Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre, Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean dâAcre, Partir pour la croisade ou le vol des hĂ©rons. Aujourdâhui, les seigneurs auprĂšs des chĂątelaines, Avec le lĂ©vrier Ă leurs longues poulaines, Sâallongent aux carreaux de marbre blanc et noir ; Ils gisent lĂ sans voix, sans geste et sans ouĂŻe, Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir La rose du vitrail toujours Ă©panouie. ĂPIPHANIE Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages, ChargĂ©s de nefs dâargent, de vermeil et dâĂ©maux Et suivis dâun trĂšs long cortĂšge de chameaux, Sâavancent, tels quâils sont dans les vieilles images. De lâOrient lointain, ils portent leurs hommages Aux pieds du fils de Dieu nĂ© pour guĂ©rir les maux Que souffrent ici-bas lâhomme et les animaux ; Un page noir soutient leurs robes Ă ramages. Sur le seuil de lâĂ©table oĂč veille Saint Joseph, Ils ĂŽtent humblement la couronne du chef Pour saluer lâEnfant qui rit et les admire. Câest ainsi quâautrefois, sous Augustus CĂŠsar, Sont venus, prĂ©sentant lâor, lâencens et la myrrhe, Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar. LE HUCHIER DE NAZARETH Le bon maĂźtre huchier, pour finir un dressoir, CourbĂ© sur lâĂ©tabli depuis lâaurore ahane, Maniant tour Ă tour le rabot, le bĂ©dane Et la rĂąpe grinçante ou le dur polissoir. Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir, Sâallonger jusquâau seuil lâombre du grand platane OĂč madame la Vierge et sa mĂšre sainte Anne Et Monseigneur JĂ©sus prĂšs de lui vont sâasseoir. Lâair est brĂ»lant et pas une feuille ne bouge ; Et saint Joseph, trĂšs las, a laissĂ© choir la gouge En sâessuyant le front au coin du tablier ; Mais lâApprenti divin quâune gloire enveloppe Fait toujours, dans le fond obscur de lâatelier, Voler des copeaux dâor au fil de sa varlope. Au pommeau de lâĂ©pĂ©e on lit Calixte Pape. La tiare, les clefs, la barque et le tramail Blasonnent, en reliefs dâun somptueux travail, Le BĆuf hĂ©rĂ©ditaire armoyĂ© sur la chappe. Ă la fusĂ©e, un Dieu paĂŻen, Faune ou Priape, Rit, engaĂźnĂ© dâun lierre Ă graines de corail ; Et lâĂ©clat du mĂ©tal sâexalte sous lâĂ©mail Si clair, que lâestoc brille encor plus quâil ne frappe. MaĂźtre Antonio Perez de Las Cellas forgea Ce bĂąton pastoral pour le premier Borja, Comme sâil pressentait sa fameuse lignĂ©e ; Et ce glaive dit mieux quâArioste ou Sannazar, Par lâacier de sa lame et lâor de sa poignĂ©e, La pontife Alexandre et le prince CĂ©sar. Seigneur de Rimini, Vicaire et PodestĂ , Son profil dâĂ©pervier vit, sâaccuse ou recule Ă la lueur dâairain dâun fauve crĂ©puscule Dans lâorbe oĂč Matteo deâ Pastis lâincrusta. Or, de tous les tyrans quâun peuple dĂ©testa, Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule, Quâil ait nom Ezzelin, Can, GalĂ©as, Hercule, Ne fĂ»t maĂźtre si fier que le Malatesta. Celui-ci, le meilleur, ce Sisigmond Pandolphe, Mit Ă sang la Romagne et la Marche et le Golfe, BĂątit un temple, fit lâamour et le chanta ; Et leurs femmes aussi sont rudes et sĂ©vĂšres, Car sur le mĂȘme bronze oĂč sourit Isotta, LâĂlĂ©phant triomphale foule des primevĂšres. Vous sortiez de lâĂ©glise et, dâun geste pieux, Vos nobles mains faisaient lâaumĂŽne au populaire, Et sous le porche obscur votre beautĂ© si claire Aux pauvres Ă©blouis montrait tout lâor des cieux. Et je vous saluai dâun salut gracieux, TrĂšs humble, comme il sied Ă qui ne veut dĂ©plaire, Quand, tirant votre mante et dâun air de colĂšre Vous dĂ©tournant de moi, vous couvrĂźtes vos yeux. Mais Amour qui commande au cĆur le plus rebelle Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle, La source de pitiĂ© me refusĂąt merci ; Et vous fĂ»tes si lente Ă ramener le voile, Que vos cils ombrageux palpitĂšrent ainsi Quâun noir feuillage oĂč filtre un long rayon dâĂ©toiles. Jadis plus dâun amant, aux jardins de Bougueil, A gravĂ© plus dâun nom dans lâĂ©corce quâil ouvre, Et plus dâun cĆur, sous lâor des hauts plafonds du Louvre, Ă lâĂ©clair dâun sourire a tressailli dâorgueil. Quâimporte ? Rien nâa dit leur ivresse ou leur deuil ; Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre Et nul nâa disputĂ©, sous lâherbe qui les couvre, Leur inerte poussiĂšre Ă lâoubli du cercueil. Tout meurt. Marie, HĂ©lĂšne et toi, fiĂšre Cassandre, Vos beaux corps ne seraient quâune insensible cendre, â Les roses et les lys nâont pas de lendemain â Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire, NâeĂ»t tressĂ© pour vos fronts, dâune immortelle main, Aux myrtes de lâAmour le laurier de la Gloire. Ă Henry Cros Ă vous troupe lĂ©gĂšreQui dâaile passagĂšrePar le monde volez⊠JOACHIM DU BELLAY. AccoudĂ©e au balcon dâoĂč lâon voit le chemin Qui va des bords de Loire aux rives dâItalie, Sous un pĂąle rameau dâolive son front plie. La violette en fleur se fanera demain. La viole que frĂŽle encor sa frĂȘle main Charme sa solitude et sa mĂ©lancolie, Et son rĂȘve sâenvole Ă celui qui lâoublie En foulant la poussiĂšre oĂč gĂźt lâorgueil Romain. De celle quâil nommait sa douceur Angevine, Sur la corde vibrante erre lâĂąme divine Quand lâangoisse dâamour Ă©treint son cĆur troublĂ© ; Et sa voix livre aux vents qui lâemportent loin dâelle, Et le caresseront peut-ĂȘtre, lâinfidĂšle, Cette chanson quâil fit pour un vanneur de blĂ©. Suivant les vers de Henri III Ă passant, câest ici que repose Hyacinte Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron ; Il est mort â Dieu lâabsolve et lâait en son giron ! â TombĂ© sur le terrain, il gĂźt en terre sainte. Nul, ni mĂȘme QuĂ©lus, nâa mieux, de perles ceinte, PortĂ© la toque Ă plume ou la fraise Ă godron ; Aussi vois-tu, sculptĂ© par un nouveau Myron, Dans ce marbre funĂšbre un morceau de jacinthe. AprĂšs lâavoir baisĂ©, fait tondre, et de sa main Mis au linceul, Henry voulut quâĂ Saint-Germain FĂ»t portĂ© ce beau corps, hĂ©las ! inerte et blĂȘme ; Et jaloux quâun tel deuil dure Ă©ternellement, Il lui fit en lâĂ©glise Ă©riger cet emblĂšme, Des regrets dâAppolo triste et doux monument. Vieux maĂźtre relieur, lâor que tu ciselas Au dos du livre et dans lâĂ©paisseur de la tranche, Nâa plus, malgrĂ© les fers poussĂ©s dâune main franche, La rutilante ardeur de ses premiers Ă©clats. Les chiffres enlacĂ©s que liait lâentrelacs Sâeffacent chaque jour de la peau fine et blanche ; Ă peine si mes yeux peuvent suivre la branche De lierre que tu fis serpenter sur les plats. Mais cet ivoire souple et presque diaphane, Marguerite, Marie, ou peut-ĂȘtre Diane, De leurs doigts amoureux lâont jadis caressĂ© ; Et ce vĂ©lin pĂąli que dora Clovis Ăve Ăvoque, je ne sais par quel charme passĂ©, LâĂąme de leur parfum et lâombre de leur rĂȘve. Le palais est de marbre oĂč, le long des portiques, Conversent des seigneurs que peignit Titien, Et les colliers massifs au poids du marc ancien Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques. Ils regardent au fond des lagunes antiques, De leurs yeux oĂč reluit lâorgueil patricien, Sous le pavillon clair du ciel vĂ©nitien Ătinceler lâazur des mers Adriatiques. Et tandis que lâessaim brillant des Cavaliers TraĂźne la pourpre et lâor par les blancs escaliers Joyeusement baignĂ©s dâune lumiĂšre bleue ; Indolente et superbe, une Dame, Ă lâĂ©cart, Se tournant Ă demi dans un flot de brocart, Sourit au nĂ©grillon qui lui porte la queue. Antonio di Sandro orefice. Le vaillant MaĂźtre OrfĂšvre, Ă lâĆuvre dĂšs matines, Faisait, de ses pinceaux dâoĂč sâĂ©gouttait lâĂ©mail, Sur la paix niellĂ©e ou sur lâor du fermail Ăpanouir la fleur des devises latines. Sur le Pont, au son clair des cloches argentines, La cape coudoyait le froc et le camail ; Et le soleil montant en un ciel de vitrail Mettait un nimbe au front des belles Florentines. Et prompts au rĂȘve ardent qui les savait charmer, Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer Les mains des fiancĂ©s au chaton de la bague Tandis que dâun burin trempĂ© comme un stylet, Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait Le combat des Titans au pommeau dâune dague. Mieux quâaucun maĂźtre inscrit au livre de maĂźtrise, Quâil ait nom Ruyz, ArphĂ©, Ximeniz, Becerril, Jâai serti le rubis, la perle et le bĂ©ryl, Tordu lâanse dâun vase et martelĂ© sa frise. Dans lâargent, sur lâĂ©mail oĂč le paillon sâirise, Jâai peint et jâai sculptĂ©, mettant lâĂąme en pĂ©ril, Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril, Ă honte ! Bacchus ivre ou DanaĂ© surprise. Jâai de plus dâun estoc damasquinĂ© le fer Et, pour le vain orgueil de ces Ćuvres dâEnfer, AventurĂ© ma part de lâĂ©ternelle Vie. Aussi, voyant mon Ăąge incliner vers le soir, Je veux, ainsi que fit Fray Juan de SĂ©govie, Mourir en ciselant dans lâor un ostensoir. Crois-moi, pieux enfant, suis lâantique chemin. LâĂ©pĂ©e aux quillons droits dâoĂč part la branche torse, Au poing dâun gentilhomme ardent et plein de force Est un faix plus lĂ©ger quâun rituel romain. Prends-la. LâHercule dâor qui tiĂ©dit dans ta main, Aux doigts de tes aĂŻeux ayant poli son torse, Gonfle plus fiĂšrement, sous la splendide Ă©corce, Les beaux muscles de fer de son corps surhumain. Brandis-la ! Lâacier souple en bouquets dâĂ©tincelles PĂ©tille. Elle est solide, et sa lame est de celles Qui font courir au cĆur un orgueilleux frisson ; Car elle porte au creux de sa brillante gorge, Comme une noble Dame un joyau, le poinçon De Julian del Rey, le prince de la forge. Dans le cadre de plomb des fragiles verriĂšres, Les maĂźtres dâautrefois ont peint de hauts barons Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons, PloyĂ© lâhumble genou des bourgeois en priĂšres. Dâautres sur le vĂ©lin jauni des brĂ©viaires Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons, Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts, Les arabesques dâor au ventre des aiguiĂšres. Aujourdâhui Claudius, leur fils et leur rival, Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes, A fixĂ© son gĂ©nie au solide mĂ©tal ; Câest pourquoi jâai voulu, sous lâĂ©mail de mes rimes, Faire autour de son front glorieux verdoyer, Pour les Ăąges futurs, lâhĂ©roĂŻque laurier. Le four rougit ; la plaque est prĂȘte. Prends ta lampe. ModĂšle le paillon qui sâirise ardemment, Et fixe avec le feu dans le sombre pigment La poudre Ă©tincelante oĂč ton pinceau se trempe. Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe Du penseur, du hĂ©ros, du prince ou de lâamant ? Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament, Cabrer lâhydre Ă©caillĂ©e ou le glauque hippocampe ? Non. PlutĂŽt, en un orbe Ă©clatant de saphir Inscris un fier profil de guerriĂšre dâOphir, Thalestris, Bradamante, Aude ou PenthĂ©silĂ©e. Et pour que sa beautĂ© soit plus terrible encor, Casque ses blonds cheveux de quelque bĂȘte ailĂ©e Et fais bomber son sein sous la gorgone dâor. Ce soir, au rĂ©duit sombre oĂč ronfle lâathanor, Le grand feu prisonnier de la brique rougie Exalte son ardeur et souffle sa magie Au cuivre que lâĂ©mail fait plus riche que lâor. Et sous mes pinceaux naĂźt, vit, court et prend lâessor Le peuple monstrueux de la mythologie, Les Centaures, Pan, Sphinx, la ChimĂšre, lâOrgie Et, du sang de Gorgo, PĂ©gase et Chrysaor. Peindrai-je Achille en pleurs prĂšs de PenthĂ©silĂ©e ? OrphĂ©e ouvrant les bras vers lâĂpouse exilĂ©e Sur la porte infernale aux infrangibles gonds ? Hercule terrassant le dogue de lâAverne Ou la Vierge qui tord au seuil de la caverne Son corps Ă©pouvantĂ© que flairent les Dragons ? LES CONQUĂRANTS Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, FatiguĂ©s de porter leurs misĂšres hautaines, De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres dâun rĂȘve hĂ©roĂŻque et brutal. Ils allaient conquĂ©rir le fabuleux mĂ©tal Que Cipango mĂ»rit dans ses mines lointaines, Et les vents alizĂ©s inclinaient leurs antennes Aux bords mystĂ©rieux du monde Occidental. Chaque soir, espĂ©rant des lendemains Ă©piques, Lâazur phosphorescent de la mer des Tropiques Enchantait leur sommeil dâun mirage dorĂ© ; Ou penchĂ©s Ă lâavant des blanches caravelles, Ils regardaient monter en un ciel ignorĂ© Du fond de lâOcĂ©an des Ă©toiles nouvelles. Juan Ponce de Leon, par le Diable tentĂ©, DĂ©jĂ trĂšs vieux et plein des antiques Ă©tudes, Voyant lâĂąge blanchir ses cheveux courts et rudes, Prit la mer pour chercher la Source de SantĂ©. Sur sa belle Armada, dâun vain songe hantĂ©, Trois ans il explora les glauques solitudes, Lorsque enfin, dĂ©chirant le brouillard des Bermudes, La Floride apparut sous un ciel enchantĂ©. Et le Conquistador, bĂ©nissant sa folie, Vint planter son pennon dâune main affaiblie Dans la terre Ă©clatante oĂč sâouvrait son tombeau. Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle Que la Mort, malgrĂ© toi, fit ton rĂȘve plus beau ; La Gloire tâa donnĂ© la jeunesse immortelle. Ă lâombre de la voĂ»te en fleur des catalpas Et des tulipiers noirs quâĂ©toile un blanc pĂ©tale, Il ne repose point dans la terre fatale ; La Floride conquise a manquĂ© sous ses pas. Un vil tombeau messied Ă de pareils trĂ©pas. Linceul du ConquĂ©rant de lâInde Occidentale, Tout le MeschacĂ©bĂ© par-dessus lui sâĂ©tale. Le Peau-Rouge et lâours gris ne le troubleront pas. Il dort au lit profond creusĂ© par les eaux vierges. Quâimporte un monument funĂ©raire, des cierges, Le psaume et la chapelle ardente et lâex-voto ? Puisque le vent du Nord, parmi les cypriĂšres, Pleure et chante Ă jamais dâĂ©ternelles priĂšres Sur le Grand Fleuve oĂč gĂźt Hernando de Soto. Celui-lĂ peut compter parmi les grands dĂ©funts, Car son bras a guidĂ© la premiĂšre carĂšne Ă travers lâarchipel des Jardins de la Reine OĂč la brise Ă©ternelle est faite de parfums. Plus que les ans, la houle et ses Ăącres embruns, Les calmes de la mer embrasĂ©e et sereine Et lâamour et lâeffroi de lâantique sirĂšne Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns. Castille a triomphĂ© par cet homme, et ses flottes Ont sous lui complĂ©tĂ© lâempire sans pareil Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil ; Câest BartolomĂ© Ruiz, prince des vieux pilotes, Qui, sur lâĂ©cu royal quâelle enrichit encor, Porte une ancre de sable Ă la gumĂšne dâor. Ă Claudius Popelin. La gloire a sillonnĂ© de ses illustres rides Le visage hardi de ce grand Cavalier Qui porte sur son front que nul nâa fait plier Le hĂąle de la guerre et des soleils torrides. En tous lieux, CĂŽte-Ferme, Ăźles, sierras arides, Il a plantĂ© la croix, et, depuis lâescalier Des Andes, promenĂ© son pennon familier Jusquâau golfe orageux qui blanchit les Florides. Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux, Sous lâarmure de bronze aux splendides rinceaux, Font revivre lâaĂŻeul fier et mĂ©lancolique ; Et ses yeux assombris semblent chercher encor Dans le ciel de lâĂ©mail ardent et mĂ©tallique Les Ă©blouissements de la Castille dâOr. Las de poursuivre en vain lâOphir insaisissable, Tu fondas, en un pli de ce golfe enchantĂ© OĂč lâĂ©tendard royal par tes mains fut plantĂ©, Une Carthage neuve au pays de la Fable. Tu voulais que ton nom ne fĂ»t point pĂ©rissable, Et tu crus lâavoir bien pour toujours cimentĂ© Ă ce mortier sanglant dont tu fis ta citĂ© ; Mais ton espoir, Soldat, fut bĂąti sur le sable. CarthagĂšne Ă©touffant sous le torride azur, Avec ses noirs palais voit sâĂ©crouler ton mur Dans lâOcĂ©an fiĂ©vreux qui dĂ©vore sa grĂšve ; Et seule, Ă ton cimier brille, ĂŽ Conquistador, HĂ©raldique tĂ©moin des splendeurs de ton rĂȘve, Une Ville dâargent quâombrage un palmier dâor. Quâils aient vaincu lâInca, lâAztĂšque, les Hiaquis, Les Andes, la forĂȘt, les pampas ou le fleuve, Les autres nâont laissĂ© pour vestige et pour preuve Quâun nom, un titre vain de comte ou de marquis. Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis, Dans la mer caraĂŻbe une Carthage neuve, Et du Magdalena jusquâau Darien quâabreuve LâAtrato, le sol rouge Ă la Croix fut conquis. Assise sur son Ăźle oĂč lâOcĂ©an dĂ©ferle, MalgrĂ© les siĂšcles, lâhomme et la foudre et les vents, Ta citĂ© dresse au ciel ses forts et ses couvents ; Aussi tes derniers fils, sans trĂšfle, ache ni perle, Timbrent-ils leur Ă©cu dâun palmier ombrageant De son panache dâor une Ville dâargent. Cartagena de Indias. 1532-1583-1697. Morne Ville, jadis reine des OcĂ©ans Aujourdâhui le requin poursuit en paix les scombres Et le nuage errant allonge seul des ombres Sur ta rade oĂč roulaient les galions gĂ©ants. Depuis Drake et lâassaut des Anglais mĂ©crĂ©ants, Tes murs dĂ©semparĂ©s croulent en noirs dĂ©combres Et, comme un glorieux collier de perles sombres, Des boulets de Pointis montrent les trous bĂ©ants. Entre le ciel qui brĂ»le et la mer qui moutonne, Au somnolent soleil dâun midi monotone, Tu songes, ĂŽ GuerriĂšre, aux vieux Conquistadors ; Et dans lâĂ©nervement des nuits chaudes et calmes, Berçant ta gloire Ă©teinte, ĂŽ CitĂ©, tu tâendors Sous les palmiers, au long frĂ©missement des palmes. LâORIENT ET LES TROPIQUES Midi. Lâair brĂ»le, et sous la terrible lumiĂšre Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb ; Du zĂ©nith aveuglant le jour tombe dâaplomb, Et lâimplacable PhrĂ© couvre lâĂgypte entiĂšre. Les grands sphinx qui jamais nâont baissĂ© la paupiĂšre, AllongĂ©s sur leur flanc que baigne un sable blond, Poursuivent dâun regard mystĂ©rieux et long LâĂ©lan dĂ©mesurĂ© des aiguilles de pierre. Seul, tachant dâun point noir le ciel blanc et serein, Au loin, tourne sans fin le vol des gypaĂ«tes ; La flamme immense endort les hommes et les bĂȘtes. Le sol ardent pĂ©tille, et lâAnubis dâairain Immobile au milieu de cette chaude joie Silencieusement vers le soleil aboie. La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit. Et voici que sâĂ©meut la nĂ©cropole antique OĂč chaque roi, gardant la pose hiĂ©ratique, GĂźt sous la bandelette et le funĂšbre enduit. Tel quâaux jours de RhamsĂšs, innombrable et sans bruit, Tout un peuple formant le cortĂšge mystique, Multitude quâabsorbe un calme granitique, Sâordonne et se dĂ©ploie et marche dans la nuit. Se dĂ©tachant des murs brodĂ©s dâhiĂ©roglyphes, Ils suivent la Bari que portent les pontifes DâAmmon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil ; Et les sphinx, les bĂ©liers ceints du disque vermeil, Ăblouis, dâun seul coup se dressant sur leurs griffes, SâĂ©veillent en sursaut de lâĂ©ternel sommeil. Et la foule grandit plus innombrable encor. Et le sombre hypogĂ©e oĂč sâalignent les couches Est vide. Du milieu dĂ©sertĂ© des cartouches, Les Ă©perviers sacrĂ©s ont repris leur essor. BĂȘtes, peuples et rois, ils vont. LâurĂŠus dâor Sâenroule, Ă©tincelant, autour des fronts farouches ; Mais le bitume Ă©pais scelle les maigres bouches. En tĂȘte, les grands dieux Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor. Puis tous ceux que conduit Toth IbiocĂ©phale, VĂȘtus de la schenti, coiffĂ©s du pschent, ornĂ©s Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale Ondule dans lâhorreur des temples ruinĂ©s, Et la lune, Ă©clatant au pavĂ© froid des salles, Prolonge Ă©trangement des ombres colossales. Ă GĂ©rĂŽme. LĂ -bas, les muezzins ont cessĂ© leurs clameurs. Le ciel vert, au couchant de pourpre et dâor se frange ; Le crocodile plonge et cherche un lit de fange, Et le grand fleuve endort ses derniĂšres rumeurs. Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs, Le Chef rĂȘvait, bercĂ© par le haschisch Ă©trange, Tandis quâavec effort faisant mouvoir la cange, Deux nĂšgres se courbaient, nus, au banc des rameurs. Ă lâarriĂšre, joyeux et lâinsulte Ă la bouche, Grattant lâaigre guzla qui rhythme un air farouche, Se penchait un Arnaute Ă lâĆil fĂ©roce et vil ; Car liĂ© sur la barque et saignant sous lâentrave, Un vieux Scheikh regardait dâun air stupide et grave Les minarets pointus qui tremblent dans le Nil. CâĂ©tait un homme Ă deux sabres. Dâun doigt distrait frĂŽlant la sonore bĂźva, Ă travers les bambous tressĂ©s en fine latte, Elle a vu, par la plage Ă©blouissante et plate, Sâavancer le vainqueur que son amour rĂȘva. Câest lui. Sabres au flanc, lâĂ©ventail haut, il va. La cordeliĂšre rouge et le gland Ă©carlate Coupent lâarmure sombre, et, sur lâĂ©paule, Ă©clate Le blason de Hizen ou de Tokungawa. Ce beau guerrier vĂȘtu de lames et de plaques, Sous le bronze, la soie et les brillantes laques, Semble un crustacĂ© noir, gigantesque et vermeil. Il lâa vue. Il sourit dans la barbe du masque, Et son pas plus hĂątif fait reluire au soleil Les deux antennes dâor qui tremblent Ă son casque. Matin de bataille. Sous le noir fouet de guerre Ă quadruple pompon, LâĂ©talon belliqueux en hennissant se cabre Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre, La cuirasse de bronze aux lames du jupon. Le Chef vĂȘtu dâairain, de laque et de crĂ©pon, Ătant le masque Ă poils de son visage glabre, Regarde le volcan sur un ciel de cinabre Dresser la neige oĂč rit lâaurore du Nippon. Mais il a vu, vers lâEst Ă©claboussĂ© dâor, lâastre, Glorieux dâĂ©clairer ce matin de dĂ©sastre, Poindre, orbe Ă©blouissant, au-dessus de la mer ; Et, pour couvrir ses yeux dont cil ne bouge, Il ouvre dâun seul coup son Ă©ventail de fer OĂč dans le satin blanc se lĂšve un Soleil rouge. Bien des siĂšcles depuis les siĂšcles du Chaos, La flamme par torrents jaillit de ce cratĂšre, Et le panache ignĂ© du volcan solitaire Flamba plus haut encor que les Chimborazos. Nul bruit nâĂ©veille plus la cime sans Ă©chos. OĂč la cendre pleuvait lâoiseau se dĂ©saltĂšre ; Le sol est immobile et le sang de la Terre, La lave, en se figeant, lui laissa le repos. Pourtant, suprĂȘme effort de lâantique incendie, Ă lâorle de la gueule Ă jamais refroidie, Ăclatant Ă travers les rocs pulvĂ©risĂ©s, Comme un coup de tonnerre au milieu du silence, Dans le poudroĂźment dâor du pollen quâelle lance, SâĂ©panouit la fleur des cactus embrasĂ©s. Sur le roc calcinĂ© de la derniĂšre rampe OĂč le flux volcanique autrefois sâest tari, La graine que le vent au haut Gualatieri Sema, germe, sâaccroche et, frĂȘle plante, rampe. Elle grandit. En lâombre oĂč sa racine trempe, Son tronc, buvant la flamme obscure, sâest nourri ; Et les soleils dâun siĂšcle ont longuement mĂ»ri Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe. Enfin, dans lâair brĂ»lant et quâil embrase encor, Sous le pistil gĂ©ant qui sâĂ©rige, il Ă©clate, Et lâĂ©tamine lance au loin le pollen dâor ; Et le grand aloĂšs Ă la fleur Ă©carlate, Pour lâhymen ignorĂ© quâa rĂȘvĂ© son amour, Ayant vĂ©cu cent ans, nâa fleuri quâun seul jour. Le soleil sous la mer, mystĂ©rieuse aurore, Ăclaire la forĂȘt des coraux abyssins Qui mĂȘle, aux profondeurs de ses tiĂšdes bassins, La bĂȘte Ă©panouie et la vivante flore. Et tout ce que le sel ou lâiode colore, Mousse, algue chevelue, anĂ©mones, oursins, Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins, Le fond vermiculĂ© du pĂąle madrĂ©pore. De sa splendide Ă©caille Ă©teignant les Ă©maux, Un grand poisson navigue Ă travers les rameaux ; Dans lâombre transparente indolemment il rĂŽde ; Et, brusquement, dâun coup de sa nageoire en feu, Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu, Courir un frisson dâor, de nacre et dâĂ©meraude. LâEtna mĂ»rit toujours la pourpre et lâor du vin Dont lâErigone antique enivra ThĂ©ocrite, Mais celles dont la grĂące en ses vers fut Ă©crite, Le poĂšte aujourdâhui les chercherait en vain. Perdant la puretĂ© de son profil divin, Tour Ă tour ArĂ©thuse esclave et favorite A mĂȘlĂ© dans sa veine oĂč le sang grec sâirrite La fureur sarrasine Ă lâorgueil angevin. Le temps passe. Tout meurt. Le marbre mĂȘme sâuse. Agrigente nâest plus quâune ombre, et Syracuse Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent ; Et seul le dur mĂ©tal que lâamour fit docile Garde encore en sa fleur, aux mĂ©dailles dâargent, Lâimmortelle beautĂ© des vierges de Sicile. Vers la Phocide illustre, aux temples que domine La rocheuse Pytho toujours ceinte dâĂ©clairs, Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers, La GrĂšce accompagnait leur image divine. Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine LâArchipel radieux et les golfes dĂ©serts, Ăcoutaient, du sommet des promontoires clairs, Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine. Et moi je mâĂ©teindrai, vieillard, en un long deuil; Mon corps sera clouĂ© dans un Ă©troit cercueil Et lâon paĂźra la terre et le prĂȘtre et les cierges. Et pourtant jâai rĂȘvĂ© ce destin glorieux De tomber au soleil ainsi que les aĂŻeux, Jeune encore et pleurĂ© des hĂ©ros et des vierges. Les vendangeurs lassĂ©s ayant rompu leurs lignes, Des voix claires sonnaient Ă lâair vibrant du soir Et les femmes, en chĆur, marchant vers le pressoir, MĂȘlaient Ă leurs chansons des appels et des signes. Câest par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes, Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir, La Bacchanale vit la CrĂ©toise sâasseoir AuprĂšs du beau Dompteur ivre du sang des vignes. Aujourdâhui, brandissant le thyrse radieux, Dionysos vainqueur des bĂȘtes et des Dieux Dâun joug enguirlandĂ© nâĂ©treint plus les panthĂšres ; Mais, fille du soleil, lâAutomne enlace encor Du pampre ensanglantĂ© des antiques mystĂšres La noire chevelure et la criniĂšre dâor. Pas un seul bruit dâinsecte ou dâabeille en maraude, Tout dort sous les grands bois accablĂ©s de soleil OĂč le feuillage Ă©pais tamise un jour pareil Au velours sombre et doux des mousses dâĂ©meraude. Criblant le dĂŽme obscur, Midi splendide y rĂŽde Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil, De mille Ă©clairs furtifs forme un rĂ©seau vermeil Qui sâallonge et se croise Ă travers lâombre chaude. Vers la gaze de feu que trament les rayons Vole le frĂȘle essaim des riches papillons Quâenivrent la lumiĂšre et le parfum des sĂšves ; Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil, Et dans les mailles dâor de ce filet subtil, Chasseur harmonieux, jâemprisonne mes rĂȘves. LA MER DE BRETAGNE Ă Emmanuel Lansyer Il a compris la race antique aux yeux pensifs Qui foule le sol dur de la terre bretonne, La lande rase, rose et grise et monotone OĂč croulent les manoirs sous le lierre et les ifs. Des hauts talus plantĂ©s de hĂȘtres convulsifs, Il a vu, par les soirs tempĂ©tueux dâautomne, Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne ; Sa lĂšvre sâest salĂ©e Ă lâembrun des rĂ©cifs. Il a peint lâOcĂ©an splendide, immense et triste, OĂč le nuage laisse un reflet dâamĂ©thyste, LâĂ©meraude Ă©cumante et le calme saphir ; Et fixant lâeau, lâair, lâombre et lâheure insaisissables, Sur une toile Ă©troite il a fait rĂ©flĂ©chir Le ciel occidental dans le miroir des sables. Pour que le sang joyeux dompte lâesprit morose, Il faut, tout parfumĂ© du sel des goĂ«mons, Que le souffle atlantique emplisse tes poumons ; Arvor tâoffre ses caps que la mer blanche arrose. Lâajonc fleurit et la bruyĂšre est dĂ©jĂ rose. La terre des vieux clans, des nains et des dĂ©mons, Ami, te garde encor, sur le granit des monts, Lâhomme immobile auprĂšs de lâimmuable chose. Viens. Partout tu verras, par les landes dâArĂšz, Monter vers le ciel morne, infrangible cyprĂšs, Le menhir sous lequel gĂźt la cendre du Brave ; Et lâOcĂ©an, qui roule en un lit dâalgues dâor Is la voluptueuse et la grande Occismor, Bercera ton cĆur triste Ă son murmure grave. La moisson dĂ©bordant le plateau diaprĂ© Roule, ondule et dĂ©ferle au vent frais qui la berce ; Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse Semble un bateau qui tangue et lĂšve un noir beauprĂ©. Et sous mes pieds, la mer, jusquâau couchant pourprĂ©, CĂ©rulĂ©enne ou rose ou violette ou perse Ou blanche de moutons que le reflux disperse, Verdoie Ă lâinfini comme un immense prĂ©. Aussi les goĂ«lands qui suivent la marĂ©e, Vers les blĂ©s mĂ»rs que gonfle une houle dorĂ©e, Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons ; Tandis que, de la terre, une brise emmiellĂ©e Ăparpillait au grĂ© de leur ivresse ailĂ©e Sur lâOcĂ©an fleuri des vols de papillons. Les ajoncs Ă©clatants, parure du granit, Dorent lâĂąpre sommet que le couchant allume ; Au loin, brillante encor par sa barre dâĂ©cume, La mer sans fin commence oĂč la terre finit. Ă mes pieds câest la nuit, le silence. Le nid Se tait, lâhomme est rentrĂ© sous le chaume qui fume ; Seul, lâAngĂ©lus du soir, Ă©branlĂ© dans la brume, Ă la vaste rumeur de lâOcĂ©an sâunit. Alors, comme du fond dâun abĂźme, des traĂźnes, Des landes, des ravins, montent des voix lointaines De pĂątres attardĂ©s ramenant le bĂ©tail. Lâhorizon tout entier sâenveloppe dans lâombre, Et le soleil mourant sur un ciel riche et sombre, Ferme les branches dâor de son riche Ă©ventail. Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras VĂȘtus de laine rude ou de mince percale, Les femmes, Ă genoux sur le roc de la cale, Regardent lâOcĂ©an blanchir lâĂźle de Batz. Les hommes, pĂšres, fils, maris, amants, lĂ -bas, Avec ceux de Paimpol, dâAudierne et de Cancale, Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale. Que de hardis pĂȘcheurs qui ne reviendront pas ! Par-dessus la rumeur de la mer et des cĂŽtes Le chant plaintif sâĂ©lĂšve, invoquant Ă voix hautes LâĂtoile sainte, espoir des marins en pĂ©ril ; Et lâAngĂ©lus, courbant tous ces fronts noirs de hĂąle, Des clochers de Roscoff Ă ceux de Sybiril Sâenvole, tinte et meurt dans le ciel rose et pĂąle. Lâhomme et la bĂȘte, tels que le beau monstre antique, Sont entrĂ©s dans la mer, et nus, libres, sans frein, Parmi la brume dâor de lâĂącre pulvĂ©rin, Sur le ciel embrasĂ© font un groupe athlĂ©tique. Et lâĂ©talon sauvage et le dompteur rustique, Humant Ă pleins poumons lâodeur du sel marin, Se plaisent Ă laisser sur la chair et le crin FrĂ©mir le flot glacĂ© de la rude Atlantique. La houle sâenfle, court, se dresse comme un mur Et dĂ©ferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue En jets Ă©blouissants fait rejaillir lâeau bleue ; Et, les cheveux Ă©pars, sâeffarant dans lâazur, Ils opposent, cabrĂ©s, leur poitrail noir qui fume, Au fouet Ă©chevelĂ© de la fumante Ă©cume. Jâai vu parfois, ayant tout lâazur pour Ă©mail, Les nuages dâargent et de pourpre et de cuivre, Ă lâOccident oĂč lâĆil sâĂ©blouit Ă les suivre, Peindre dâun grand blason le cĂ©leste vitrail. Pour cimier, pour supports, lâhĂ©raldique bĂ©tail, Licorne, lĂ©opard, alĂ©rion ou guivre, Monstres, gĂ©ants captifs quâun coup de vent dĂ©livre, Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail. Certe, aux champs de lâespace, en ces combats Ă©tranges Que les noirs SĂ©raphins livrĂšrent aux Archanges, Cet Ă©cu fut gagnĂ© par un Baron du ciel ; Comme ceux qui jadis prirent Constantinople, Il porte, en bon croisĂ©, quâil soit George ou Michel, Le soleil, besant dâor, sur la mer de sinople. Pour me conduire au Raz, jâavais pris Ă Trogor Un berger chevelu comme un ancien Ăvhage ; Et nous foulions, humant son arome sauvage, LâĂąpre terre kymrique oĂč croĂźt le genĂȘt dâor. Le couchant rougissait et nous marchions encor, Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ; Et lâhomme, par-delĂ le morne paysage Ătendant un long bras, me dit SenĂšz Ar-mor ! Et je vis, me dressant sur la bruyĂšre rose, LâOcĂ©an qui, splendide et monstrueux, arrose Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ; Et mon cĆur savoura, devant lâhorizon vide Que reculait vers lâOuest lâombre immense du soir, Lâivresse de lâespace et du vent intrĂ©pide. Le soleil semble un phare Ă feux fixes et blancs. Du Raz jusquâĂ Penmarcâh la cĂŽte entiĂšre fume, Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume, Ă travers la tempĂȘte errent les goĂ«lands. Lâune aprĂšs lâautre, avec de furieux Ă©lans, Les lames glauques sous leur criniĂšre dâĂ©cume Dans un tonnerre sourd sâĂ©parpillant en brume, Empanachent au loin les rĂ©cifs ruisselants. Et jâai laissĂ© courir le flot de ma pensĂ©e, RĂȘves, espoirs, regrets de force dĂ©pensĂ©e, Sans quâil en reste rien quâun souvenir amer. LâOcĂ©an mâa parlĂ© dâune voix fraternelle, Car la mĂȘme clameur que pousse encor la mer Monte de lâhomme aux Dieux, vainement Ă©ternelle. Lâhiver a dĂ©fleuri la lande et le courtil. Tout est mort. Sur la roche uniformĂ©ment grise OĂč la lame sans fin de lâAtlantique brise, Le pĂ©tale fanĂ© pend au dernier pistil. Et pourtant je ne sais quel arome subtil ExhalĂ© de la mer jusquâĂ moi par la brise, Dâun effluve si tiĂšde emplit mon cĆur quâil grise ; Ce souffle Ă©trangement parfumĂ©, dâoĂč vient-il ? Ah ! Je le reconnais. Câest de trois mille lieues Quâil vient, de lâOuest, lĂ -bas oĂč les Antilles bleues Se pĂąment sous lâardeur de lâastre occidental ; Et jâai, de ce rĂ©cif battu du flot kymrique, RespirĂ© dans le vent quâembauma lâair natal La fleur jadis Ă©close au jardin dâAmĂ©rique. Par quels froids OcĂ©ans, depuis combien dâhivers, â Qui le saura jamais, Conque frĂȘle et nacrĂ©e ! â La houle, les courants et les raz de marĂ©e Tâont-ils roulĂ©e au creux de leurs abĂźmes verts ? Aujourdâhui, sous le ciel, loin des reflux amers, Tu tâes fait un doux lit de lâarĂšne dorĂ©e. Mais ton espoir est vain. Longue et dĂ©sespĂ©rĂ©e, En toi gĂ©mit toujours la grande voix des mers. Mon Ăąme est devenue une prison sonore Et comme en tes replis pleure et soupire encore La plainte du refrain de lâancienne clameur ; Ainsi du plus profond de ce cĆur trop plein dâElle, Sourde, lente, insensible et pourtant Ă©ternelle, Gronde en moi lâorageuse et lointaine rumeur. Quâil soit encourtinĂ© de brocart ou de serge, Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid, Câest lĂ que lâhomme naĂźt, se repose et sâunit, Enfant, Ă©poux, vieillard, aĂŻeule, femme ou vierge. FunĂšbre ou nuptial, que lâeau sainte lâasperge, Sous le noir crucifix ou le rameau bĂ©nit, Câest lĂ que tout commence et lĂ que tout finit, De la premiĂšre aurore au feu du dernier cierge. Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon, Triomphalement peint dâor et de vermillon, Quâil soit de chĂȘne brut, de cyprĂšs ou dâĂ©rable ; Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords Dans le lit paternel, massif et vĂ©nĂ©rable, OĂč tous les siens sont nĂ©s aussi bien quâils sont morts. Quand lâaigle a dĂ©passĂ© les neiges Ă©ternelles, Ă sa vaste envergure il veut chercher plus dâair Et le soleil plus proche en un azur plus clair Pour Ă©chauffer lâĂ©clat de ses mornes prunelles. Il sâenlĂšve. Il aspire un torrent dâĂ©tincelles. Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier, Il monte vers lâorage oĂč lâattire lâĂ©clair ; Mais la foudre dâun coup a rompu ses deux ailes. Avec un cri sinistre, il tournoie, emportĂ© Par la trombe, et, crispĂ©, buvant dâun trait sublime La flamme Ă©parse, il plonge au fulgurant abĂźme. Heureux qui pour la Gloire ou pour la LibertĂ©, Dans lâorgueil de la force et lâivresse du rĂȘve, Meurt ainsi, dâune mort Ă©blouissante et brĂšve ! Lâhomme a conquis la terre ardente des lions Et celle des venins et celle des reptiles, Et troublĂ© lâOcĂ©an oĂč cinglent les nautiles Du sillage dorĂ© des anciens galions. Mais plus loin que la neige et que les tourbillons Du Ström et que lâhorreur des Spitzbergs infertiles, Le PĂŽle bat dâun flot tiĂšde et libre des Ăźles OĂč nul marin nâa pu hisser ses pavillons. Partons ! je briserai lâinfranchissable glace, Car dans mon corps hardi je porte une Ăąme lasse Du facile renom des ConquĂ©rants de lâor. Jâirai. Je veux monter au dernier promontoire, Et quâune mer, pour tous silencieuse encor, Caresse mon orgueil dâun murmure de gloire. Au poĂšte Armand Silvestre Lorsque la sombre croix sur nous sera plantĂ©e, La terre nous ayant tous deux ensevelis, Ton corps refleurira dans la neige des lys Et de ma chair naĂźtra la rose ensanglantĂ©e. Et la divine Mort que tes vers ont chantĂ©e, En son vol noir chargĂ© de silence et dâoublis, Nous fera par le ciel, bercĂ©s dâun lent roulis, Vers des astres nouveaux une route enchantĂ©e. Et montant au soleil, en son vivant foyer Nos deux esprits iront se fondre et se noyer Dans la fĂ©licitĂ© des flammes Ă©ternelles ; Cependant que sacrant le poĂšte et lâami, La Gloire nous fera vivre Ă jamais parmi Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles. Ă Rossi, je tâai vu, traĂźnant le manteau noir, Briser le faible cĆur de la triste OphĂ©lie, Et, tigre exaspĂ©rĂ© dâamour et de folie, Ătrangler tes sanglots dans le fatal mouchoir. Jâai vu Lear et Macbeth, et pleurĂ© de te voir Baiser, suprĂȘme amant de lâantique Italie, Au tombeau nuptial Juliette pĂąlie. Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir. Car jâai goĂ»tĂ© lâhorreur et le plaisir sublimes, Pour la premiĂšre fois, dâentendre les trois rimes Sonner par ta voix dâor leur fanfare de fer ; Et, rouge du reflet de lâinfernale flamme, Jâai vu â jâen ai frĂ©mi jusques au fond de lâĂąme â Alighieri vivant dire un chant de lâEnfer. Certe, il Ă©tait hantĂ© dâun tragique tourment, Alors quâĂ la Sixtine et loin de Rome en fĂȘtes, Solitaire, il peignait Sibylles et ProphĂštes Et, sur le sombre mur, le dernier jugement. Il Ă©coutait en lui pleurer obstinĂ©ment, Titan que son dĂ©sir enchaĂźne aux plus hauts faĂźtes, La Patrie et lâAmour, la Gloire et leurs dĂ©faites ; Il songeait que tout meurt et que le rĂȘve ment. Aussi ces lourds GĂ©ants, las de leur force exsangue, Ces Esclaves quâĂ©treint une infrangible gangue, Comme il les a tordus dâune Ă©trange façon ; Et dans les marbres froids oĂč bout son Ăąme altiĂšre, Comme il a fait courir avec un grand frisson La colĂšre dâun Dieu vaincu par la MatiĂšre ! La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes ; Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain La Vierge qui versait le lait pur et le vin Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes. Aujourdâhui le houblon, le lierre et les viornes Qui sâenroulent autour de ce dĂ©bris divin, Ignorant sâil fut Pan, Faune, HermĂšs ou Silvain, Ă son front mutilĂ© tordent leurs vertes cornes. Vois. Lâoblique rayon, le caressant encor, Dans sa face camuse a mis deux orbes dâor ; La vigne folle y rit comme une lĂšvre rouge ; Et, prestige mobile, un murmure du vent, Les feuilles, lâombre errante et le soleil qui bouge, De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant. Songeant Ă sa maison, grande parmi les grandes, Plus grande quâIñigo lui-mĂȘme et quâAbarca, Le vieux Diego Laynez ne goĂ»te plus aux viandes. Il ne dort plus, depuis quâun sang honteux marqua La joue encore chaude oĂč lâa frappĂ© le Comte, Et que pour se venger la force lui manqua. Il craint que ses amis ne lui demandent compte, Et ne veut pas, navrĂ© dâun vertueux ennui, Leur laisser respirer lâhaleine de sa honte. Alors il fit quĂ©rir et rangea devant lui Les quatre rejetons de sa royale branche, Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy. Son cĆur tremblant faisait trembler sa barbe blanche ; Mais lâhonneur roidissant ses vieux muscles glacĂ©s, Il serra fortement les mains de lâaĂźnĂ©, Sanche. Celui-ci, stupĂ©fait, sâĂ©cria â Câest assez ! Ah ! vous me faites mal ! â Et le second, Alfonse, Lui dit â Quâai-je donc fait, pĂšre ? Vous me blessez ! â Puis Manrique â Seigneur, votre griffe sâenfonce Dans ma paume et me fait souffrir comme un damnĂ© ! â Mais il ne daigna pas leur faire une rĂ©ponse. Sombre, dĂ©sespĂ©rant en son cĆur consternĂ© Dâenter sur un bras fort son antique courage, Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-nĂ©. Il lâĂ©treignit, tĂątant et palpant avec rage Ces Ă©paules, ces bras frĂȘles, ces poignets blancs, Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage. Il les serra, suprĂȘme espoir, derniers Ă©lans ! Entre ses doigts durcis par la guerre et le hĂąle. Lâenfant ne baissa pas ses yeux Ă©tincelants. Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout pĂąle, Sentant lâhorrible Ă©tau broyer sa jeune chair, Voulut crier ; sa voix sâĂ©trangla dans un rĂąle. Il rugit â LĂąche-moi, lĂąche-moi, par lâenfer ! Sinon, pour tâarracher le cĆur avec le foie, Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer ! â Le Vieux tout transportĂ© dit en pleurant de joie â Fils de lâĂąme, ĂŽ mon sang, mon Rodrigue, que Dieu Te garde pour lâespoir que ta fureur mâoctroie ! â Avec des cris de haine et des larmes de feu, Il dit alors sa joue insolemment frappĂ©e, Le nom de lâinsulteur et lâinstant et le lieu ; Et tirant du fourreau Tizona bien trempĂ©e, Ayant baisĂ© la garde ainsi quâun crucifix, Il tendit Ă lâenfant la haute et lourde Ă©pĂ©e. â Prends-la. Sache en user aussi bien que je fis. Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte. Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, mon fils. â Une heure aprĂšs, Ruy Diaz avait tuĂ© le Comte. Ce soir, seul au haut bout, car il nâa pas dâĂ©gaux, Diego Laynez, plus pĂąle aux lueurs de la cire, Sâest assis pour souper avec ses hidalgos. Ses fils, ses trois aĂźnĂ©s, sont lĂ ; mais le vieux sire En son cĆur angoissĂ© songe au plus jeune. HĂ©las ! Il nâest point revenu. Le Comte a dĂ» lâoccire. Le vin rit dans lâargent des brocs ; le coutelas DĂ©gainĂ©, lâĂ©cuyer, ayant troussĂ© sa manche, Laisse Ă©chauffer le vin et refroidir les plats. Car le maĂźtre et seigneur nâa pas dit Que lâon tranche ! Depuis que dans sa chaise il est venu sâasseoir, Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche. Et le grave Ă©cuyer se tient prĂšs du dressoir, Devant la table vide et la foule bĂ©ante, Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir. Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante, Laynez ferme les yeux et baisse encor le front ; Mais il voit son fils mort et sa honte vivante. Il a perdu lâhonneur, il a gardĂ© lâaffront ; Et ses aĂŻeux, de race irrĂ©prochable et forte, Au jour du Jugement le lui reprocheront. Lâoutrage lâaccompagne et le mĂ©pris lâescorte. De tout lâorgueil antique il ne lui reste rien. HĂ©las ! hĂ©las ! Son fils est mort, sa gloire est morte ! â Seigneur, ouvre les yeux. Câest moi. Regarde bien. Cette table sans viande a trop piĂštre figure ; Aujourdâhui jâai chassĂ© sans valet et sans chien ; Jâai forcĂ© ce ragot ; je tâen offre la hure ! â Ruy dit, et tend le chef livide et hĂ©rissĂ© Quâil tient empoignĂ© par lâhorrible chevelure. Diego Laynez dâun bond sur ses pieds sâest dressĂ© â Est-ce toi, Comte infĂąme ? Est-ce toi, tĂȘte exsangue, Avec ce rire fixe et cet Ćil convulsĂ© ? Oui, câest bien toi ! Tes dents mordent encor ta langue ; Pour la derniĂšre fois lâinsolente a raillĂ©, Et le glaive a tranchĂ© le fil de sa harangue ! Sous le col dâun seul coup par Tizona taillĂ©, DâĂ©pais et noirs caillots pendent Ă chaque fibre ; Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillĂ©. Dâune voix Ă©clatante et dont la salle vibre, Il sâĂ©crie â Ă Rodrigue, ĂŽ mon fils, cher vainqueur, Lâaffront me fit esclave et ton bras me fait libre ! Et toi, visage affreux qui rĂ©jouis mon cĆur, Ma main va donc, au grĂ© de ma haine indomptable, Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancĆur ! â Et souffletant alors la tĂȘte Ă©pouvantable â Vous avez vu, vous tous, il mâa rendu raison ! Ruy, sieds-toi sur mon siĂšge au haut bout de la table. Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison. â Les portes du palais sâouvrirent toutes grandes, Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes. Quittant cloĂźtre, mĂ©tier, champ, taverne et lavoir, Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte ; Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir. Câest que, vengeur du Christ que le Croissant insulte, Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourdâhui Dans Zamora quâemplit un merveilleux tumulte. Il revient de la guerre, et partout devant lui, Sur son genet rapide et rayĂ© comme un zĂšbre Le cavalier berbĂšre en blasphĂ©mant a fui. Il a tout pris, pillĂ©, rasĂ©, brĂ»lĂ©, de lâĂbre Jusques au Guadiana qui roule un sable dâor, Et de lâAlgarbe en feu monte un long cri funĂšbre. Il revient tout chargĂ© de butin, plus encor De gloire, ramenant cinq rois de MorĂ©rie. Ses captifs lâont nommĂ© le Cid Campeador. Tel Ruy Diaz, Ă travers le peuple qui sâĂ©crie, La lance sur la cuisse, en triomphal arroi, Rentre dans Zamora pavoisĂ©e et fleurie. Donc, lorsque les huissiers annoncĂšrent Le Roi ! Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles Des tours et des clochers sâenvolĂšrent dâeffroi. Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles, Un instant, Ă©bloui, sâarrĂȘta sur le seuil Aux acclamations qui flattaient ses oreilles. Il sâavançait, charmĂ© du glorieux accueil... Tout Ă coup, repoussant peuple, massiers et garde, Une femme apparut, pĂąle, en habits de deuil. Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde, Et, sous le voile Ă©pars de ses longs cheveux roux, Sanglotante et pĂąmĂ©e, elle cria â Regarde ! Reconnais-moi ! Seigneur, jâembrasse tes genoux. Mon pĂšre est mort qui fut ton fidĂšle homme lige ; Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous ! Je me plains hautement que le Roi me nĂ©glige Et ne veux plus attendre, au grĂ© du meurtrier, La vengeance Ă laquelle un grand serment tâoblige. Oui, certe, ĂŽ Roi, je suis lasse de larmoyer ; La haine dans mon cĆur bout et sâirrite et monte Et me prend Ă la gorge et me force Ă crier Vengeance, ĂŽ Roi, vengeance et justice plus prompte ! Tire de lâassassin tout le sang quâil me doit ! â Et le peuple disait â Câest la fille du Comte. Car dâun geste rigide elle montrait du doigt Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle, Lui dardait un regard Ă©tincelant et droit. Et lâĆil sombre de lâhomme et les yeux clairs de celle Qui lâaccusait, alors se croisĂšrent ainsi Que deux fers dâoĂč jaillit une double Ă©tincelle. Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi, Car lâun et lâautre droit que son esprit balance PĂšse dâun poids Ă©gal qui le tient en souci. Il hĂ©site. Le peuple attendait en silence. Et le vieux Roi promĂšne un regard incertain Sur cette foule oĂč luit lâĂ©clair des fers de lance. Il voit les cavaliers qui gardent le butin, Glaive au poing, casque en tĂȘte, au dos la brigandine, RangĂ©s autour du Cid impassible et hautain. Portant lâĂ©tendard vert consacrĂ© dans MĂ©dine, Il voit les captifs pris au Miramamolin, Les cinq Ămirs vĂȘtus de soie incarnadine ; Et derriĂšre eux, plus noirs sous leurs turbans de lin, Douze nĂšgres, chacun menant un cheval barbe. Or, le bon prince Ă©tait Ă la justice enclin â Il a vengĂ© son pĂšre, il a conquis lâAlgarbe ; Elle, au nom de son pĂšre, inculpe son amant. â Et Don Fernan pensif se caresse la barbe. â Que faire, songe-t-il, en un tel jugement ? â ChimĂšne Ă ses genoux pleurait toutes ses larmes. Il la prit par la main et trĂšs courtoisement â RelĂšve-toi, ma fille, et calme tes alarmes, Car sur le cĆur dâun prince espagnol et chrĂ©tien Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes. Certes, Bivar mâest cher ; câest lâespoir, le soutien De Castille ; et pourtant jâaccorde ta requĂȘte, Il mourra si tu veux, ĂŽ ChimĂšne, il est tien. Dispose, il est Ă toi. Parle, la hache est prĂȘte ! â Ruy Diaz la regardait, grave et silencieux. Elle ferma les yeux, elle baissa la tĂȘte. Elle nâa pu braver ce front victorieux Quâillumine lâardeur du regard qui la dompte ; Elle a baissĂ© la tĂȘte, elle a fermĂ© les yeux. Elle nâest plus la fille orgueilleuse du Comte, Car elle sent rougir son visage, enflammĂ© Moins encor de courroux que dâamour et de honte. â Câest sous un bras loyal par lâhonneur mĂȘme armĂ© Que ton pĂšre a rendu son Ăąme â que Dieu sauve ! Lâhomme applaudit au coup que le prince a blĂąmĂ©. Car lâhonneur de Laynez et de LaĂżn le Chauve, Non moins pur que celui des rois dont je descends, Vaut lâorgueil du sang goth qui dore ton poil fauve. Condamne, si tu peux⊠Pardonne, jây consens. Que Gormaz et Laynez Ă leur antique souche, Voient par vous reverdir des rameaux florissants. Parle, et je donne Ă Ruy, sur un mot de ta bouche, Belforado, Saldagne et Carrias del Castil. â Mais ChimĂšne gardait un silence farouche. Fernan lui murmura â Dis, ne te souvient-il, Ne te souvient-il plus de lâamour ancienne ? â Ainsi parle le Roi gracieux et subtil. Et la main de ChimĂšne a frĂ©mi dans la sienne. I AprĂšs que Balboa menant son bon cheval Par les bois non frayĂ©s, droit, dâamont en aval, Eut, sur lâautre versant des CordillĂšres hautes, FoulĂ© le chaud limon des insalubres cĂŽtes De lâIsthme qui partage avec ses monts gĂ©ants La glauque immensitĂ© des deux grands OcĂ©ans, Et quâil eut, sây jetant tout armĂ© de la berge, PlantĂ© son Ă©tendard dans lâĂ©cume encor vierge, Tous les aventuriers, dont lâesprit sâenflamma, RĂȘvaient, en arrivant au port de Panama, De retrouver, espoir cupide et magnifique, Aux rivages dorĂ©s de la mer Pacifique, El Dorado promis qui fuyait devant eux, Et, mĂȘlant avec lâor des songes monstrueux, De forcer jusquâau fond de ces torrides zones LâĂąpre virginitĂ© des rudes Amazones Que nâavait pu dompter la race des hĂ©ros, De renverser des dieux Ă tĂȘtes de taureaux Et de vaincre, vrais fils de leur ancĂȘtre Hercule, Les peuples de lâAurore et ceux du CrĂ©puscule. Ils savaient que, bravant ces illustres pĂ©rils, Ils atteindraient les bords oĂč germent les bĂ©ryls Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines, Du vaste Ă©croulement des temples en ruines, La nĂ©cropole dâor des princes de Zenu ; Et que, suivant toujours le chemin inconnu Des Indes, par delĂ les Ăźles des Ăpices Et la terre oĂč bouillonne au fond des prĂ©cipices Sur un lit dâargent fin la Source de SantĂ©, Ils verraient, se dressant en un ciel enchantĂ© Jusquâau zĂ©nith brĂ»lĂ© du feu des pierreries, Resplendir au soleil les vivantes fĂ©eries Des sierras dâĂ©meraude et des pics de saphir Qui recĂšlent lâantique et fabuleux Ophir. Et quand Vasco Nuñez eut payĂ© de sa tĂȘte Lâorgueil dâavoir tentĂ© cette grande conquĂȘte, Poursuivant aprĂšs lui ce mirage Ă©clatant, MalgrĂ© sa mort, la fleur des Cavaliers, portant Le pennon de Castille Ă©cartelĂ© dâAutriche, PĂ©nĂ©tra jusquâau fond des bois de CĂŽte-Riche Ă travers la montagne horrible, ou navigua Le long des noirs rĂ©cifs qui cernent Veragua, Et vers lâEst atteignit, malgrĂ© de grands naufrages, Les bords oĂč lâOrĂ©noque, enflĂ© par les orages, Inondant de sa vase un immense horizon, Sous le fiĂ©vreux Ă©clat dâun ciel lourd de poison, Se jette dans la mer par ses cinquante bouches. Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches, SâembarquĂšrent avec Pascual dâAndagoya Qui, poussant encor plus sa course, cĂŽtoya Le golfe oĂč lâOcĂ©an Pacifique dĂ©ferle, Mit le cap vers le Sud, doubla lâĂźle de Perle, Et cingla devant lui toutes voiles dehors, Ayant ainsi, parmi les ConquĂ©rants dâalors, Lâheur dâavoir le premier fendu les mers nouvelles Avec les Ă©perons des lourdes caravelles. Mais quand, dix mois plus tard, malade et dĂ©confit, AprĂšs avoir trĂšs loin naviguĂ© sans profit Vers cet El Dorado qui nâĂ©tait quâun vain mythe, BravĂ© cent fois la mort, dĂ©passĂ© la limite Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt, Dans ses vaisseaux brisĂ©s Andagoya revint, Pedrarias dâAvila se mit fort en colĂšre ; Et ceux qui, sur la foi du rĂ©cit populaire, Hidalgos et routiers, sâĂ©taient tous rassemblĂ©s Dans Panama, du coup demeurĂšrent troublĂ©s. Or les seigneurs, voyant quâils ne pouvaient plus guĂšre Employer leur personne en actions de guerre, Partaient pour Mexico ; mais ceux qui, nâayant rien, Ătaient venus tenter aux plages de Darien, DĂ©sireux de tromper la misĂšre importune, Ce que vaut un grand cĆur Ă vaincre la fortune, Sâentretenant Ă jeun des rĂȘves les plus beaux, Restaient, lâĂ©pĂ©e oisive et la cape en lambeaux, Quoique tous bons marins ou vieux batteurs dâestrade, Ă regarder le flot moutonner dans la rade, En attendant quâun chef hardi les commandĂąt. II Deux ans Ă©taient passĂ©s, lorsquâun obscur soldat Qui fut depuis titrĂ© Marquis pour sa conquĂȘte, François Pizarre, osa prĂ©senter la requĂȘte Dâarmer un galion pour courir par-delĂ Puerto Pinas. Alors Pedrarias dâAvila Lui fit reprĂ©senter quâen cette conjoncture Il nâĂ©tait pas prudent de tenter lâaventure Et ses dangers sans nombre et sans profit ; dâailleurs, Quâil ne lui plaisait point de voir que les meilleurs De tous ses gens de guerre, en entreprises folles, Prodiguassent le sang des veines espagnoles, Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers, Nâavait pu triompher des bois de mangliers Qui croisent sur ces bords leurs nĆuds inextricables ; Que, la tempĂȘte ayant rompu vergues et cĂąbles Ă leurs vaisseaux en vain si loin aventurĂ©s, Ils Ă©taient revenus mourants, dĂ©semparĂ©s, Et trop heureux encor dâavoir sauvĂ© la vie. Mais ce conseil ne fit quâĂ©chauffer son envie. Si bien quâavec Diego dâAlmagro, par contrats, Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras, Et don Fernan de Luque ayant fourni les sommes, En lâan mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes, Pizarre le premier, par un brumeux matin De novembre, montant un mauvais brigantin, Prit la mer, et lĂąchant au vent toute sa toile, Se fia bravement en son heureuse Ă©toile. Mais tout sembla dâabord dĂ©mentir son espoir. Le vent devint bourrasque, et jusquâau ciel trĂšs noir La mer terrible, enflant ses houles couleur dâencre, DĂ©fonça les sabords, rompit les mĂąts et lâancre, Et fit la triste nef plus rase quâun radeau. Enfin aprĂšs dix jours dâangoisse, manquant dâeau Et de vivres, sa troupe Ă©tant dâailleurs fort lasse, Pizarre dĂ©barqua sur une cĂŽte basse. Au bord, les mangliers formaient un long treillis ; Plus haut, impĂ©nĂ©trable et splendide fouillis De lianes en fleur et de vignes grimpantes, La berge sâĂ©levait par dâinsensibles pentes Vers la ligne lointaine et sombre des forĂȘts. Et ce pays nâĂ©tait quâun trĂšs vaste marais. Il pleuvait. Les soldats, devenus frĂ©nĂ©tiques Par le harcĂšlement venimeux des moustiques Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims, Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains, Des reptiles nouveaux et dâĂ©tranges insectes Ou voyaient Ă©merger des lagunes infectes, Sur leur ventre Ă©caillĂ© se traĂźnant dâun pied tors, Ces lĂ©zards monstrueux quâon nomme alligators. Et quand venait la nuit, sur la terre trempĂ©e, Dans leurs manteaux, auprĂšs de lâinutile Ă©pĂ©e, Lorsquâils sâĂ©taient couchĂ©s, nâayant pour aliment Que la racine amĂšre ou le rouge piment, Sur le groupe endormi de ces chercheurs dâempires Flottait, crĂȘpe vivant, le vol mou des vampires, Et ceux-lĂ quâils marquaient de leurs baisers velus Dormaient dâun tel sommeil quâils ne sâĂ©veillaient plus. Câest pourquoi les soldats, par force et par priĂšre, Contraignirent leur chef Ă tourner en arriĂšre, Et, malgrĂ© lui, disant un Ă©ternel adieu Au triste campement du port de Saint-Mathieu, Pizarre, par la mer nouvellement ouverte, Avec BartolomĂ© suivant la dĂ©couverte, Sur un seul brigantin dâun faible tirant dâeau Repartit, et, doublant Punta de Pasado, Le bon pilote Ruiz eut la fortune insigne, Le premier des marins, dâavoir franchi la Ligne Et poussĂ© plus au sud du monde occidental. La cĂŽte sâabaissait, et les bois de santal Exhalaient sur la mer leurs brises parfumĂ©es. De toutes parts montaient de lĂ©gĂšres fumĂ©es, Et les marins joyeux, accoudĂ©s aux haubans, Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans Ă travers la campagne, et tout le long des plages Fuir des champs cultivĂ©s et passer des villages. Ensuite, ayant serrĂ© la cĂŽte de plus prĂšs, Ă leurs yeux Ă©tonnĂ©s parurent les forĂȘts. Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres, LâĂ©bĂ©nier, le gayac et les durs palissandres, Jusques aux confins bleus des derniers horizons Roulant le flot obscur des vertes frondaisons, VariĂ©s de feuillage et variĂ©s dâessence, DĂ©ployaient la grandeur de leur magnificence ; Et du nord au midi, du levant au ponent, Couvrant tout le rivage et tout le continent, Partout oĂč lâĆil pouvait sâĂ©tendre, la ramure Se prolongeait avec un Ă©ternel murmure Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir, Ătincelait un lac, immobile miroir OĂč le soleil, plongeant au milieu de cette ombre, Faisait un grand trou dâor dans la verdure sombre. Sur le sable marneux, dâĂ©normes caĂŻmans Guettaient le tapir noir ou les roses flamants. Les majas argentĂ©s et les boas superbes Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes, Ou, sâenroulant autour des troncs dâarbres pourris, Attendaient lâheure oĂč vont boire les pĂ©caris. Et sur les bords du lac horriblement fertile OĂč tout batracien pullule et tout reptile, Alors que le soleil dĂ©cline, on pouvait voir Les fauves par troupeaux descendre Ă lâabreuvoir Le puma, lâocelot et les chats-tigres souples, Et le beau carnassier qui ne va que par couples Et qui par-dessus tous les fĂ©lins est citĂ© Pour sa grĂące terrible et sa fĂ©rocitĂ©, Le jaguar. Et partout dans lâair multicolore Flottait la vĂ©gĂ©tale et la vivante flore ; Tandis que des cactus aux hampes dâaloĂšs, Les perroquets divers et les kakatoĂšs Et les aras, parmi dâassourdissants ramages, Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages, Dans un pĂ©tillement dâailes et de rayons, Les frĂȘles oiseaux-mouche et les grands papillons, Dâun vol vibrant, avec des jets de pierreries, Irradiaient autour des lianes fleuries. Plus loin, de toutes parts Ă©lancĂ©s, des halliers, Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers, Pillant les monbins mĂ»rs et les buissons dâicaques, Les singes de tout poil, ouistitis et macaques, Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous Par les figuiers gĂ©ants et les hauts acajous, Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues, Innombrables, de lâaube au soir, durant des lieues, Avec des gestes fous hurlant et gambadant, Tout le long de la mer les suivaient. Cependant, PoussĂ© par une tiĂšde et balsamique haleine, Le navire, doublant le cap de Sainte-HĂ©lĂšne, Glissa paisiblement dans le golfe dâazur OĂč, sous lâĂ©clat dâun jour Ă©ternellement pur, La mer de Guayaquil, sans colĂšre et sans lutte, Arrondissant au loin son immense volute, Frange les sables dâor dâune Ă©cume dâargent. Et lâhorizon sâouvrit magnifique et changeant. Les montagnes, dressant les neiges de leur crĂȘte, Coupaient le ciel foncĂ© dâune brillante arĂȘte DâoĂč sâĂ©lançaient tout droits au haut de lâĂ©ther bleu Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu Le mont Chimborazo dont la sommitĂ© ronde, DĂŽme prodigieux sous qui la foudre gronde, DĂ©passe, gigantesque et formidable aussi, Le cĂŽne incandescent du vieux Cotopaxi. Attentif aux gabiers en vigie Ă la hune, Dans le pressentiment de sa haute fortune, Pizarre, sur le pont avec les ConquĂ©rants, Jetait sur ces splendeurs des yeux indiffĂ©rents, Quand, soudain, au dĂ©tour du dernier promontoire, LâĂ©quipage, poussant un long cri de victoire, Dans le repli du golfe oĂč tremblent les reflets Des temples couverts dâor et des riches palais, Avec ses quais noircis dâune innombrable foule, Entre lâazur du ciel et celui de la houle, Au bord de lâOcĂ©an vit Ă©merger Tumbez. Alors, se recordant ses compagnons tombĂ©s Ă ses cĂŽtĂ©s, ou morts de soif et de famine, Et voyant que le peu qui restait avait mine De gens plus disposĂ©s Ă se ravitailler QuâĂ reprendre leur course, errer et batailler, Pizarre comprit bien que ce serait dĂ©mence Que de sâaventurer dans cet empire immense ; Et jugeant sagement quâen ce dernier effort Il fallait Ă tout prix quâil restĂąt le plus fort, Il prit langue parmi ces nations Ă©tranges, Rassembla beaucoup dâor par dons et par Ă©changes, Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin Plein des fruits de la terre et lourd de son butin, Il mouilla dans le port aprĂšs trois ans de courses. LĂ , se trouvant Ă bout dâhommes et de ressources, Bien que fort malhabile aux maniĂšres des cours, Il rĂ©solut dâuser dâun suprĂȘme recours Avant que de tenter sa derniĂšre campagne, Et de Nombre de Dios sâembarqua pour lâEspagne. III Or, lorsquâil toucha terre au port de San-Lucar, Il retrouva lâEspagne en allĂ©gresse, car LâImpĂ©ratrice-Reine, en un jour trĂšs prospĂšre, Comblant les vĆux du prince et les dĂ©sirs du pĂšre, Avait heureusement mis au monde lâInfant Don Philippe â que Dieu conserve triomphant ! Et lâEmpereur joyeux le fĂȘtait dans TolĂšde. LĂ , Pizarre, accouru pour implorer son aide, Conta ses longs travaux et, ployant le genou, Lui fit en bon sujet hommage du PĂ©rou. Puis ayant prĂ©sentĂ©, non sans quelque vergogne Dâoffrir si peu, de lâor, des laines de vigogne Et deux lamas vivants avec un alpaca, Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua Ces moutons singuliers et de nouvelle espĂšce Dont la taille Ă©tait haute et la toison Ă©paisse ; MĂȘme, il daigna peser entre ses doigts royaux, Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux ; Mais quand il dut traiter lâobjet de la demande, Il rĂ©pondit avec sa rudesse flamande Quâil trouvait, Ă son grĂ©, que le vaillant Marquis Don Hernando CortĂšs avait assez conquis En subjuguant le vaste empire des AztĂšques ; Et que lui-mĂȘme ainsi que les saints ArchevĂȘques Et le Conseil Ă©taient fermement rĂ©solus Ă ne rien entreprendre et ne protĂ©ger plus, Dans ses possessions des mers occidentales, Ceux qui sâentĂȘteraient Ă ces courses fatales OĂč sâabĂźma jadis Diego de Nicuessa. Mais, Ă ce dernier mot, Pizarre se dressa Et lui dit Que câĂ©tait chose qui scandalise Que dâainsi rejeter du giron de lâĂglise, Pour quelques onces dâor, autant dâinfortunĂ©s, Qui, dans lâidolĂątrie et lâignorance nĂ©s, Ne demandaient, vouĂ©s au cĂ©leste anathĂšme, QuâĂ laver leurs pĂ©chĂ©s dans lâeau du saint baptĂȘme. Ensuite il lui peignit en termes Ă©loquents La CordillĂšre Ă©norme avec ses vieux volcans DâoĂč le feu souverain, qui fait trembler la terre Et fondre le mĂ©tal au creuset du cratĂšre, PrĂ©cipite le flux brĂ»lant des laves dâor Que garde lâoiseau Rock quâils ont nommĂ© condor. Il lui dit la nature enrichissant la fable ; Dâinnombrables torrents qui roulent dans leur sable Des pierres dâĂ©meraude en guise de galets ; La chicha fermentant aux celliers des palais Dans des vases dâor pur pareils aux vastes jarres OĂč lâon conserve lâhuile au fond des Alpujarres ; Les temples du Soleil couvrant tout le pays, RevĂȘtus dâor, bordĂ©s de leurs champs de maĂŻs Dont les Ă©pis sont dâor aussi bien que la tige Et que broutent, miracle Ă donner le vertige Et fait pour rendre mĂȘme un Empereur pensif, Des moutons dâor avec leurs bergers dâor massif. Ce discours Ă©tonna Don Carlos, et lâAltesse, Daignant enfin peser avec la petitesse Des secours implorĂ©s lâhonneur du rĂ©sultat, Voulut que sans tarder Don François rĂ©pĂ©tĂąt, Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres De dilater lâĂglise et de remplir les coffres. AprĂšs quoi, lui passant lâhabit de chevalier De Saint-Jacque, il lui mit au cou son bon collier. Et Pizarre jura sur les saintes reliques Quâil resterait fidĂšle aux rois TrĂšs-Catholiques, Et quâil demeurerait le plus ferme soutien De lâĂglise Romaine et du beau nom chrĂ©tien. Puis lâEmpereur dicta les augustes cĂ©dules Qui faisaient assavoir, mĂȘme aux plus incrĂ©dules, Que, sauf les droits anciens des hoirs de lâAmiral, Don François Pizarro, lieutenant gĂ©nĂ©ral De Son Altesse, Ă©tait sans conteste et sans terme Seigneur de tous pays, Ăźles et terre ferme, Quâil avait dĂ©couverts ou quâil dĂ©couvrirait. La minute Ă©tant lue et quand lâacte fut prĂȘt Ă recevoir les seings au bas des protocoles, Pizarre, ayant jadis peu hantĂ© les Ă©coles, Car en Estremadure il gardait les pourceaux, Sur le vĂ©lin royal dâoĂč pendaient les grands sceaux Fit sa croix, dĂ©clarant ne savoir pas Ă©crire, Mais dâun ton si hautain que nul ne put en rire. Enfin, sur un carreau brodĂ©, le bĂąton dâor Qui distingue lâAlcade et lâAlguazil Mayor Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose Ainsi dĂ»ment rĂ©glĂ©e et sa patente close, LâAdelantade, avant de reprendre la mer, Et bien quâil nâen gardĂąt quâun souvenir amer, Visita ses parents dans Truxillo, leur ville, Puis, joyeux, sâembarqua du havre de SĂ©ville Avec les trois vaisseaux quâil avait nolisĂ©s. Il reconnut GomĂšre, et les vents alizĂ©s, Gonflant dâun souffle frais leur voilure plus ronde, EntraĂźnĂšrent ses nefs sur la route du monde Qui fit lâEspagne grande et Colomb immortel. IV Or donc, un mois plus tard, au pied du maĂźtre-autel, Dans Panama, le jour du noble ĂvangĂ©liste Saint Jean, fray Juan Vargas lut au prĂŽne la liste De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada Sous Don François Pizarre, et les recommanda. Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu lâhostie, Voici de quelle sorte on fit la dĂ©partie. Lorsque lâAdelantade eut de tous pris congĂ©, Ce jour mĂȘme, aprĂšs vĂȘpre, en tĂȘte du clergĂ©, LâĂvĂȘque ayant bĂ©ni lâarmĂ©e avec la flotte, Don BartolomĂ© Ruiz, comme royal pilote, En pompeux apparat, tout vĂȘtu de brocart, Le porte-voix au poing, montant au banc de quart, Commanda de rentrer lâancre en la capitane Et de mettre la barre au vent de tramontane. Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux, Les soldats inquiets et les marins joyeux, Debout sur les haubans ou montĂ©s sur les vergues DâoĂč flottait un pavois de drapeaux et dâexergues, Quand le coup de canon de partance roula, EntonnĂšrent en chĆur lâAve maris stella ; Et les vaisseaux, penchant leurs mĂąts aux mille flammes, PlongĂšrent Ă la fois dans lâĂ©cume des lames. La mer Ă©tant fort belle et le nord des plus frais, Leur voyage fut prompt, et sans souffrir dâarrĂȘts Ou pour cause dâaiguade ou pour raison dâescale, Courant allĂšgrement par la mer tropicale, Pizarre saluait avec un mĂąle orgueil, Comme dâanciens amis, chaque anse et chaque Ă©cueil. BientĂŽt il vit, vainqueur des courants et des calmes, Monter Ă lâhorizon les verts bouquets de palmes Qui signalent de loin le golfe, et dĂ©barquant, Aux portes de Tumbez il vint planter son camp. LĂ , sâabouchant avec les Caciques des villes, Il apprit que lâhorreur des discordes civiles Avait ensanglantĂ© lâEmpire du Soleil ; Que lâorgueilleux bĂątard Atahuallpa, pareil Ă la foudre, rasant villes et territoires, Avait conquis, aprĂšs de rapides victoires, Cuzco, nombril du monde, oĂč les Rois, ses aĂŻeux, Dieux eux-mĂȘmes, siĂ©geaient parmi les anciens Dieux, Et quâil avait courbĂ© sous le joug de lâĂ©pĂ©e La terre de Manco sur son frĂšre usurpĂ©e. AussitĂŽt, sâĂ©loignant de la cĂŽte Ă grands pas, Ă travers le dĂ©sert sablonneux des pampas, Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes, Pizarre commença dâescalader les Andes. De plateaux en plateaux, de talus en talus, De lâaube au soir allant jusquâĂ nâen pouvoir plus, Ils montaient, assaillis de funĂšbres prĂ©sages. Rien nâanimait lâennui des mornes paysages. Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain Dans sa vasque de pierre un lac couleur dâĂ©tain. Sous un ciel tour Ă tour glacial et torride, HarassĂ©s et tirant leurs chevaux par la bride, Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets ; La montagne semblait prolonger Ă jamais, Comme pour Ă©puiser leur marche errante et lasse, Ses gorges de granit et ses crĂȘtes de glace. Une Ă©trange terreur planait sur la sierra Et plus dâun vieux routier dont le cĆur se serra Pour la premiĂšre fois y connut lâĂ©pouvante. La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante, Avec un sourd fracas se fendait, et le vent, Au milieu des Ă©clats de foudre, soulevant Des tourmentes de neige et des trombes de grĂȘles, Se lamentait avec des voix surnaturelles. Et roidis, aveuglĂ©s, Ă©perdus, les soldats, CramponnĂ©s aux rebords Ă pic des quebradas, Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse. Sur leurs fronts la montagne Ă©tait abrupte et lisse, Et plus bas, ils voyaient, dans leurs lits trop Ă©troits, Rebondissant le long des bruyantes parois, Aux pointes des rochers quâun rouge Ă©clair allume, Se briser les torrents en poussiĂšre dâĂ©cume. Le vertige, plus haut, les gagna. Leurs poumons Saignaient en aspirant lâair trop subtil des monts, Et le froid de la nuit gelait la triste troupe. Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe, Lâun sur lâautre appuyĂ©s, broutaient un chaume ras, Les soldats, violant les tombeaux Aymaras, En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires Et faisaient de grands feux avec ces ossuaires. Pizarre seul nâĂ©tait pas mĂȘme fatiguĂ©. AprĂšs avoir passĂ© vingt riviĂšres Ă guĂ©, TraversĂ© des pays sans hameaux ni peuplade, Souffert le froid, la faim, et tentĂ© lâescalade Des monts les plus affreux que lâhomme ait mesurĂ©s, Dâun regard, dâune voix et dâun geste assurĂ©s, Au cĆur des moins hardis il soufflait son courage ; Car il voyait, terrible et somptueux mirage, Au feu de son dĂ©sir briller Caxamarca. Enfin, cinq mois aprĂšs le jour quâil dĂ©barqua, Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare, Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare, Ă grand bruit de tambours et la banniĂšre au vent, Sur les derniers plateaux, et poussant en avant, Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine, En hĂąte, il dĂ©vala le chemin de la plaine. V Au nombre de cent six marchaient les gens de pied. Lâhistoire a dĂ©daignĂ© ces braves, mais il sied De nommer par leur nom, quâil soit noble ou vulgaire, Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre Et de dire la race et le poil des chevaux, Ne pouvant, au rĂ©cit de leurs communs travaux, Ranger en mĂȘme lieu que des bĂȘtes de somme Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme. Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos Chevauchent, par le sang et la bravoure Ă©gaux, Autour des plis dâazur de la royale enseigne OĂč prĂšs du chĂąteau dâor le pal de gueules saigne Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez, Le fougueux Gabriel de Rojas, lâalferez, Dont le pourpoint de cuir bordĂ© de cannetilles Est gaufrĂ© du royal Ă©cu des deux Castilles, Et qui porte Ă sa toque en velours dâAragon Un saint Michel dâargent terrassant le dragon. Sa main ferme retient ce fameux cheval pie Qui sâillustra depuis sous Carbajal lâImpie ; Cet andalou de race arabe, et mal domptĂ©, Qui mĂąche en se cabrant son mors ensanglantĂ© Et de son dur sabot fait jaillir lâĂ©tincelle, Peut dĂ©passer, ayant son cavalier en selle, Le trait le plus vibrant que saurait dĂ©cocher Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer. Ă lâentour de lâenseigne en bon ordre se groupe, Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe Câest Juan de la Torre ; Cristobal Peralta, Dont la devise est fiĂšre Ad summum per alta ; Le borgne Domingo de Serra-Luce ; Alonze De Molina, trĂšs brun sous son casque de bronze ; Et François de Cuellar, gentilhomme andalous, Qui chassait les Indiens comme on force des loups ; Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence, Ătait en haut renom pour manier la lance. Ils sâalignent, rĂ©glant le pas de leurs chevaux DâaprĂšs le train suivi par leurs deux chefs rivaux, Del Barco qui, fameux chercheur de terres neuves, Avec Orellana descendit les grands fleuves, Et Juan de Salcedo qui, fils dâun noble sang, Quoique sans barbe encor, galope au premier rang. Sur un bravo Ă©talon cap de more qui fume Et piaffe, en secouant son frein blanchi dâĂ©cume. DerriĂšre, tout marris de marcher sur leurs pieds, Viennent les dĂ©montĂ©s et les estropiĂ©s. Juan ForĂšs pique en vain dâun carreau dâarbalĂšte Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui halĂšte ; Ribera lâaccompagne, et laisse Ă lâabandon Errer distraitement la bride et le bridon Au col de son bai brun qui boite dâun air morne, SâĂ©tant, faute de fers, usĂ© toute la corne. Avec ces pauvres gens marche don PĂšdre Alcon, Lequel en son Ă©cu porte dâor au faucon De sable, grilletĂ©, chaperonnĂ© de gueules ; Ce vieux seigneur jadis avait tournĂ© les meules Dans Grenade, du temps quâil Ă©tait prisonnier Des mĂ©crĂ©ants. Ce fut un bon pertuisanier. Ainsi bien escortĂ©s, Ă lâamble de leurs deux mules Fort pacifiquement sâen vont les deux Ă©mules Requelme, le premier, comme bon Contador, Reste silencieux, car le silence est dâor ; Quant au licenciĂ© Gil Tellez, le Notaire, Il dresse en son esprit le futur inventaire, Tout prĂȘt Ă prĂ©lever, au taux juste et lĂ©gal, La part des Cavaliers aprĂšs le Quint Royal. Or, quelques fourrageurs restĂ©s sur les derriĂšres, Pour rejoindre leurs rangs, malgrĂ© les fondriĂšres, Ă leurs chevaux lancĂ©s ayant rendu la main, Et bravant le vertige et brĂ»lant le chemin, Par la montagne Ă pic descendaient ventre Ă terre. Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre. Les voici bride aux dents, le sang aux Ă©perons, Dans la foule effarĂ©e, au milieu des jurons, Du tumulte, des cris, des appels Ă lâAlcade, Ils dĂ©bouchent. Le chef de cette cavalcade, Qui, dâaspect arrogant et vĂȘtu de brocart, Tandis que son cheval fait un terrible Ă©cart, Salue Alvar de Paz qui devant lui se range, En balayant la terre avec sa plume orange, Nâest autre que Fernan, lâaĂźnĂ©, le plus hautain Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin Quâon dit dâAlcantara, leur frĂšre par le ventre. Briceño qui, depuis, se fit clerc et fut chantre Ă Lima, nâĂ©tant pas trĂšs habile Ă©cuyer, Dans cette course folle a perdu lâĂ©trier, Et, voyant ses amis dĂ©jĂ loin, se dĂ©pĂȘche Et pique sa jument couleur de fleur de pĂȘche. Le brave Antonio galope Ă son cĂŽtĂ© ; Il porte avec orgueil sa noble pauvretĂ©, Car, sâil a pour tout bien lâĂ©pĂ©e et la rondache, Son cimier hĂ©raldique est ceint des feuilles dâache Qui couronnent lâĂ©cu des ducs de Carrion. Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon. Ă leurs cris, un seigneur, de ceux de lâavant-garde, SâarrĂȘte, et, retournant son cheval, les regarde. Il monte un genet blanc dont le caparaçon Est rouge, et pour mieux voir se penche sur lâarçon. Câest le futur vainqueur de Popayan. Sa taille Est faite pour vĂȘtir le harnois de bataille. Beau comme un Galaor et fier comme un CĂ©sar, Il marche en tĂȘte, ayant pour nom Benalcazar. PrĂšs dâOreste voici venir le bon Pylade TrĂšs basanĂ©, le chef coiffĂ© de la salade, Il rĂȘve, enveloppĂ© dans son large manteau ; Câest le vaillant soldat Hernando de Soto Qui, rude explorateur de la zone torride, DĂ©couvrira plus tard lâĂ©clatante Floride Et le pĂšre des eaux, le vieux MeschacĂ©bĂ©. Cet autre qui, casquĂ© dâun morion bombĂ©, Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane En flattant de la voix sa jument alezane, Câest lâaventurier grec Pedro de Candia, Lequel ayant brĂ»lĂ© dix villes, dĂ©dia, Pour expier ces feux, dix lampes Ă la Vierge. Il regarde, au sommet dangereux de la berge, Caracoler lâardent Gonzalo Pizarro, Qui depuis, Ă Lima, par la main du bourreau, Ainsi que Carbajal, eut la tĂȘte branchĂ©e Sur le gibet, aprĂšs quâelle eut Ă©tĂ© tranchĂ©e Aux yeux des Cavaliers qui, sĂ©duits par son nom, Dans Cuzco rĂ©voltĂ© haussĂšrent son pennon. Mais lui, bien quâĂ son roi dĂ©loyal et rebelle, Ătant bon hidalgo, fit une mort trĂšs belle. Ă quelques pas, lâĂ©pĂ©e et le rosaire au flanc, Portant sur les longs plis de son vĂȘtement blanc Un scapulaire noir par-dessus le cilice Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice, Chevauche saintement lâennemi des faux dieux, Le trĂšs savant et trĂšs misĂ©ricordieux Moine dominicain fray Vincent de Valverde Qui, tremblant quâĂ jamais leur Ăąme ne se perde Et pour lâĂ©ternitĂ© ne brĂ»le dans lâEnfer, Fit pĂ©rir des milliers de paĂŻens par le fer Et les auto-da-fĂ©s et la hache et la corde, Confiant que JĂ©sus, en sa misĂ©ricorde, Doux rĂ©munĂ©rateur de son pieux dessein, Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein. Enfin, les prĂ©cĂ©dant de dix longueurs de vare, Et le premier de tous, marche François Pizarre. Sa cape, dont le vent a dĂ©rangĂ© les plis, Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis ; Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race, Qui tous avaient quittĂ© lâacier pour la cuirasse De coton, il gardait, sous lâardeur du Cancer, Sans en paraĂźtre las, son vĂȘtement de fer. Son barbe cordouan, rĂ©tif, faisait des voltes Et hennissait ; et lui, chĂątiant ces rĂ©voltes, Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts Les molettes dâargent de ses lourds Ă©perons, Mais sans plus sâĂ©mouvoir quâun cavalier de pierre, Immobile, et dardant de sa sombre paupiĂšre Lâinsoutenable Ă©clat de ses yeux de gerfaut. Son cĆur aussi portait lâarmure sans dĂ©faut Qui sied aux conquĂ©rants, et, simple capitaine, Il caressait dĂ©jĂ dans son Ăąme hautaine Lâespoir vertigineux de faire, tĂŽt ou tard, Un manteau dâEmpereur des langes du bĂątard. VI Ainsi prĂ©cipitant leur rapide descente Par cette route Ă©troite, encaissĂ©e et glissante, Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher, Faisant rouler sous eux le sable et le rocher, Les hardis cavaliers couraient dans les tĂ©nĂšbres Des dĂ©filĂ©s en pente et des gorges funĂšbres QuâĂ©clairait par en haut un jour terne et douteux ; Lorsque, subitement, sâeffondrant devant eux, La montagne sâouvrit sur le ciel comme une arche Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche Et comme sâils sortaient dâune noire prison, Dans leurs yeux aveuglĂ©s lâespace, lâhorizon, LâimmensitĂ© du vide et la grandeur du gouffre Se mĂȘlĂšrent, abĂźme Ă©blouissant. Le soufre, Lâeau bouillante, la lave et les feux souterrains, Soulevant son Ă©chine et crevassant ses reins, Avaient ouvert, aprĂšs des siĂšcles de bataille, Au flanc du mont obscur cette splendide entaille. Et, la terre manquant sous eux, les ConquĂ©rants Sur la corniche Ă©troite ayant serrĂ© leurs rangs, Chevaux et cavaliers brusquement firent halte. Les Andes Ă©tageaient leurs gradins de basalte, De porphyre, de grĂšs, dâardoise et de granit, JusquâĂ lâultime assise oĂč le roc qui finit Sous le linceul neigeux nâapparaĂźt que par place. Plus haut, lâĂąpre forĂȘt des aiguilles de glace Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement ; On dirait dâun terrible et clair fourmillement De guerriers cuirassĂ©s dâargent, vĂȘtus dâhermine, Qui campent aux confins du monde, et que domine De loin en loin, colosse incandescent et noir, Un volcan qui, dressĂ© dans la splendeur du soir, Hausse, porte-Ă©tendard de lâhivernal cortĂšge, Sa banniĂšre de feu sur un peuple de neige. Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins OĂč, prĂšs des cours dâeau chaude, au milieu des jardins, Ils avaient vu, dans lâor du couchant Ă©clatantes, Blanchir Ă lâinfini, les innombrables tentes De lâInca, dont le vent enflait les pavillons ; Et de la solfatare en de tels tourbillons Montaient confusĂ©ment dâĂ©paisses fumerolles, Que dans cette vapeur, couverts de banderoles, La plaine, les coteaux et le premier versant De la montagne avaient un aspect trĂšs puissant. Et tous les ConquĂ©rants, dans un morne silence, Sur le col des chevaux laissant pendre la lance, Ayant considĂ©rĂ© mĂ©lancoliquement Et le peu quâils Ă©taient et ce grand armement, PĂąlirent. Mais Pizarre, arrachant la banniĂšre Des mains de Gabriel Rojas, dâune voix fiĂšre Pour Don Carlos, mon maĂźtre, et dans son Nom Royal, Moi, François Pizarro, son serviteur loyal, En la forme requise et par-devant Notaire, Je prends possession de toute cette terre ; Et je prĂ©tends de plus que si quelque rival Osait y contredire, Ă pied comme Ă cheval, Je maintiendrai mon droit et laverai lâinjure ; Et par mon saint patron, Don François, je le jure ! â Et ce disant, dâun bras furieux, dans le sol Qui frĂ©mit, il planta lâĂ©tendard espagnol Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales Tordit superbement les franges triomphales. Cependant les soldats restaient silencieux, Ăblouis par la pompe imposante des cieux. Car derriĂšre eux, vers lâouest, oĂč sans fin se dĂ©roule Sur des sables lointains la Pacifique houle, En une brume dâor et de pourpre, linceul Rougi du sang dâun Dieu, sombrait lâantique AĂŻeul De Celui qui rĂ©gnait sur ces tentes sans nombre. En face, la sierra se dressait haute et sombre. Mais quand lâastre royal dans les flots se noya, Dâun seul coup, la montagne entiĂšre flamboya De la base au sommet, et les ombres des Andes, Gagnant Caxamarca, sâallongĂšrent plus grandes. Et tandis que la nuit, rasant dâabord le sol, De gradins en gradins haussait son large vol, La mourante clartĂ©, fuyant de cime en cime, Fit resplendir enfin la crĂȘte plus sublime ; Mais lâombre couvrit tout de son aile. Et voilĂ Que le dernier sommet des pics Ă©tincela, Puis sâĂ©teignit. Alors, formidable, enflammĂ©e Dâun haut pressentiment, tout entiĂšre, lâarmĂ©e, Brandissant ses drapeaux sur lâoccident vermeil, Salua dâun grand cri la chute du Soleil. TABLE TABLE LA GRĂCE ET LA SICILE ROME ET LES BARBARES LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE LâORIENT ET LES TROPIQUES LA NATURE ET LE RĂVE ROMANCERO LES CONQUĂRANTS DE LâOR
chasser les oiseaux et rapporter les trophees