Etplus particuliĂšrement la relation entre le chasseur et le gibier qu’il traque et qu’il tue. La premiĂšre distinction Ă  poser dans cette relation entre le chasseur et les bĂȘtes est la suivante: le chasseur a une vĂ©ritable affection pour les animaux qu’il a domestiquĂ©, son chien, sa meute, ses chevaux. Quant aux bĂȘtes sauvages, il Amisde nos jardins, les oiseaux peuvent devenir indĂ©sirables Ă  certaines pĂ©riodes, dĂ©valisant le verger et picorant les semis. Pour mettre en fuite ces bandes de IlcoĂ»te CHF 10’000 – 20’000 selon la taille des cornes. Les chasseurs de trophĂ©es recherchent les animaux pourvus de cornes imposantes, mais ne s’intĂ©ressent pas Ă  la viande. Les bouquetins sont parfois appĂątĂ©s avec des pierres Ă  sel. Dans les autres cantons, ce type de chasse aux trophĂ©es n’est pas ouverte aux Ă©trangers. Rassurezvous, ce n’est pas indispensable pour la comprĂ©hension de Final Fantasy XV. Les trophĂ©es sont relativement simples, la plupart tomberont tout seul durant votre partie. Il n’y a donc pas vraiment de ligne de conduite Ă  suivre en particulier, vous pouvez faire les missions principales et les quĂȘtes secondaires comme bon vous semble. Tousles chats sont par instinct des chasseurs. Si vous voulez prĂ©server la vie des oiseaux et des souris de votre jardin, choisissez un chaton dont la mĂšre ne chassait pas et amenez-le chez LestrophĂ©es de chasse sont classĂ©s sous le code SH 9705.00.00. 00. Ceci dit, ils sont exempts de droits de douane. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, vous n’aurez pas Ă  payer de taxes (TPS et TVQ) si votre trophĂ©e de chasse a une valeur de 800 $ CAN et moins, car il est considĂ©rĂ© comme Ă©tant un effet personnel. Pour ce faire, vous devrez prĂ©senter la version Chassedautomne pour les oiseaux. armes et trophĂ©es tableaux de myloview. La meilleure des qualitĂ©s images, , papiers peints, posters, stickers. Vous voulez dĂ©corer votre maison? Seulement avec myloview Dx3o. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fou★★★★Bonjour Ă  tous voilĂ  j ai besoin de votre avis j ai une chienne Ă©pagneul qui a 8 ans et que j ai du faire stĂ©riliser suite Ă  une infection cette chienne c est pour moi LA chienne de ma vie de chasseur j en ai eu 3 avant elle qui chassait bien mais elle est au top du top sur tous gibiers mais bon les annĂ©es passent et je pense dĂ©jĂ  Ă  la relĂšve je pensais en prendre un ou une lorsque celle lĂ  aura 10 ans qu en pensez vous ? C est pas trop tĂŽt ? Pas trop tard ? J aimerais que le prochain est le temps de chasser avec l actuelle et qu il se fasse avec elle mes chiennes prĂ©cĂ©dentes ont Ă©tĂ© activĂ© jusqu Ă  l Ăąge de 14 ou15 ans mais elles Ă©taient cuites la colline c est dur c est pas lĂ  plaine bon enfin voilĂ  donnez moi vos avis svp et merci par avance dougege – ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtre★★★★★Salut j’effectue la relĂšve Ă  7 ans. Ma vieille Tessa est dans sa 14Ă©me annĂ©e, en fin de vie une chienne exceptionnelle. J’avais assurĂ© la relĂšve quand elle avait 7 ans, donc mon Izza est dans sa septiĂšme annĂ©e et j’ai donc assurĂ© Ă  nouveau la relĂšve en faisant rentrer Pia qui a maintenant 6 mois. Izza a bien plus appris de Tessa que des stages de dressage et je compte donc beaucoup sur Izza pour former Pia. Je pense qu’en associant une jeune chienne avec une pas trop vieille, le courant passe assez bien. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fou★★★★Merci pour tes conseils et ton expĂ©rience je pense que tu as raison au plus la nouvelle recrue passera de temps avec ma chienne au plus elle apprendra je vais donc chercher tranquillement un nouveau compagnon dougege – ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtre★★★★★Merci pour tes conseils et ton expĂ©rience je pense que tu as raison au plus la nouvelle recrue passera de temps avec ma chienne au plus elle apprendra je vais donc chercher tranquillement un nouveau compagnonLe temps nous a manquĂ© faute au virus, mais c’est surtout le gibier qui nous a manquĂ©! Je ne suis vraiment pas satisfait de cette premiĂšre saison pour ma jeune Pia. Tout d’abord une quasi totale absence de cailles ce qui, pour moi, est le meilleur gibier pour former un chien d’arrĂȘt, mais beaucoup de liĂšvres et donc de trop nombreuses et inutiles vient la saison des passereaux et les longs moments d’affĂ»t, lĂ  impeccable, elle a vite appris le passage du stationnement fixe, quand je suis immobile, Ă  la quĂȘte dĂšs que je me remet en marche. Elle n’a pas eu grand chose Ă  rapporter, mais elle rapporte. Le rapport devient une compĂ©tition entre les m’ont fait voler quelques faisans et perdreaux, puis on passe prioritairement Ă  la bĂ©casse, mais lĂ  pas de chance, confinĂ©s pendant le meilleur mois, aprĂšs nous en lĂšverons finalement 15, toutes dans de trĂšs mauvaises conditions, des oiseaux qui ne tenaient pas l’arrĂȘt, piĂ©taient, de fait je n’ai pas vu ma jeune Pia tenir un arrĂȘt ferme et long de toute la saison, ce qui me dĂ©sole!Il n’y a plus qu’a attendre, plein d’espoir, la saison prochaine. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fou★★★★Salut dougege oui cette saison a Ă©tĂ© frustrante autant pour nous que pour nos fidĂšles compagnons je n ai toujours pas trouvĂ© de relevĂ© mais aussi Ă  cause du confinement et aprĂšs la rĂšgle des 20 km et puis en gĂ©nĂ©ral les nouvelles portĂ©es arrivent vers juin je comptais un peu sur les diffĂ©rents salons et fĂȘtes de la chasse mais je crois bien que c est cuit bon on verra bien dougege – ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtre★★★★★Bonjour ,ça avance cette relĂšve?Si je ne m’abuse il est autorisĂ© d’aller prendre livraison d’un chien pendant le confinement. Raphael30 – ModĂ©rateur LocalisationNord Bouches du RhĂŽne Inscrit le2009-01-11 193702Hors ligneTotaux 5900Dieu suprĂȘme★★★★★★★Alors ,ça avance cette relĂšve?Si je ne m’abuse il est autorisĂ© d’aller prendre livraison d’un chien pendant le c’est exact galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fou★★★★Salut RaphaĂ«l ben je regarde les petites annonces tous les jours alors oui il y a pas mal de beaux Ă©pagneuls un peu partout mais pas trop dans les bouches du RhĂŽne et dĂ©partements voisins aujourd’hui sur le bon coin il y a une annonce avec 2 femelles extra chasse et en don sur Montpellier je vais appeler le gars et voir ça en tout cas sur la photo elle sont superbes 😄a voir Raphael30 – ModĂ©rateur LocalisationNord Bouches du RhĂŽne Inscrit le2009-01-11 193702Hors ligneTotaux 5900Dieu suprĂȘme★★★★★★★S’il s’agit d’un particulier, tu n’auras pas la possibilitĂ©, lĂ©galement, de te rendre jusqu’à Montpellier. C’est trĂšs em..rdant !!! dougege – ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtre★★★★★Vu le monde qu’il y a sur la route les contrĂŽles sont pratiquement impossible. Jeudi dernier j’ai emmenĂ© mon Ă©pouse Ă  l’aĂ©roport de Lyon. Et si j’avais pensĂ© ĂȘtre quasiment seul sur la route et avoir Ă  prĂ©senter des justificatifs ce fut loin d’ĂȘtre le cas, une journĂ©e ordinaire avec une circulation dense, des embouteillages Ă  Lyon, ce qui de fait, laisse peu de possibilitĂ© Ă  la marĂ©chaussĂ©e d’effectuer des contrĂŽles. Avec une cane Ă  pĂȘche dans la voiture et ton permis de pĂȘche dans la poche tu as le droit de te dĂ©placer dans tout ton dĂ©partement plus 10 km dans le dĂ©partement voisin
 dougege – ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtre★★★★★Ma jeune Pia soufflant la bougie de son premier anniversaire le 24 dĂ©cembre dernier. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fou★★★★Salut dougege he ben elle est gatee la jolie pia !c est bien tu as raison nos chiens meritent qu on les gate avec tout ce qu ils font pour nous c est normal bon moi pour l annonce he bien le temps que je mette une canne a peche dans la voiture,suivant tes conseils,les 2 petites chiennes etaient placees c est pas grave j ai le temps ma heva est encore bien vaillante et des que l occasion se presentera je lui adjoindrait une eleve en formation Raphael30 – ModĂ©rateur LocalisationNord Bouches du RhĂŽne Inscrit le2009-01-11 193702Hors ligneTotaux 5900Dieu suprĂȘme★★★★★★★Dis-donc, Dougege, c’était quoi ?, du corned beef, du foie gras, peut ĂȘtre ? Dommage pour les chiennes, Galibois, mais en ce moment, les gens se prĂ©cipitent sur les chiens et les chats. dougege – ModĂ©rateur LocalisationDrĂŽme Confluence RhĂŽne/IsĂšre Inscrit le2012-01-10 151204En ligneTotaux 1800MaĂźtre★★★★★DĂ©lice de jambon. galibois Localisation Inscrit le2016-04-04 160853Hors ligneTotaux 975Posteur fou★★★★Salut RaphaĂ«l hĂ© oui tout le monde veut un chien ou un chat mais pas parce qu ils les aiment du moins la plupart c est juste une occupation ou un prĂ©texte COVID j ai bien peur qu une fois le vie normale retrouvĂ©e , si ça arrive bien sur, qu une bonne partie de ces animaux se retrouvent Ă  la rue car plus d utilitĂ© ha si tous les propriĂ©taires de chiens les aimaient comme les chasseurs aiment les leurs tiens regarde dougege on voit que ses chiennes sont choyĂ©es et la mienne autant 😄😄 Groupes armĂ©s et braconniers exercent une "pression Ă©norme" sur les espĂšces sauvages, notamment les Ă©lĂ©phants, dans les aires protĂ©gĂ©es d'Afrique centrale, profitant de l'instabilitĂ© qui rĂšgne dans la rĂ©gion, rĂ©vĂšle un rapport de l'ONG Traffic publiĂ© le 8 dĂ©cembre 2017. Une zone particuliĂšrement instable oĂč la corruption est courante Cette Ă©tude se concentre sur trois parcs nationaux aux confins de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo RDC et de la Centrafrique. Elle indique que le "braconnage est rĂ©pandu dans toute la rĂ©gion et ses principaux auteurs sont des groupes armĂ©s non-Ă©tatiques, des acteurs Ă©tatiques, des Ă©leveurs armĂ©s et des braconniers indĂ©pendants". Ces acteurs, en particulier "l’ArmĂ©e de rĂ©sistance du Seigneur LRA, les Janjaweeds milice soudanaise et d’autres milices non-Ă©tatiques, exercent une pression Ă©norme sur les populations d’espĂšces sauvages dans ces aires protĂ©gĂ©es", les parcs de la Garamba et Bili nord de la RDC, ainsi que la rĂ©serve de Chinko sud-est de la RCA. Les groupes armĂ©s "ciblent en particulier les grands mammifĂšres, notamment les bongos une grande antilope, NDLR, les buffles, les Ă©lĂ©phants et les hippopotames", explique l'Ă©tude de terrain, menĂ©e dans prĂšs de 90 villages de la rĂ©gion. Ainsi, la LRA vise en prioritĂ© les populations d’élĂ©phants depuis une dĂ©cennie. En 2015, des organismes de veille ont signalĂ© que Joseph Kony, le chef de ce groupe rebelle ougandais, avait demandĂ© Ă  ses combattants "d’obtenir 100 dĂ©fenses d’élĂ©phant dans le complexe de la Garamba, sur une pĂ©riode de neuf mois". Malheureusement, le rapport rĂ©vĂšle que "la corruption dans la rĂ©gion constitue un obstacle majeur Ă  l'application des lois", alors que "les autoritĂ©s nationales et locales, y compris les FARDC armĂ©e congolaise, ont Ă©tĂ© impliquĂ©es directement dans le braconnage ou ont facilitĂ© le braconnage et le trafic", poursuit l'ONG. Des informations indiquent cependant que "le braconnage par les soldats des FARDC a diminuĂ© ces derniĂšres annĂ©es grĂące Ă  une collaboration plus Ă©troite avec les autoritĂ©s des parcs". Par ailleurs, "certains Ă©leveurs Fulani nomades de bĂ©tail reprĂ©sentent une grave menace pour les espĂšces sauvages" dans toute cette rĂ©gion, s'inquiĂšte Ă©galement Traffic. "Il est avĂ©rĂ© que les Fulani et les Mbororo un sous-groupe Fulani, souvent lourdement armĂ©s pour leur protection, tuent des Ă©lans de Derby et des buffles pour les vendre comme viande de brousse et empoisonnent des prĂ©dateurs, tels que les lions, pour prĂ©venir les attaques contre leur bĂ©tail". Des Fulani "sont aussi impliquĂ©s dans le trafic transfrontalier de produits comme l'ivoire et la peau de lĂ©opard, principalement vers le Sud-Soudan et l'Ouganda", selon Traffic. "Selon des informateurs clĂ©s, un rĂ©seau indĂ©pendant et militarisĂ© de braconnage cible les grands mammifĂšres dans ces aires protĂ©gĂ©es" de cette partie de l'Afrique centrale frappĂ©e par "l'instabilitĂ© politique, l'absence de gouvernance et de maintien de l'ordre", souligne par ailleurs l'ONG. "Les communautĂ©s environnantes exercent Ă©galement une pression sur la faune sauvage locale" "Ces braconniers vendent la viande Ă  des individus et Ă  des restaurants dans les villes et les villages pĂ©riphĂ©riques, et transportent les produits de valeur, comme l'ivoire, les peaux et d'autres trophĂ©es, vers les grandes municipalitĂ©s pour continuer de financer le braconnage. Ce groupe est constituĂ© d'acteurs locaux et Ă©trangers, Ă©quipĂ©s d'armes semi-automatiques". "Les communautĂ©s environnantes exercent Ă©galement une pression sur la faune sauvage locale", relĂšve Traffic, ce qui "fragilise davantage des populations d'espĂšces menacĂ©es et dĂ©jĂ  en dĂ©clin, comme les Ă©lĂ©phants et les chimpanzĂ©s". La chasse est en effet "une source de revenus" pour les habitants, avec prĂšs de 20 % des hommes dans le nord-est de la RDC qui admettent "pratiquer le braconnage Ă  petite Ă©chelle". Pour les amoureux des chats, il est parfois difficile d'accepter que ces adorables fĂ©lins puissent ĂȘtre cruels et responsables de la diminution de la vie sauvage des oiseaux dans le monde entier, passant des pigeons aux moineaux, voire mĂȘme aux oiseaux en danger d' qu'il s'agisse d'un comportement trĂšs commun chez ces prĂ©dateurs, il est important de comprendre pourquoi les chats chassent les oiseaux et quelles consĂ©quences rĂ©elles existent. Dans cet article de PlanĂšteAnimal, nous allons vous expliquer pourquoi les chats chassent les oiseaux et comment les empĂȘcher si vraiment vous ne supportez pas qu'ils se laissent aller Ă  leurs envies parti ! Index Pourquoi les chats tuent les oiseaux ? Les chats sont-ils responsables de l'extinction de certaines espĂšces d'oiseaux ? Statistiques chats des villes VS chats des champs Comment empĂȘcher un chat de tuer les oiseaux ? Pourquoi les chats tuent les oiseaux ? Les chats sont des prĂ©dateurs naturels et chassent principalement pour s'alimenter et survivre. C'est la maman qui, dĂšs le plus jeune Ăąge, apprend aux chatons Ă  chasser, un apprentissage commun chez les chats sauvages mais moins habituel chez les chats urbains. Il est bon de prĂ©ciser que mĂȘme s'ils n'ont pas faim, les chats pratiquent la chasse juste pour le plaisir, pour s'amuser et satisfaire leur instinct chasseur !C'est pourquoi, mĂȘme un chat d'intĂ©rieur qui est nourri et bichonnĂ©, peut dĂ©velopper une forte impulsion chasseuse, qui l'aidera Ă  travailler sa vitesse, sa puissance, la distance et la plupart du temps, les mamans chats rapportent une proie morte Ă  leurs chatons, raison qui explique pourquoi les chattes qui n'ont pas eu de chatons ou qui sont stĂ©rilisĂ©es rapportent des animaux morts Ă  leurs maĂźtres, elles le font principalement par instinct maternel naturel. Selon l'Ă©tude intitulĂ©e "Domestic Cat Predation on Wildlife" de Michael Woods, Robbie A. McDoland et Stephen Harris, faite sur 986 chats, 69% des proies chassĂ©es sont des mammifĂšres et seulement 24% des oiseaux. Les chats sont-ils responsables de l'extinction de certaines espĂšces d'oiseaux ? On estime qu'un chat domestique tue environ 9 oiseaux par an, un chiffre qui peut paraĂźtre dĂ©risoire si on s'arrĂȘte sur les chiffres individuels alors que si on se penche sur les rĂ©sultats au niveau de tous les chats du pays, ce chiffre est au contraire extrĂȘmement chats ont Ă©tĂ© cataloguĂ©s comme espĂšce envahisseuse par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature puisqu'ils auraient visiblement contribuĂ© Ă  l'extinction de 33 espĂšces d'oiseaux dans le monde. Parmi cette liste, l'on trouve Anthornis melanocephala Nouvelle-ZĂ©lande vu pour la derniĂšre fois en MĂ©galure des Chatham Nouvelle-ZĂ©lande, vu pour la derniĂšre fois en des Chatham Nouvelle-ZĂ©lande, disparu Ă  la fin du XIXĂš de Guadalupe Ăźle de Guadalupe, derniers spĂ©cimens abattus par un collectionneur humain en des Bonin Ăźle d'Ogasawara au JaponBĂ©cassine de Hautura Nouvelle-ZĂ©landePic flamboyant Ăźle de Guadalupe, seulement une sous-espĂšce disparueCyanoramphus erythrotis Ăźle de MacquarieMicrogoura de Choiseul archipel des SalomonTohi tachetĂ© Ăźle de GuadalupeMarouette des HawaĂŻ HawaĂŻ, disparue en 1893Ninoxe rieuse Nouvelle-ZĂ©lande, disparue dans les annĂ©es 1960Reyezuelo de Bewick Nueva ZelandaXĂ©nique de Stephens Ăźles Stephens ne pouvait semble t-il pas voler, disparu en de Nouvelle-ZĂ©lande, disparu en 1963XĂ©nique des buissons Nouvelle-ZĂ©lande, disparu dans les annĂ©es 50Tourterelle de Socorro Ăźle SocorroGrive des Bonin Ăźle d'Ogasawara au JaponComme vous pourrez le constater, les espĂšces d'oiseaux Ă©teintes appartenaient toutes Ă  diffĂ©rentes Ăźles, oĂč au dĂ©but, les chats n'existaient pas. Toutes les espĂšces mentionnĂ©es se sont Ă©teintes au XXĂš siĂšcle, lorsque les colons europĂ©ens ont introduit chats, rats et chiens de leurs pays d' est Ă©galement important de souligner que la plupart des oiseaux de cette liste avaient perdu leur capacitĂ© Ă  voler Ă  cause du manque de prĂ©dateurs, tout spĂ©cialement en Nouvelle-ZĂ©lande, ce qui fait d'eux des proies encore plus faciles pour les fĂ©lins et autres animaux. Statistiques chats des villes VS chats des champs L'Ă©tude "The impact of free-ranging domestic cats on wildlife of the United States" publiĂ©e par le magazine Journal Of Nature Communications dĂ©clarent que les chats tuent des oiseaux dans leurs plus jeunes annĂ©es, lorsqu'ils sont suffisamment agiles pour sauter au dessus d'eux. Il y est Ă©galement expliquĂ© que 2 fois sur 3 les oiseaux sont tuĂ©s par des chats errants. Selon le biologiste Roger Tabor, un chat des champs tuera environ 14 oiseaux alors qu'un chat des villes pourraient en tuer 2 dans toute sa diminution des prĂ©dateurs en zones rurales comme les coyotes aux USA, l'abandon et la grande capacitĂ© de reproduction des chats font qu'ils sont considĂ©rĂ©s comme un vĂ©ritable flĂ©au. NĂ©anmoins, d'autres facteurs comme la dĂ©forestation humaine ont Ă©galement favorisĂ© la diminution de la population d'oiseaux autochtones. Comment empĂȘcher un chat de tuer les oiseaux ? La croyance populaire veut que mettre un collier Ă  grelots ou clochettes Ă  notre chat alerte ses potentielles victimes qui auront le temps de s'enfuir. NĂ©anmoins, ce qui est certain, selon la Mammal Society, c'est que les oiseaux dĂ©tectent le fĂ©lin grĂące Ă  leur vue, avant mĂȘme d'avoir entendu le son des grelots. De plus, il n'est pas vraiment recommandĂ© de mettre Ă  collier Ă  grelots pour chats Ă  cause de leur ouĂŻe parfois seul moyen de vous assurer Ă  100% que votre chat ne tuera pas d'oiseaux est de le garder Ă  la maison et et mettre une sĂ©curitĂ© sur le balcon. Il serait Ă©galement recommandĂ© de stĂ©riliser les chats sauvages afin d'Ă©viter que la population chattienne augmente. Une tĂąche coĂ»teuse et trĂšs compliquĂ©e que de nombreuses associations mĂšnent Ă  bien dans le monde. Si vous souhaitez lire plus d'articles semblables Ă  Pourquoi les chats chassent les oiseaux ?, nous vous recommandons de consulter la section CuriositĂ©s du monde animal. Pourquoi devrais-je rapporter les oiseaux baguĂ©s? Le succĂšs du programme de baguage d’oiseaux dĂ©pend des enregistrements de bagues provenant du public. Les donnĂ©es des bagues rĂ©cupĂ©rĂ©es sont essentielles pour beaucoup de projets de conservation. Les bagues identifient les individus d’une espĂšce afin que l’on puisse mieux comprendre leurs mouvements qui incluent la fidĂ©litĂ© aux sites de reproduction, leur migration et les aires d’hivernage. Ainsi, les donnĂ©es sont utilisĂ©es pour mesurer la productivitĂ©, les taux de survie et la dynamique d’une espĂšce entant que population. Cela procure de l’information importante pour la gestion des populations d’oiseaux dans un contexte de chasse, d’espĂšces menacĂ©es et de dĂ©termination du statut des espĂšces. En enregistrant les bagues, vous contribuez directement Ă  ces efforts de conservation. Combien d’oiseaux sont baguĂ©s par annĂ©e? En moyenne 1,2 million d’oiseaux sont baguĂ©s dans l’ensemble du Canada et des États-Unis par annĂ©e. L’oiseau le plus baguĂ© au Canada est le canard colvert Anas platyrhynchos avec Ă  peuprĂšs 2 millions d’individus baguĂ©s depuis le dĂ©but du programme au dĂ©but des annĂ©es 1900. Il est suivi de la Bernache du Canada Branta Canadensis qui en est Ă  800 000 individus baguĂ©s. Dans tout l’AmĂ©rique du Nord, plus de 6 millions de colverts et environ 3 millions de bernaches ont Ă©tĂ© baguĂ©s. De ceux-ci, 1 million de colverts et 1 million de bernaches ont Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©s. Photo © Jason Crotty, 2015. Pluvier neigeux Pourquoi est-ce que certains oiseaux ont aussi un collier ou d'autres marqueurs? Les chercheurs qui Ă©tudient les oiseaux peuvent aussi marquer les oiseaux avec des marqueurs supplĂ©mentaires afin d'identifier les oiseaux individuellement sur le terrain sans avoir besoin Ă  les recapturer. Les diverses combinaisons de couleurs et de codes alphanumĂ©riques peuvent ĂȘtre lues Ă  distance au moyen de jumelles ou d'un tĂ©lescope d'observation. Les diffĂ©rents types de marqueurs sont utilisĂ©s selon le type d'oiseau, son comportement et les renseignements nĂ©cessaires. Photo © Jim Murray, Dave J. Brown, Edson Endrigo, et Monte Stinnett, 2015 Canada Goose, le cygne trompette, le BĂ©casseau maubĂšche et HuĂźtrier. Les colliers sont souvent utilisĂ©s pour marquer les oies et cygnes. Ils sont assez grands pour ĂȘtre facilement lus Ă  distance. Étant donnĂ© que les oies se rassemblent sur les aires d'hivernage, il est possible d'observer de nombreuses couleurs dans une zone. Les marqueurs alaires sont souvent utilisĂ©s pour marquer les vautours, les aigles, les cygnes, les corbeaux, les corneilles et les hĂ©rons. Ils sont gĂ©nĂ©ralement visibles lorsque les oiseaux sont en vol ou perchĂ©s. Les banderoles de couleur aux pattes sont souvent utilisĂ©es pour marquer les oiseaux de rivage. Ils dĂ©passent de la patte et ont souvent un code pouvant ĂȘtre lu Ă  distance au moyen de jumelles ou d'un tĂ©lescope d'observation. Comme les pattes des oiseaux de rivage sont souvent submergĂ©es, les banderoles sont placĂ©es sur la partie supĂ©rieure de la patte. Des bagues aux pattes de diffĂ©rentes couleurs peuvent aussi ĂȘtre utilisĂ©es pour tous les types d'oiseaux afin d'identifier les individus et de dĂ©terminer s'ils sont liĂ©s Ă  un emplacement prĂ©cis, Ă  un Ăąge ou Ă  un projet spĂ©cial. Les enregistreurs de donnĂ©es, les transmetteurs et les autres marqueurs Ă©lectroniques enregistrent des renseignements propres Ă  l'emplacement qui peuvent ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s ou transmis directement au chercheur. Ces technologies aident Ă  fournir des renseignements prĂ©cis sur les dĂ©placements et les habitudes de migration des oiseaux individuels et permettent d'accroĂźtre trĂšs rapidement notre comprĂ©hension des dĂ©placements des oiseaux Ă  l'Ă©chelle mondiale. Est-ce que les colliers ou d'autres marqueurs blessent ou gĂȘnent l'oiseau? Dans le cadre de leurs travaux pour Ă©tudier et marquer les oiseaux, les chercheurs doivent dĂ©montrer que les objectifs et les mĂ©thodes de leur projet sont justifiĂ©s. Ils peuvent seulement marquer les oiseaux une fois que leur proposition de recherche scientifique a Ă©tĂ© approuvĂ©e et qu'un permis a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© par le Bureau de baguage d'oiseaux. Tous les projets comprenant des marqueurs autres que des bagues colorĂ©es doivent rĂ©pondre aux normes Ă©thiques et scientifiques canadiennes et ĂȘtre approuvĂ©s par un comitĂ© de protection des animaux. Lorsqu'ils placent tout type de marqueur sur les oiseaux, les chercheurs doivent respecter des protocoles rigoureux qui ont Ă©tĂ© mis Ă  l'essai et rĂ©visĂ©s au fil des ans afin de rĂ©duire toute gĂȘne ou tout danger potentiel pour les oiseaux. Photo © Rick Ruppenthal, 2015. Hirondelles noires Jusqu'oĂč est-ce que les oiseaux migrent? Beaucoup d'oiseaux canadiens migrent vers le sud des États-Unis pour l'hiver, tandis que certains se rendent jusqu'en AmĂ©rique centrale et en AmĂ©rique du Sud ou encore traversent l'ocĂ©an pour se rendre en Russie, en Europe, en Asie ou en Afrique. Pour des renseignements prĂ©cis sur les espĂšces et des cartes des routes migratoires, veuillez consulter l'Atlas des oiseaux baguĂ©s ou repris au Canada. Combien de temps peut vivre un oiseau? Quel est l’oiseau le plus vieux Ă  avoir Ă©tĂ© baguĂ©? Le programme nord-amĂ©ricain de baguage d’oiseaux fait le suivi et publie les enregistrements de longĂ©vitĂ© pour chaque espĂšce d’oiseau provenant de l’AmĂ©rique du Nord. Vous pouvez trouver cette liste sur le site web en anglais seulement de l’USGS Bird Banding Laboratory. Par exemple, le record pour le plus vieu colibri Ă  gorge rubis Archilochus colubris est 9 ans, le pic mineur Picoides pubescens est 11 ans et 11 mois, le merle d’AmĂ©rique Turdus migratorius est 13 ans et 11 mois, le canard colvert est 27 ans et 7 mois, le grand-duc d’AmĂ©rique Bubo virginianus est 28 ans et la tourterelle triste Zenaida macroura est 30 ans et 4 mois! Comment puis-je obtenir un permis de baguage d'oiseaux Ă  l'extĂ©rieur de l'AmĂ©rique du Nord? Le Bureau de baguage d'oiseaux peut Ă©mettre des lettres d'entente aux canadiens leur permettant d'utiliser des bagues fĂ©dĂ©rales nord-amĂ©ricaines sur les oiseaux migrateurs nord-amĂ©ricains se trouvant Ă  l'extĂ©rieur de l'AmĂ©rique du Nord. Les demandeurs doivent avoir obtenu toutes les approbations et tous les permis exigĂ©s par le pays hĂŽte. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec le Bureau de baguage d'oiseaux et le pays hĂŽte. Tous droits rĂ©servĂ©s LES TROPHÉES PAR JOSÉ-MARIA DE HEREDIA PARIS ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR 23-31, PASSAGE CHOISEUL, 23-31 M DCCC XCIII MANIBVS CARISSIMAE ET AMANTISSIMAE MATRIS FILIVS MEMOR J. M. H. À LECONTE DE LISLE. C’est Ă  vous, cher et illustre ami, que j’aurais dĂ©diĂ© ces TrophĂ©es, si le respect d’une mĂ©moire sacrĂ©e qui, je le sais, vous est chĂšre aussi, ne m’eĂ»t interdit d’inscrire un nom, si glorieux soit-il, au frontispice de ce livre. Un Ă  un, vous les avez vus naĂźtre, ces poĂšmes. Ils sont comme des chaĂźnons qui nous rattachent au temps dĂ©jĂ  lointain oĂč vous enseigniez aux jeunes poĂštes, avec les rĂšgles et les subtils secret de notre art, l’amour de la poĂ©sie pure et du pur langage français. Je vous suis plus redevable que tout autre vous m’avez jugĂ© digne de l’honneur de votre amitiĂ©. J’ai pu, au cours d’une longue intimitĂ©, comprendre mieux l’excellence de vos prĂ©ceptes et de vos conseils, toute la beautĂ© de votre exemple. Et mon titre le plus sĂ»r Ă  quelque gloire, sera d’avoir Ă©tĂ© votre Ă©lĂšve bien aimĂ©e. C’est pour vous complaire que je recueille mes vers Ă©pars. Vous m’avez assurĂ© que ce livre, bien qu’en partie inachevĂ©, garderait nĂ©anmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble ordonnance que j’avais rĂȘvĂ©e. Tel qu’il est, je vous l’offre, non sans regret de n’avoir pu mieux faire, mais avec la conscience d’avoir fait de mon mieux. Recevez-le, cher et illustre ami, en tĂ©moignage de mon affectueuse gratitude, et comme il serait malsĂ©ant de clore sans le vƓu traditionnel une Ă©pĂźtre liminaire, quelque brĂšve qu’elle soit, permettez que je vous souhaite, Ă  vous et Ă  tous ceux qui feuilleteront ces pages, de prendre Ă  lire mes poĂšmes autant de plaisir que j’en eus Ă  les composer. JOSÉ-MARIA DE HEREDIA L’OUBLI Le temple est en ruine au haut du promontoire. Et la Mort a mĂȘlĂ©, dans ce fauve terrain, Les DĂ©esses de marbre et les HĂ©ros d’airain Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire. Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire, De sa conque oĂč soupire un antique refrain Emplissant le ciel calme et l’horizon marin, Sur l’azur infini dresse sa forme noire. La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux, Fait Ă  chaque printemps, vainement Ă©loquente. Au chapiteau brisĂ© verdir une autre acanthe ; Mais l’Homme indiffĂ©rent au rĂȘve des aĂŻeux Écoute sans frĂ©mir, du fond des nuits sereines, La Mer qui se lamente en pleurant les SirĂšnes. HERCULE ET LES CENTAURES NÉMÉE Depuis que le Dompteur entra dans la forĂȘt En suivant sur le sol la formidable empreinte, Seul, un rugissement a trahi leur Ă©treinte. Tout s’est tu. Le soleil s’abĂźme et disparaĂźt. À travers le hallier, la ronce et le guĂ©ret, Le pĂątre Ă©pouvantĂ© qui s’enfuit vers Tirynthe, Se tourne, et voit d’un Ɠil Ă©largi par la crainte Surgir au bord des bois le grand fauve en arrĂȘt. Il s’écrie. Il a vu la terreur de NĂ©mĂ©e Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armĂ©e, Et la criniĂšre Ă©parse et les sinistres crocs ; Car l’ombre grandissante avec le crĂ©puscule Fait, sous l’horrible peau qui flotte autour d’Hercule, MĂȘlant l’homme Ă  la bĂȘte, un monstrueux hĂ©ros. STYMPHALE Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux, De la berge fangeuse oĂč le HĂ©ros dĂ©vale, S’envolĂšrent, ainsi qu’une brusque rafale, Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux. D’autres, d’un vol plus bas croisant leurs noirs rĂ©seaux, FrĂŽlaient le front baisĂ© par les lĂšvres d’Omphale, Quand, ajustant au nerf la flĂšche triomphale, L’Archer superbe fit un pas dans les roseaux. Et dĂšs lors, du nuage effarouchĂ© qu’il crible. Avec des cris stridents plut une pluie horrible Que l’éclair meurtrier rayait de traits de feu. Enfin, le Soleil vit, Ă  travers ces nuĂ©es OĂč son arc avait fait d’éclatantes trouĂ©es, Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu. NESSUS Du temps que je vivais Ă  mes frĂšres pareil Et comme eux ignorant d’un sort meilleur ou pire, Les monts Thessaliens Ă©taient mon vague empire Et leurs torrents glacĂ©s lavaient mon poil vermeil. Tel j’ai grandi, beau, libre, heureux, sous le soleil ; Seule, Ă©parse dans l’air que ma narine aspire, La chaleureuse odeur des cavales d’Épire InquiĂ©tait parfois ma course ou mon sommeil. Mais depuis que j’ai vu l’Épouse triomphale Sourire entre les bras de l’Archer de Stymphale, Le dĂ©sir me harcĂšle et hĂ©risse mes crins ; Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme ! A mĂȘlĂ© dans le sang enfiĂ©vrĂ© de mes reins Au rut de l’étalon l’amour qui dompte l’homme. LA CENTAURESSE Jadis, Ă  travers bois, rocs, torrents et vallons Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre ; Sur leurs flancs le soleil se jouait avec l’ombre ; Ils mĂȘlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds. L’étĂ© fleurit en vain l’herbe. Nous la foulons Seules. L’antre est dĂ©sert que la broussaille encombre ; Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre, À frĂ©mir Ă  l’appel lointain des Ă©talons. Car la race de jour en jour diminuĂ©e Des fils prodigieux qu’engendra la NuĂ©e, Nous dĂ©laisse et poursuit la Femme Ă©perdument. C’est que leur amour mĂȘme aux brutes nous ravale ; Le cri qu’il nous arrache est un hennissement. Et leur dĂ©sir en nous n’étreint que la cavale. CENTAURES ET LAPITHES La foule nuptiale au festin s’est ruĂ©e, Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux ; Et la chair hĂ©roĂŻque, au reflet des flambeaux, Se mĂȘle au poil ardent des fils de la NuĂ©e. Rires, tumulte
 Un cri !
 L’Épouse polluĂ©e Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux Se dĂ©bat, et l’airain sonne au choc des sabots Et la table s’écroule Ă  travers la huĂ©e. Alors celui pour qui le plus grand est un nain, Se lĂšve. Sur son crĂąne, un mufle lĂ©onin Se fronce, hĂ©rissĂ© de crins d’or. C’est Hercule. Et d’un bout de la salle immense Ă  l’autre bout, DomptĂ© par l’Ɠil terrible oĂč la colĂšre bout, Le troupeau monstrueux en renĂąclant recule. FUITE DE CENTAURES Ils fuient, ivres de meurtre et de rĂ©bellion, Vers le mont escarpĂ© qui garde leur retraite ; La peur les prĂ©cipite, ils sentent la mort prĂȘte Et flairent dans la nuit une odeur de lion. Ils franchissent, foulant l’hydre et le stellion, Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrĂȘte ; Et dĂ©jĂ , sur le ciel, se dresse au loin la crĂȘte De l’Ossa, de l’Olympe ou du noir PĂ©lion. Parfois, l’un des fuyards de la farouche harde Se cabre brusquement, se retourne, regarde. Et rejoint d’un seul bond le fraternel bĂ©tail ; Car il a vu la lune Ă©blouissante et pleine Allonger derriĂšre eux, suprĂȘme Ă©pouvantail, La gigantesque horreur de l’ombre HerculĂ©enne. LA NAISSANCE D’APHRODITÉ Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes OĂč roulaient sans mesure et l’Espace et le Temps ; Puis Gaia, favorable Ă  ses fils les Titans, Leur prĂȘta son grand sein aux mamelles fĂ©condes. Ils tombĂšrent. Le Styx les couvrit de ses ondes. Et jamais, sous l’éther foudroyĂ©, le Printemps N’avait fait resplendir les soleils Ă©clatants, Ni l’ÉtĂ© gĂ©nĂ©reux mĂ»ri les moissons blondes. Farouches, ignorants des rires et des jeux, Les Immortels siĂ©geaient sur l’Olympe neigeux. Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosĂ©e ; L’OcĂ©an s’entr’ouvrit, et dans sa nuditĂ© Radieuse, Ă©mergeant de l’écume embrasĂ©e, Dans le sang d’Ouranos fleurit AphroditĂ©. JASON ET MÉDÉE À Gustave Moreau. En un calme enchantĂ©, sous l’ample frondaison De la forĂȘt, berceau des antiques alarmes, Une aube merveilleuse avivait de ses larmes, Autour d’eux, une Ă©trange et riche floraison. Par l’air magique oĂč flotte un parfum de poison, Sa parole semait la puissances des charmes ; Le HĂ©ros la suivait et sur ses belles armes Secouait les Ă©clairs de l’illustre Toison. Illuminant les bois d’un vol de pierreries, De grands oiseaux passaient sous les voĂ»tes fleuries, Et dans les lacs d’argents pleuvait l’azur des cieux. L’Amour leur souriait, mais la fatale Épouse Emportait avec elle et sa fureur jalouse Et les philtres d’Asie et son pĂšre et les Dieux. LE THERMODON Vers ThĂ©miscyre en feu qui tout le jour trembla Des clameurs et du choc de la cavalerie, Dans l’ombre, morne et lent, le Thermodon charrie Cadavres, armes, chars que la mort y roula. OĂč sont PhƓbĂ©, MarpĂ©, Philippis, Aella, Qui, suivant Hippolyte et l’ardente AstĂ©rie, MenĂšrent l’escadron royal Ă  la tuerie ? Leurs corps dĂ©chevelĂ©s et blĂȘmes gisent lĂ . Telle une floraison de lys gĂ©ants fauchĂ©e, La rive est aux deux bords de guerriĂšres jonchĂ©e, OĂč, parfois, se dĂ©bat et hennit un cheval ; Et l’Euxin vit, Ă  l’aube, aux plus lointaines berges Du fleuve ensanglantĂ© d’amont jusqu’en aval, Fuir des Ă©talons blancs rouges du sangs des Vierges. ARTÉMIS ET LES NYMPHES ARTÉMIS L’ñcre senteur des bois montant de toutes parts, Chasseresse, a gonflĂ© ta narine Ă©largie, Et dans ta virginale et virile Ă©nergie, Rejetant tes cheveux en arriĂšre, tu pars ! Et du rugissement des rauques lĂ©opards Jusqu’à la nuit tu fais retentir Ortygie, Et bondis Ă  travers la haletante orgie Des grands chiens Ă©ventrĂ©s sur l’herbe rouge Ă©pars. Et, bien plus, il te plaĂźt, DĂ©esse, que la ronce Te morde et que la dent ou la griffe s’enfonce Dans tes bras glorieux que le fer a vengĂ©s ; Car ton cƓur veut goĂ»ter cette douceur cruelle De mĂȘler, en tes jeux, une pourpre immortelle Au sang horrible et noir des monstres Ă©gorgĂ©s. LA CHASSE Le quadrige, au galop de ses Ă©talons blancs, Monte au faĂźte du ciel, et les chaudes haleines Ont fait onduler l’or bariolĂ© des plaines. La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs. La forĂȘt masse en vain ses feuillages plus lents ; La Soleil, Ă  travers les cimes incertaines Et l’ombre oĂč rit le timbre argentin des fontaines, Se glisse, darde et luit en jeux Ă©tincelants. C’est l’heure flamboyante oĂč, par la ronce et l’herbe, Bondissant au milieu des molosses, superbe, Dans les clameurs de mort, le sang et les abois, Faisant voler les traits de la corde tendue, Les cheveux dĂ©nouĂ©s, haletante, Ă©perdue, Invincible, ArtĂ©mis Ă©pouvante les bois. NYMPHÉE Le quadrige cĂ©leste Ă  l’horizon descend, Et, voyant fuir sous lui l’occidentale arĂšne, Le Dieu retient en vain de la quadruple rĂȘne Ses Ă©talons cabrĂ©s dans l’or incandescent. Le char plonge. La mer, de son soupir puissant, Emplit le ciel sonore oĂč la pourpre se traĂźne, Et, plus clair en l’azur noir de la nuit sereine, Silencieusement s’argente le Croissant. Voici l’heure oĂč la Nymphe, au bord des sources fraĂźches, Jette l’arc dĂ©tendu prĂšs du carquois sans flĂšches. Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux La lune tiĂšde luit sur la nocturne danse, Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence, Rit de voir son haleine animer les roseaux. PAN À travers les halliers, par les chemins secrets Qui se perdent au fond des vertes avenues, Le ChĂšvre-pied, divin chasseur de Nymphes nues, Se glisse, l’Ɠil ardent, sous les hautes forĂȘts. Il est doux d’écouter les soupirs, les bruits frais Qui montent Ă  midi des sources inconnues Quand le Soleil, vainqueur Ă©tincelant des nues, Dans la mouvante nuit darde l’or de ses traits. Une Nymphe s’égare et s’arrĂȘte. Elle Ă©coute Les larmes du matin qui pleuvent goutte Ă  goutte Sur la mousse. L’ivresse emplit son jeune cƓur. Mais, d’un seul bond, le Dieu du noir taillis s’élance, La saisit, frappe l’air de son rire moqueur, DisparaĂźt
 Et les bois retombent au silence. LE BAIN DES NYMPHES C’est un vallon sauvage abritĂ© de l’Euxin ; Au-dessus de la source un noir laurier se penche, Et la Nymphe, riant, suspendue Ă  la branche, FrĂŽle d’un pied craintif l’eau froide du bassin. Ses compagnes, d’un bond, Ă  l’appel du buccin, Dans l’onde jaillissante oĂč s’ébat leur chair blanche, Plongent, et de l’écume Ă©mergent une hanche, De clairs cheveux, un torse ou la rose d’un sein. Une gaĂźtĂ© divine emplit le grand bois sombre. Mais deux yeux, brusquement, ont illuminĂ© l’ombre. Le Satyre !
 Son rire Ă©pouvante leurs jeux ; Elle s’élancent. Tel, lorsqu’un corbeau sinistre Croasse, sur le fleuve Ă©perdument neigeux S’effarouche le vol des cygnes du CaĂżstre. LE VASE L’ivoire est ciselĂ© d’une main fine et telle Que l’on voit les forĂȘts de Colchide et Jason Et MĂ©dĂ©e aux grands yeux magiques. La Toison Repose, Ă©tincelante, au sommet d’une stĂšle. AuprĂšs d’eux est couchĂ© le Nil, source immortelle Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison, Les Bacchantes, d’un pampre Ă  l’ample frondaison Enguirlandent le joug des taureaux qu’on dĂ©telle. Au-dessous, c’est un choc hurlant de cavaliers ; Puis les hĂ©ros rentrant morts sur leurs boucliers Et les vieillards plaintifs et les larmes des mĂšres. Enfin, en forme d’anse arrondissant leurs flancs, Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs, Dans le vase sans fond s’abreuvent des ChimĂšres. ARIANE Au choc clair et vibrant des cymbales d’airain, Nue, allongĂ©e au dos d’un grand tigre, la Reine Regarde, avec l’Orgie immense qu’il entraĂźne, Iacchos s’avancer sur le sable marin. Et le monstre royal, ployant son large rein, Sous le poids adorĂ© foule la blonde arĂšne, Et, frĂŽlĂ© par la main d’oĂč pend l’errante rĂȘne, En rugissant d’amour mord les fleurs de son frein. Laissant sa chevelure Ă  son flanc qui se cambre Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d’ambre, L’Épouse n’entend pas le sourd rugissement ; Et sa bouche Ă©perdue, ivre enfin d’ambroisie, Oubliant ses longs cris vers l’infidĂšle amant, Rit au baiser prochain du Dompteur de l’Asie. BACCHANALE Une brusque clameur Ă©pouvante le Gange. Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants, Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs Ă©lans Les Bacchantes en fuite Ă©crasent la vendange. Et le pampre que l’ongle ou la morsure effrange Rougit d’un noir raisin les gorges et les flancs OĂč prĂšs des reins rayĂ©s luisent des ventres blancs De lĂ©opards roulĂ©s dans la pourpre et la fange. Sur les corps convulsifs les fauves Ă©blouis, Avec des grondements que prolonge un long rĂąle, Flairent un sang plus rouge Ă  travers l’or du hĂąle ; Mais le Dieu, s’enivrant Ă  ces jeux inouĂŻs, Par le thyrse et les cris les exaspĂšre et mĂȘle Au mĂąle rugissant la hurlante femelle. LE RÉVEIL D’UN DIEU La chevelure Ă©parse et la gorge meurtrie, Irritant par les pleurs l’ivresse de leurs sens, Les femmes de Byblos, en lugubres accents, MĂšnent la funĂ©raire et lente thĂ©orie. Car sur le lit jonchĂ© d’anĂ©mone fleurie OĂč la Mort avait clos ses longs yeux languissants, Repose, parfumĂ© d’aromate et d’encens, Le jeune homme adorĂ© des vierges de Syrie. Jusqu’à l’aurore ainsi le chƓur s’est lamentĂ©, Mais voici qu’il s’éveille Ă  l’appel d’AstartĂ©, L’Époux mystĂ©rieux que le cinname arrose. Il est ressuscitĂ©, l’antique adolescent ! Et le ciel tout en fleur semble une immense rose Qu’un Adonis cĂ©leste a teinte de son sang. LA MAGICIENNE En tous lieux, mĂȘme au pied des autels que j’embrasse, Je la vois qui m’appelle et m’ouvre ses bras blancs. Ô pĂšre vĂ©nĂ©rable, ĂŽ mĂšre dont les flancs M’ont portĂ©, suis-je nĂ© d’une exĂ©crable race ? L’Eumolpide vengeur n’a point dans Samothrace SecouĂ© vers le seuil les longs manteaux sanglants, Et, malgrĂ© moi, je fuis, le cƓur las, les pieds lents ; J’entends les chiens sacrĂ©s qui hurlent sur ma trace. Partout je sens, j’aspire, Ă  moi-mĂȘme odieux, Les noirs enchantements et les sinistres charmes Dont m’enveloppe encor la colĂšre des Dieux ; Car les grands Dieux ont fait d’irrĂ©sistibles armes De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux, Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes. SPHINX Au flanc du CithĂ©ron, sous la ronce enfoui, Le roc s’ouvre, repaire oĂč resplendit au centre Par l’éclat des yeux d’or, de la gorge et du ventre, La Vierge aux ailes d’aigle et dont nul n’a joui. Et l’Homme s’arrĂȘta sur le seuil, Ă©bloui. — Quelle est l’ombre qui rend plus sombre encor mon antre ? — L’Amour. — Es-tu le Dieu ? — Je suis le HĂ©ros. — Entre ; Mais tu cherches la mort. L’oses-tu braver ? — Oui. BellĂ©rophon dompta la ChimĂšre farouche. — N’approche pas. — Ma lĂšvre a fait frĂ©mir ta bouche
 — Viens donc ! Entre mes bras tes os vont se briser ; Mes ongles dans ta chair
 — Qu’importe le supplice, Si j’ai conquis la gloire et ravi le baiser ? — Tu triomphes en vain, car tu meurs. — Ô dĂ©lice !
 MARSYAS Les pins du bois natal que charmait ton haleine N’ont pas brĂ»lĂ© ta chair, ĂŽ malheureux ! Tes os Sont dissous, et ton sang s’écoule avec les eaux Que les monts de Phrygie Ă©panchent vers la plaine. Le jaloux CitharĂšde, orgueil du ciel hellĂšne, De son plectre de fer a brisĂ© tes roseaux Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux ; Il ne reste plus rien du chanteur de CĂ©lĂšne. Rien qu’un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l’if Auquel on l’a liĂ© pour l’écorcher tout vif. Ô Dieu cruel ! Ô cris ! Voix lamentable et tendre ! Non, vous n’entendrez plus, sous un doigt trop savant, La flĂ»te soupirer aux rives du MĂ©andre
 Car la peau du Satyre est le jouet du vent. PERSÉE ET ANDROMÈDE ANDROMÈDE AU MONSTRE La Vierge CĂ©phĂ©enne, hĂ©las ! encor vivante, LiĂ©e, Ă©chevelĂ©e, au roc des noirs Ăźlots, Se lamente en tordant avec de vains sanglots Sa chair royale oĂč court un frisson d’épouvante. L’OcĂ©an monstrueux que la tempĂȘte Ă©vente Crache Ă  ses pieds glacĂ©s l’ñcre bave des flots, Et partout elle voit, Ă  travers ses cils clos, BĂąiller la gueule glauque, innombrable et mouvante. Tel qu’un Ă©clat de foudre en un ciel sans Ă©clair, Tout Ă  coup, retentit un hennissement clair. Ses yeux s’ouvrent. L’horreur les emplit, et l’extase ; Car elle a vu, d’un vol vertigineux et sĂ»r, Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, PĂ©gase Allonger sur la mer sa grande ombre d’azur. PERSÉE ET ANDROMÈDE Au milieu de l’écume arrĂȘtant son essor, Le Cavalier vainqueur du monstre et de MĂ©duse, Ruisselant d’une bave horrible oĂč le sang fuse, Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d’or. Sur l’étalon divin, frĂšre de Chrysaor, Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse, Il a posĂ© l’Amante Ă©perdue et confuse Qui lui rit et l’étreint et qui sanglote encor. Il l’embrasse. La houle enveloppe leur groupe. Elle, d’un faible effort, ramĂšne sur la croupe Ses beaux pieds qu’en fuyant baise un flot vagabond ; Mais PĂ©gase irritĂ© par le fouet de la lame, À l’appel du HĂ©ros s’enlevant d’un seul bond, Bat le ciel Ă©bloui de ses ailes de flamme. LE RAVISSEMENT D’ANDROMÈDE D’un vol silencieux, le grand Cheval ailĂ© Soufflant de ses naseaux Ă©largis l’air qui fume, Les emporte avec un frĂ©missement de plume À travers la nuit bleue et l’éther Ă©toilĂ©. Ils vont. L’Afrique plonge au gouffre flagellĂ©, Puis l’Asie
 un dĂ©sert
 le Liban ceint de brume
 Et voici qu’apparaĂźt, toute blanche d’écume, La mer mystĂ©rieuse oĂč vint sombrer HellĂ©. Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles Les ailes qui, volant d’étoiles en Ă©toiles, Aux amants enlacĂ©s font un tiĂšde berceau ; Tandis que, l’Ɠil au ciel oĂč palpite leur ombre, Ils voient, irradiant du BĂ©lier au Verseau, Leurs Constellations poindre dans l’azur sombre. ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES LE CHEVRIER O berger, ne suis pas dans cet Ăąpre ravin Les bonds capricieux de ce bouc indocile ; Aux pentes du MĂ©nale, oĂč l’étĂ© nous exile, La nuit monte trop vite et ton espoir est vain. Restons ici, veux-tu ? J’ai des figues, du vin. Nous attendrons le jour en ce sauvage asile. Mais parle bas. Les Dieux sont partout, ĂŽ Mnasyle ! HĂ©cate nous regarde avec son Ɠil divin. Ce trou d’ombre lĂ -bas est l’antre oĂč se retire Le DĂ©mon familier des hauts lieux, le Satyre ; Peut-ĂȘtre il sortira, si nous ne l’effrayons. Entends-tu le pipeau qui chante sur ses lĂšvres ? C’est lui ! Sa double corne accroche les rayons, Et, vois, au clair de lune il fait danser mes chĂšvres ! LES BERGERS Viens. Le sentier s’enfonce aux gorges du CyllĂšne. Voici l’antre et la source, et c’est lĂ  qu’il se plaĂźt À dormir sur un lit d’herbe et de serpolet À l’ombre du grand pin oĂč chante son haleine. Attache Ă  ce vieux tronc moussu la brebis pleine. Sais-tu qu’avant un mois, avec son agnelet, Elle lui donnera des fromages, du lait ? Les Nymphes fileront un manteau de sa laine. Sois-nous propice, Pan ! ĂŽ ChĂšvre-pied, gardien Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien, Je t’invoque
 Il entend ! J’ai vu tressaillir l’arbre. Partons. Le soleil plonge au couchant radieux. Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre, Si d’un cƓur simple et pur l’offrande est faite aux Dieux. ÉPIGRAMME VOTIVE Au rude ArĂšs ! À la belliqueuse Discorde ! Aide-moi, je suis vieux, Ă  suspendre au pilier Mes glaives Ă©brĂ©chĂ©s et mon lourd bouclier, Et ce casque rompu qu’un crin sanglant dĂ©borde. Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde Le chanvre autour du bois ? — c’est un dur nĂ©flier Que nul autre jamais n’a su faire plier — Ou que d’un bras tremblant je tende encor la corde ? Prends aussi le carquois. Ton Ɠil semble chercher En leur gaine de cuir les armes de l’archer, Les flĂšches que le vent des batailles disperse ; Il est vide. Tu crois que j’ai perdu mes traits ? Au champ de Marathon tu les retrouverais, Car ils y sont restĂ©s dans la gorge du Perse. ÉPIGRAMME FUNÉRAIRE Ici gĂźt, Étranger, la verte sauterelle Que durant deux saisons nourrit la jeune HellĂ©, Et dont l’aile vibrant sous le pied dentelĂ© Bruissait dans le pin, le cytise ou l’airelle. Elle s’est tue, hĂ©las ! la lyre naturelle, La muse des guĂ©rets, des sillons et du blĂ© ; De peur que son lĂ©ger sommeil ne soit troublĂ©, Ah ! passe vite, ami, ne pĂšse point sur elle. C’est lĂ . Blanche, au milieu d’une touffe de thym, Sa pierre funĂ©raire est fraĂźchement posĂ©e. Que d’hommes n’ont pas eu ce suprĂȘme destin ! Des larmes d’un enfant sa tombe est arrosĂ©e, Et l’Aurore pieuse y fait chaque matin Une libation de gouttes de rosĂ©e. LE NAUFRAGÉ Avec la brise en poupe et par un ciel serein, Voyant le Phare fuir Ă  travers la mĂąture, Il est parti d’Égypte au lever de l’Arcture, Fier de sa nef rapide aux flancs doublĂ©s d’airain. Il ne reverra plus le mĂŽle Alexandrin. Dans le sable oĂč pas mĂȘme un chevreau ne pĂąture La tempĂȘte a creusĂ© sa triste sĂ©pulture ; Le vent du large y tord quelque arbuste marin. Au pli le plus profond de la mouvante dune, En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune, Que le navigateur trouve enfin le repos. Ô Terre, ĂŽ Mer, pitiĂ© pour son Ombre anxieuse ! Et sur la rive hellĂšne oĂč sont venus ses os, Soyez-lui, toi, lĂ©gĂšre, et toi, silencieuse. LA PRIÈRE DU MORT ArrĂȘte ! Écoute-moi, voyageur. Si tes pas Te portent vers CypsĂšle et les rives de l’HĂšbre, Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu’il cĂ©lĂšbre Un long deuil pour le fils qu’il ne reverra pas. Ma chair assassinĂ©e a servi de repas Aux loups. Le reste gĂźt en ce hallier funĂšbre. Et l’Ombre errante aux bords que l’ÉrĂšbe entĂ©nĂšbre S’indigne et pleure. Nul n’a vengĂ© mon trĂ©pas. Pars donc. Et si jamais, Ă  l’heure oĂč le jour tombe, Tu rencontres au pied d’un tertre ou d’une tombe Une femme au front blanc que voile un noir lambeau ; Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes ; C’est ma mĂšre, Étranger, qui sur un vain tombeau Embrasse une urne vide et l’emplit de ses larmes. L’ESCLAVE Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets, Esclave — vois, mon corps en a gardĂ© les signes — Je suis nĂ© libre au fond du golfe aux belles lignes OĂč l’Hybla plein de miel mire ses bleus sommets. J’ai quittĂ© l’üle heureuse, hĂ©las !
 Ah ! si jamais Vers Syracuse et les abeilles et les vignes Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes, Cher hĂŽte, informe-toi de celle que j’aimais. Reverrai-je ses yeux de sombre violette, Si purs, sourire au ciel natal qui s’y reflĂšte Sous l’arc victorieux que tend un sourcil noir ? Sois pitoyable ! Pars, va, cherche ClĂ©ariste Et dis-lui que je vis encor pour la revoir. Tu la reconnaĂźtras, car elle est toujours triste. LA PRIÈRE DU MORT Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants, La herse, l’aiguillon et la faulx acĂ©rĂ©e Qui fauchait en un jour les Ă©pis d’une airĂ©e, Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans ; Ces outils familiers, aujourd’hui trop pesants, Le vieux Parmis les voue Ă  l’immortelle RhĂ©e Par qui le germe Ă©clĂŽt sous la terre sacrĂ©e. Pour lui, sa tĂąche est faite ; il a quatre-vingts ans. PrĂšs d’un siĂšcle, au soleil, sans en ĂȘtre plus riche, Il a poussĂ© le coutre au travers de la friche ; Ayant vĂ©cu sans joie, il vieillit sans remords. Mais il est las d’avoir tant peinĂ© sur la glĂšbe Et songe que peut-ĂȘtre il faudra, chez les morts, Labourer des champs d’ombre arrosĂ©s par l’ÉrĂšbe. À HERMÈS CRIOPHORE Pour que le compagnon des NaĂŻades se plaise À rendre la brebis agrĂ©able au bĂ©lier Et qu’il veuille par lui sans fin multiplier L’errant troupeau qui broute aux berges du GalĂšse ; Il faut lui faire fĂȘte et qu’il se sente Ă  l’aise Sous le toit de roseaux du pĂątre hospitalier ; Le sacrifice est doux au DĂ©mon familier Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise. Donc, honorons HermĂšs. Le subtil Immortel PrĂ©fĂšre Ă  la splendeur du temple et de l’autel La main pure immolant la victime impollue. Ami, dressons un tertre aux bornes de ton prĂ© Et qu’un vieux bouc, du sang de sa gorge velue, Fasse l’argile noire et le gazon pourprĂ©. LA JEUNE MORTE Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi L’herbe du tertre oĂč gĂźt ma cendre inconsolĂ©e ; Ne foule point les fleurs de l’humble mausolĂ©e D’oĂč j’écoute ramper le lierre et la fourmi. Tu t’arrĂȘtes ? Un chant de colombe a gĂ©mi. Non ! qu’elle ne soit pas sur ma tombe immolĂ©e ! Si tu veux m’ĂȘtre cher, donne-lui la volĂ©e. La vie est si douce, ah ! laisse-la vivre, ami. Le sais-tu ? Sous le myrte enguirlandant la porte, Épouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte, Si proche et dĂ©jĂ  loin de celui que j’aimais. Mes yeux se sont fermĂ©s Ă  la lumiĂšre heureuse, Et maintenant j’habite, hĂ©las ! et pour jamais, L’inexorable ÉrĂšbe et la Nuit TĂ©nĂ©breuse. REGILLA Passant, ce marbre couvre Annia Regilla Du sang de GanymĂšde et d’Aphrodite nĂ©e. Le noble HĂ©rode aima cette fille d’ÉnĂ©e. Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la. Car l’Ombre dont le corps dĂ©licieux gĂźt lĂ , Chez le prince infernal de l’üle FortunĂ©e Compte les jours, les mois et la si longue annĂ©e Depuis que loin des siens la Parque l’exila. HantĂ© du souvenir de sa forme charmante, L’Époux dĂ©sespĂ©rĂ© se lamente et tourmente La pourpre sans sommeil du lit d’ivoire et d’or. Il tarde. Il ne vient pas. Et l’ñme de l’Amante, Anxieuse, espĂ©rant qu’il vienne, vole encor Autour du sceptre noir que lĂšve Rhadamanthe. LE COUREUR Tel que Delphes l’a vu quand, Thymos le suivant, Il volait par le stade aux clameurs de la foule, Tel Ladas court encor sur le socle qu’il foule D’un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent. Le bras tendu, l’Ɠil fixe et le torse en avant, Une sueur d’airain Ă  son front perle et coule ; On dirait que l’athlĂšte a jailli hors du moule, Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant. Il palpite, il frĂ©mit d’espĂ©rance et de fiĂšvre, Son flanc halĂšte, l’air qu’il fend manque Ă  sa lĂšvre Et l’effort fait saillir ses muscles de mĂ©tal ; L’irrĂ©sistible Ă©lan de la course l’entraĂźne Et passant par-dessus son propre piĂ©destal, Vers la palme et le but il va fuir dans l’arĂšne. LE COCHER Étranger, celui qui, debout au timon d’or, MaĂźtrise d’une main par leur quadruple rĂȘne Ses chevaux noirs et tient de l’autre un fouet de frĂȘne, Guide un quadrige mieux que le hĂ©ros Castor. Issu d’un pĂšre illustre et plus illustre encor
 Mais vers la borne rouge oĂč la course l’entraĂźne, Il part, semant dĂ©jĂ  ses rivaux sur l’arĂšne, Le Libyen hardi cher Ă  l’Autocrator. Dans le cirque Ă©bloui, vers le but et la palme, Sept fois, triomphateur vertigineux et calme, Il a tournĂ©. Salut, fils de Calchas le Bleu ! Et tu vas voir, si l’Ɠil d’un mortel peut suffire À cette apothĂ©ose oĂč fuit un char de feu, La Victoire voler pour rejoindre Porphyre. SUR L’OTHRYS L’air fraĂźchit. Le soleil plonge au ciel radieux. Le bĂ©tail ne craint plus le taon ni le bupreste. Aux pentes de l’Othrys l’ombre est plus longue. Reste, Reste avec moi, cher hĂŽte envoyĂ© par les Dieux. Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux Contempleront du seuil de ma cabane agreste, Des cimes de l’Olympe aux neiges du Thymphreste, La riche Thessalie et les monts glorieux. Vois la mer et l’EubĂ©e et, rouge au crĂ©puscule, Le Callidrome sombre et l’ƒta, dont Hercule Fit son bĂ»cher suprĂȘme et son premier autel ; Et lĂ -bas, Ă  travers la lumineuse gaze, Le Parnasse oĂč, le soir, las d’un vol immortel, Se pose, et d’oĂč s’envole, Ă  l’aurore, PĂ©gase ! ROMEET LES BARBARES POUR LE VAISSEAU DE VIRGILE Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger, Dioscures brillants, divins frĂšres d’HĂ©lĂšne, Le poĂšte latin qui veut, au ciel hellĂšne, Voir les Cyclades d’or de l’azur Ă©merger. Que des souffles de l’air, de tous le plus lĂ©ger, Que le doux lapyx, redoublant son haleine, D’une brise embaumĂ©e enfle la voile pleine Et pousse le navire au rivage Ă©tranger. À travers l’Archipel oĂč le dauphin se joue, Guidez heureusement le chanteur de Mantoue ; PrĂȘtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon. La moitiĂ© de mon Ăąme est dans la nef fragile Qui, sur la mer sacrĂ©e oĂč chantait Arion, Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile. VILLULA Oui, c’est au vieux Gallus qu’appartient l’hĂ©ritage Que tu vois au penchant du coteau cisalpin ; La maison tout entiĂšre est Ă  l’abri d’un pin Et le chaume du toit couvre Ă  peine un Ă©tage. Il suffit pour qu’un hĂŽte avec lui le partage. Il a sa vigne, un four Ă  cuire plus d’un pain, Et dans son potager foisonne le lupin. C’est peu ? Gallus n’a pas dĂ©sirĂ© davantage. Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers, Et de l’ombre, l’étĂ©, sous les feuillages verts ; À l’automne on y prend quelque grive au passage. C’est lĂ  que, satisfait de son destin bornĂ©, Gallus finit de vivre oĂč jadis il est nĂ©. Va, tu sais Ă  prĂ©sent que Gallus est un sage. LA FLÛTE Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons. Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fiĂšvre, Ô chevrier, le son d’un pipeau sur la lĂšvre Qu’accompagne un bruit frais de source entre les joncs. À l’ombre du platane oĂč nous nous allongeons L’herbe est plus molle. Laisse, ami, l’errante chĂšvre, Sourde aux chevrotements du chevreau qu’elle sĂšvre, Escalader la roche et brouter les bourgeons. Ma flĂ»te, faite avec sept tiges de ciguĂ« InĂ©gales que joint un peu de cire, aiguĂ« Ou grave, pleure, chante ou gĂ©mit Ă  mon grĂ©. Viens. Nous t’enseignerons l’art divin du SilĂšne, Et tes soupirs d’amour, de ce tuyau sacrĂ©, S’envoleront parmi l’harmonieuse haleine. À SEXTIUS Le ciel est clair. La barque a glissĂ© sur les sables. Les vergers sont fleuris et le givre argentin N’irise plus les prĂ©s au soleil du matin. Les bƓufs et le bouvier dĂ©sertent les Ă©tables. Tout tenait. Mais la Mort et ses funĂšbres fables Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain OĂč les dĂ©s renversĂ©s en un libre festin Ne t’assigneront plus la royautĂ© des tables. La vie, ĂŽ Sextius, est brĂšve. HĂątons-nous De vivre. DĂ©jĂ  l’ñge a rompu nos genoux. Il n’est pas de printemps au froid pays des Ombres. Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison D’immoler Ă  Faunus, en ses retraites sombres, Un bouc noir ou l’agnelle Ă  la blanche toison. HORTORUM DEUS À Paul ArĂšne. I Olim truncus eram N’approche pas ! Va-t’en ! Passe au large, Étranger ! Insidieux pillard, tu voudrais, j’imagine, DĂ©rober les raisins, l’olive ou l’aubergine Que le soleil mĂ»rit Ă  l’ombre du verger ? J’y veille. À coups de serpe, autrefois, un berger M’a taillĂ© dans le tronc d’un dur figuier d’Égine ; Ris du sculpteur, Passant, mais songe Ă  l’origine De Priape, et qu’il peut rudement se venger. Jadis, cher aux marins, sur un bec de galĂšre Je me dressais, vermeil, joyeux de la colĂšre Écumante ou du rire Ă©blouissant des flots ; À prĂ©sent, vil gardien de fruits et de salades, Contre les maraudeurs je dĂ©fends cet enclos... Et je ne verrai plus les riantes Cyclades. II Hujus nam domini colunt me Deumque salutant. Respecte, ĂŽ Voyageur, si tu crains ma colĂšre, Cet humble toit de joncs tressĂ©s et de glaĂŻeul. LĂ , parmi ses enfants, vit un robuste aĂŻeul ; C’est le maĂźtre du clos et de la source claire. Et c’est lui qui planta droit au milieu de l’aire Mon emblĂšme Ă©quarri dans un cƓur de tilleul ; Il n’a point d’autres Dieux, aussi je garde seul Le verger qu’il cultive et fleurit pour me plaire. Ce sont de pauvres gens, rustiques et dĂ©vots. Par eux, la violette et les sombres pavots Ornent ma gaine avec les verts Ă©pis de l’orge ; Et toujours, deux fois l’an, l’agreste autel a bu, Sous le couteau sacrĂ© du colon qui l’égorge, Le sang d’un jeune bouc impudique et barbu. III Ecce villicus Venit
 CATULLE. HolĂ , maudits enfants ! Gare au piĂšge, Ă  la trappe, Au chien ! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu, Qu’on vienne, sous couleur d’y quĂ©rir un caĂŻeu D’ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe. D’ailleurs, lĂ -bas, du fond des chaumes qu’il Ă©trape, Le colon vous Ă©pie, et, s’il vient, par mon pieu ! Vos reins sauront alors tout ce que pĂšse un Dieu De bois dur emmanchĂ© d’un bras d’homme qui frappe. Vite, prenez la sente Ă  gauche, suivez-la Jusqu’au bout de la haie oĂč croĂźt ce hĂȘtre, et lĂ  Profitez de l’avis qu’on vous glisse Ă  l’oreille Un nĂ©gligent Priape habite au clos voisin ; D’ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille OĂč sous l’ombre du pampre a rougi le raisin. IV Mihi corolla picta vere Entre donc. Mes piliers sont fraĂźchement crĂ©pis, Et sous ma treille neuve oĂč le soleil se glisse L’ombre est plus douce. L’air embaume la mĂ©lisse. Avril jonche la terre en fleur d’un frais tapis. Les saisons tour Ă  tour me parent blonds Ă©pis Raisins mĂ»rs, verte olive ou printanier calice Et le lait du matin caille encor sur l’éclisse, Que la chĂšvre me tend la mamelle et le pis. Le maĂźtre de ce clos m’honore. J’en suis digne. Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne Et nul n’est mieux gardĂ© de tout le Champ Romain. Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l’homme, Chaque soir de marchĂ©, fait tinter dans sa main Les deniers d’argent clair qu’il rapporte de Rome. V Rigetque dura barba juncta Poetarum Lusus. Quel froid ! le givre brille aux derniers pampres verts ; Je guette le soleil, car je sais l’heure exacte OĂč l’aurore rougit les neiges du Soracte. Le sort d’un Dieu champĂȘtre est dur. L’homme est pervers. Dans ce clos ruinĂ©, seul, depuis vingt hivers Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte, Mon vermillon s’écaille et mon bois se rĂ©tracte Et se gerce, et j’ai peur d’ĂȘtre piquĂ© des vers. Que ne suis-je un PĂ©nate ou mĂȘme simple Lare Domestique, repeint, repu, toujours hilare, GorgĂ© de miel, de fruits ou ceint des fleurs d’avril ! PrĂšs des aĂŻeux de cire, au fond du vestibule, Je vieillirais et les enfants, au jour viril, À mon col vĂ©nĂ©rĂ© viendraient pendre leur bulle. LE TEPIDARIUM La myrrhe a parfumĂ© leurs membres assouplis ; Elles rĂȘvent, goĂ»tant la tiĂ©deur de dĂ©cembre, Et le brasier de bronze illuminant la chambre Jette la flamme et l’ombre Ă  leurs beaux fronts pĂąlis. Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits, Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d’ambre Ou se soulĂšve Ă  peine ou s’allonge ou se cambre ; Le lin voluptueux dessine de longs plis. Sentant Ă  sa chair nue errer l’ardent effluve, Une femme d’Asie, au milieu de l’étuve, Tord ses bras Ă©nervĂ©s en un ennui serein ; Et le pĂąle troupeau des filles d’Ausonie S’enivre de la riche et sauvage harmonie Des noirs cheveux roulant sur un torse d’airain. TRANQUILLUS C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV. C’est dans ce doux pays qu’a vĂ©cu SuĂ©tone ; Et de l’humble villa voisine de Tibur, Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur, Un arceau ruinĂ© que le pampre festonne. C’est lĂ  qu’il se plaisait Ă  venir, chaque automne, Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d’azur, Vendanger ses ormeaux qu’alourdit le cep mĂ»r. LĂ  sa vie a coulĂ© tranquille et monotone. Au milieu de la paix pastorale, c’est lĂ  Que l’ont hantĂ© NĂ©ron, Claude, Caligula, Messaline rĂŽdant sous la stole pourprĂ©e ; Et que, du fer d’un style Ă  la pointe acĂ©rĂ©e Égratignant la cire impitoyable, il a DĂ©crit les noirs loisirs du vieillard de CaprĂ©e. LUPERCUS M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII. Lupercus, du plus loin qu’il me voit — Cher poĂšte, Ta nouvelle Ă©pigramme est du meilleur latin ; Dis, veux-tu, j’enverrai chez toi demain matin, Me prĂȘter les rouleaux de ton Ɠuvre complĂšte ? — Non. Ton esclave boite, il est vieux, il halĂšte, Mes escaliers sont durs et mon logis lointain ; Ne demeures-tu pas auprĂšs du Palatin ? Atrectus, mon libraire, habite l’ArgilĂšte. Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend Les volumes des morts et celui du vivant, Virgile et Silius, Pline, TĂ©rence ou PhĂšdre ; LĂ , sur l’un des rayons, et non certe aux derniers, PoncĂ©, vĂȘtu de pourpre et dans un nid de cĂšdre, Martial est en vente au prix de cinq deniers. LA TREBBIA L’aube d’un jour sinistre a blanchi les hauteurs. Le camp s’éveille. En bas roule et gronde le fleuve OĂč l’escadron lĂ©ger des Numides s’abreuve. Partout sonne l’appel clair des buccinateurs. Car malgrĂ© Scipion, les augures menteurs, La Trebbia dĂ©bordĂ©e, et qu’il vente et qu’il pleuve, Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve, A fait lever la hache et marcher les licteurs. Rougissant le ciel noir de flamboĂźments lugubres, À l’horizon, brĂ»laient les villages Insubres ; On entendait au loin barrir un Ă©lĂ©phant. Et lĂ -bas, sous le pont, adossĂ© contre une arche, Hannibal Ă©coutait, pensif et triomphant, Le piĂ©tinement sourd des lĂ©gions en marche. APRÈS CANNES Un des consuls tuĂ©, l’autre fuit vers Linterne Ou Venuse. L’Aufide a dĂ©bordĂ©, trop plein De morts et d’armes. La foudre au Capitolin Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne. En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne Et consultĂ© deux fois l’oracle sibyllin ; D’un long sanglot l’aĂŻeul, la veuve, l’orphelin Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne. Et chaque soir la foule allait aux aqueducs, PlĂšbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs Et tout ce que vomit Subure et l’ergastule ; Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil Des monts Sabins oĂč luit l’Ɠil sanglant du soleil, Le Chef borgne montĂ© sur l’élĂ©phant GĂ©tule. À UN TRIOMPHATEUR Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre, Des files de guerriers barbares, de vieux chefs Sous le joug, des tronçons d’armures et de nefs, Et la flotte captive et le rostre et l’aplustre. Quel que tu sois, issu d’Ancus ou nĂ© d’un rustre, Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs, Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs ProfondĂ©ment, de peur que l’avenir te frustre. DĂ©jĂ  le Temps brandit l’arme fatale. As-tu L’espoir d’éterniser le bruit de ta vertu ? Un vil lierre suffit Ă  disjoindre un trophĂ©e ; Et seul, aux blocs Ă©pars des marbres triomphaux OĂč ta gloire en ruine est par l’herbe Ă©touffĂ©e, Quelque faucheur Samnite Ă©brĂ©chera sa faulx. ANTOINE ET CLÉOPÂTRE LE CYDNUS Sous l’azur triomphal, au soleil qui flamboie, La trirĂšme d’argent blanchit le fleuve noir Et son sillage y laisse un parfum d’encensoir Avec des sons de flĂ»te et des frissons de soie. À la proue Ă©clatante oĂč l’épervier s’éploie, Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir, ClĂ©opĂątre debout en la splendeur du soir Semble un grand oiseau d’or qui guette au loin sa proie. Voici Tarse, oĂč l’attend le guerrier dĂ©sarmĂ© ; Et la brune Lagide ouvre dans l’air charmĂ© Ses bras d’ambre oĂč la pourpre a mis des reflets roses ; Et ses yeux n’ont pas vu, prĂ©sage de son sort, AuprĂšs d’elle, effeuillant sur l’eau sombre des roses, Les deux enfants divins, le DĂ©sir et la Mort. SOIR DE BATAILLE Le choc avait Ă©tĂ© trĂšs rude. Les tribuns Et les centurions, ralliant les cohortes, Humaient encor dans l’air oĂč vibraient leurs voix fortes La chaleur du carnage et ses Ăącres parfums. D’un Ɠil morne, comptant leurs compagnons dĂ©funts, Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes, Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes ; Et la sueur coulait de leurs visages bruns. C’est alors qu’apparut, tout hĂ©rissĂ© de flĂšches, Rouge du flux vermeil de ses blessures fraĂźches, Sous la pourpre flottante et l’airain rutilant, Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, Superbe, maĂźtrisant son cheval qui s’effare, Sur le ciel enflammĂ©, l’Imperator sanglant. ANTOINE ET CLÉOPÂTRE Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse, L’Égypte s’endormir sous un ciel Ă©touffant Et le Fleuve, Ă  travers le Delta noir qu’il fend, Vers Bubaste ou SaĂŻs rouler son onde grasse. Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse, Soldat captif berçant le sommeil d’un enfant, Ployer et dĂ©faillir sur son cƓur triomphant Le corps voluptueux que son Ă©treinte embrasse. Tournant sa tĂȘte pĂąle entre ses cheveux bruns Vers celui qu’enivraient d’invincibles parfums, Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ; Et sur elle courbĂ©, l’ardent Imperator Vit dans ses larges yeux Ă©toilĂ©s de points d’or Toute une mer immense oĂč fuyaient des galĂšres. SONNETS ÉPIGRAPHIQUES BagnĂšres-de-Luchon, Sept. 188.. ILIXONIDEOFAB. FESTAV. S. L. M. LE VƒU ISCITTO S. L. M. Jadis l’IbĂšre noir et le Gall au poil fauve Et le Garumne brun peint d’ocre et de carmin, Sur le marbre votif entaillĂ© par leur main, Ont dit l’eau bienfaisante et sa vertu qui sauve. Puis les Imperators, sous le Venasque chauve, BĂątirent la piscine et le therme romain, Et Fabia Festa, par ce mĂȘme chemin, A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve. Aujourd’hui, comme aux jours d’Iscitt et d’Ilixon, Les sources m’ont chantĂ© leur divine chanson ; Le soufre fume encore Ă  l’air pur des moraines. C’est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les vƓux, Tel qu’autrefois Hunnu, fils d’Ulohox, je veux Dresser l’autel barbare aux Nymphes Souterraines. LA SOURCE NYMPHIS AVG. SACRUM L’autel gĂźt sous la ronce et l’herbe enseveli ; Et la source sans nom qui goutte Ă  goutte tombe D’un son plaintif emplit la solitaire combe. C’est la Nymphe qui pleure un Ă©ternel oubli. L’inutile miroir que ne ride aucun pli À peine est effleurĂ© par un vol de colombe Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe, Seule, y reflĂšte encore un visage pĂąli. De loin en loin, un pĂątre errant s’y dĂ©saltĂšre. Il boit, et sur la dalle antique du chemin Verse un peu d’eau restĂ© dans le creux de sa main. Il a fait, malgrĂ© lui, le geste hĂ©rĂ©ditaire, Et ses yeux n’ont pas vu sur le cippe romain Le vase libatoire auprĂšs de la patĂšre. LE DIEU HÊTRE FAGO DEO. Le Garumne a bĂąti sa rustique maison Sous un grand hĂȘtre au tronc musculeux comme un torse Dont la sĂšve d’un Dieu gonfle la blanche Ă©corce. La forĂȘt maternelle est tout son horizon. Car l’homme libre y trouve, au grĂ© de la saison, Les faĂźnes, le bois, l’ombre et les bĂȘtes qu’il force Avec l’arc ou l’épieu, le filet ou l’amorce, Pour en manger la chair et vĂȘtir leur toison. Longtemps il a vĂ©cu riche, heureux et sans maĂźtre, Et le soir, lorsqu’il rentre au logis, le vieux HĂȘtre De ses bras familiers semble lui faire accueil ; Et quand la Mort viendra courber sa tĂȘte franche, Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil L’incorruptible cƓur de la maĂźtresse branche. AUX MONTAGNES DIVINES GEMINVS SERVVS ET PRO SVIS CONSERVIS. Glaciers bleus, pics de marbre et d’ardoise, granits, Moraines dont le vent, du NĂ©thou jusqu’à BĂšgle, Arrache, brĂ»le et tord le froment et le seigle, Cols abrupts, lacs, forĂȘts pleines d’ombre et de nids ! Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis, PlutĂŽt que de ployer sous la servile rĂšgle, HantĂšrent avec l’ours, le loup, l’isard et l’aigle, PrĂ©cipices, torrents, gouffres, soyez bĂ©nis ! Ayant fui l’ergastule et le dur municipe, L’esclave Geminus a dĂ©diĂ© ce cippe Aux Monts, gardiens sacrĂ©s de l’ñpre libertĂ© ; Et sur ces sommets clairs oĂč le silence vibre, Dans l’air inviolable, immense et pur, jetĂ©, Je crois entendre encor le cri d’un homme libre ! L’EXILÉE MONTIBVS
 GARRI DEO
 SABINVLA. V. S. L. M. Dans ce vallon sauvage oĂč CĂ©sar t’exila, Sur la roche moussue, au chemin d’ArdiĂšge, Penchant ton front qu’argente une prĂ©coce neige, Chaque soir, Ă  pas lents, tu viens t’accouder lĂ . Tu revois ta jeunesse et ta chĂšre villa Et le Flamine rouge avec son blanc cortĂšge ; Et pour que le regret du sol Latin s’allĂšge, Tu regardes le ciel, triste Sabinula. Vers le Gar Ă©clatant aux sept pointes calcaires, Les aigles attardĂ©s qui regagnent leurs aires Emportent en leur vol tes rĂȘves familiers ; Et seule, sans dĂ©sirs, n’espĂ©rant rien de l’homme, Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome. LE MOYEN ÂGEET LA RENAISSANCE VITRAIL Cette verriĂšre a vu dames et hauts barons Étincelants d’azur, d’or, de flamme et de nacre, Incliner, sous la dextre auguste qui consacre, L’orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons ; Lorsqu’ils allaient, au bruit du cor ou des clairons, Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre, Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d’Acre, Partir pour la croisade ou le vol des hĂ©rons. Aujourd’hui, les seigneurs auprĂšs des chĂątelaines, Avec le lĂ©vrier Ă  leurs longues poulaines, S’allongent aux carreaux de marbre blanc et noir ; Ils gisent lĂ  sans voix, sans geste et sans ouĂŻe, Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir La rose du vitrail toujours Ă©panouie. ÉPIPHANIE Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages, ChargĂ©s de nefs d’argent, de vermeil et d’émaux Et suivis d’un trĂšs long cortĂšge de chameaux, S’avancent, tels qu’ils sont dans les vieilles images. De l’Orient lointain, ils portent leurs hommages Aux pieds du fils de Dieu nĂ© pour guĂ©rir les maux Que souffrent ici-bas l’homme et les animaux ; Un page noir soutient leurs robes Ă  ramages. Sur le seuil de l’étable oĂč veille Saint Joseph, Ils ĂŽtent humblement la couronne du chef Pour saluer l’Enfant qui rit et les admire. C’est ainsi qu’autrefois, sous Augustus CĂŠsar, Sont venus, prĂ©sentant l’or, l’encens et la myrrhe, Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar. LE HUCHIER DE NAZARETH Le bon maĂźtre huchier, pour finir un dressoir, CourbĂ© sur l’établi depuis l’aurore ahane, Maniant tour Ă  tour le rabot, le bĂ©dane Et la rĂąpe grinçante ou le dur polissoir. Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir, S’allonger jusqu’au seuil l’ombre du grand platane OĂč madame la Vierge et sa mĂšre sainte Anne Et Monseigneur JĂ©sus prĂšs de lui vont s’asseoir. L’air est brĂ»lant et pas une feuille ne bouge ; Et saint Joseph, trĂšs las, a laissĂ© choir la gouge En s’essuyant le front au coin du tablier ; Mais l’Apprenti divin qu’une gloire enveloppe Fait toujours, dans le fond obscur de l’atelier, Voler des copeaux d’or au fil de sa varlope. Au pommeau de l’épĂ©e on lit Calixte Pape. La tiare, les clefs, la barque et le tramail Blasonnent, en reliefs d’un somptueux travail, Le BƓuf hĂ©rĂ©ditaire armoyĂ© sur la chappe. À la fusĂ©e, un Dieu paĂŻen, Faune ou Priape, Rit, engaĂźnĂ© d’un lierre Ă  graines de corail ; Et l’éclat du mĂ©tal s’exalte sous l’émail Si clair, que l’estoc brille encor plus qu’il ne frappe. MaĂźtre Antonio Perez de Las Cellas forgea Ce bĂąton pastoral pour le premier Borja, Comme s’il pressentait sa fameuse lignĂ©e ; Et ce glaive dit mieux qu’Arioste ou Sannazar, Par l’acier de sa lame et l’or de sa poignĂ©e, La pontife Alexandre et le prince CĂ©sar. Seigneur de Rimini, Vicaire et PodestĂ , Son profil d’épervier vit, s’accuse ou recule À la lueur d’airain d’un fauve crĂ©puscule Dans l’orbe oĂč Matteo de’ Pastis l’incrusta. Or, de tous les tyrans qu’un peuple dĂ©testa, Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule, Qu’il ait nom Ezzelin, Can, GalĂ©as, Hercule, Ne fĂ»t maĂźtre si fier que le Malatesta. Celui-ci, le meilleur, ce Sisigmond Pandolphe, Mit Ă  sang la Romagne et la Marche et le Golfe, BĂątit un temple, fit l’amour et le chanta ; Et leurs femmes aussi sont rudes et sĂ©vĂšres, Car sur le mĂȘme bronze oĂč sourit Isotta, L’ÉlĂ©phant triomphale foule des primevĂšres. Vous sortiez de l’église et, d’un geste pieux, Vos nobles mains faisaient l’aumĂŽne au populaire, Et sous le porche obscur votre beautĂ© si claire Aux pauvres Ă©blouis montrait tout l’or des cieux. Et je vous saluai d’un salut gracieux, TrĂšs humble, comme il sied Ă  qui ne veut dĂ©plaire, Quand, tirant votre mante et d’un air de colĂšre Vous dĂ©tournant de moi, vous couvrĂźtes vos yeux. Mais Amour qui commande au cƓur le plus rebelle Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle, La source de pitiĂ© me refusĂąt merci ; Et vous fĂ»tes si lente Ă  ramener le voile, Que vos cils ombrageux palpitĂšrent ainsi Qu’un noir feuillage oĂč filtre un long rayon d’étoiles. Jadis plus d’un amant, aux jardins de Bougueil, A gravĂ© plus d’un nom dans l’écorce qu’il ouvre, Et plus d’un cƓur, sous l’or des hauts plafonds du Louvre, À l’éclair d’un sourire a tressailli d’orgueil. Qu’importe ? Rien n’a dit leur ivresse ou leur deuil ; Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre Et nul n’a disputĂ©, sous l’herbe qui les couvre, Leur inerte poussiĂšre Ă  l’oubli du cercueil. Tout meurt. Marie, HĂ©lĂšne et toi, fiĂšre Cassandre, Vos beaux corps ne seraient qu’une insensible cendre, — Les roses et les lys n’ont pas de lendemain — Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire, N’eĂ»t tressĂ© pour vos fronts, d’une immortelle main, Aux myrtes de l’Amour le laurier de la Gloire. À Henry Cros À vous troupe lĂ©gĂšreQui d’aile passagĂšrePar le monde volez
 JOACHIM DU BELLAY. AccoudĂ©e au balcon d’oĂč l’on voit le chemin Qui va des bords de Loire aux rives d’Italie, Sous un pĂąle rameau d’olive son front plie. La violette en fleur se fanera demain. La viole que frĂŽle encor sa frĂȘle main Charme sa solitude et sa mĂ©lancolie, Et son rĂȘve s’envole Ă  celui qui l’oublie En foulant la poussiĂšre oĂč gĂźt l’orgueil Romain. De celle qu’il nommait sa douceur Angevine, Sur la corde vibrante erre l’ñme divine Quand l’angoisse d’amour Ă©treint son cƓur troublĂ© ; Et sa voix livre aux vents qui l’emportent loin d’elle, Et le caresseront peut-ĂȘtre, l’infidĂšle, Cette chanson qu’il fit pour un vanneur de blĂ©. Suivant les vers de Henri III Ô passant, c’est ici que repose Hyacinte Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron ; Il est mort — Dieu l’absolve et l’ait en son giron ! — TombĂ© sur le terrain, il gĂźt en terre sainte. Nul, ni mĂȘme QuĂ©lus, n’a mieux, de perles ceinte, PortĂ© la toque Ă  plume ou la fraise Ă  godron ; Aussi vois-tu, sculptĂ© par un nouveau Myron, Dans ce marbre funĂšbre un morceau de jacinthe. AprĂšs l’avoir baisĂ©, fait tondre, et de sa main Mis au linceul, Henry voulut qu’à Saint-Germain FĂ»t portĂ© ce beau corps, hĂ©las ! inerte et blĂȘme ; Et jaloux qu’un tel deuil dure Ă©ternellement, Il lui fit en l’église Ă©riger cet emblĂšme, Des regrets d’Appolo triste et doux monument. Vieux maĂźtre relieur, l’or que tu ciselas Au dos du livre et dans l’épaisseur de la tranche, N’a plus, malgrĂ© les fers poussĂ©s d’une main franche, La rutilante ardeur de ses premiers Ă©clats. Les chiffres enlacĂ©s que liait l’entrelacs S’effacent chaque jour de la peau fine et blanche ; À peine si mes yeux peuvent suivre la branche De lierre que tu fis serpenter sur les plats. Mais cet ivoire souple et presque diaphane, Marguerite, Marie, ou peut-ĂȘtre Diane, De leurs doigts amoureux l’ont jadis caressĂ© ; Et ce vĂ©lin pĂąli que dora Clovis Ève Évoque, je ne sais par quel charme passĂ©, L’ñme de leur parfum et l’ombre de leur rĂȘve. Le palais est de marbre oĂč, le long des portiques, Conversent des seigneurs que peignit Titien, Et les colliers massifs au poids du marc ancien Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques. Ils regardent au fond des lagunes antiques, De leurs yeux oĂč reluit l’orgueil patricien, Sous le pavillon clair du ciel vĂ©nitien Étinceler l’azur des mers Adriatiques. Et tandis que l’essaim brillant des Cavaliers TraĂźne la pourpre et l’or par les blancs escaliers Joyeusement baignĂ©s d’une lumiĂšre bleue ; Indolente et superbe, une Dame, Ă  l’écart, Se tournant Ă  demi dans un flot de brocart, Sourit au nĂ©grillon qui lui porte la queue. Antonio di Sandro orefice. Le vaillant MaĂźtre OrfĂšvre, Ă  l’Ɠuvre dĂšs matines, Faisait, de ses pinceaux d’oĂč s’égouttait l’émail, Sur la paix niellĂ©e ou sur l’or du fermail Épanouir la fleur des devises latines. Sur le Pont, au son clair des cloches argentines, La cape coudoyait le froc et le camail ; Et le soleil montant en un ciel de vitrail Mettait un nimbe au front des belles Florentines. Et prompts au rĂȘve ardent qui les savait charmer, Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer Les mains des fiancĂ©s au chaton de la bague Tandis que d’un burin trempĂ© comme un stylet, Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait Le combat des Titans au pommeau d’une dague. Mieux qu’aucun maĂźtre inscrit au livre de maĂźtrise, Qu’il ait nom Ruyz, ArphĂ©, Ximeniz, Becerril, J’ai serti le rubis, la perle et le bĂ©ryl, Tordu l’anse d’un vase et martelĂ© sa frise. Dans l’argent, sur l’émail oĂč le paillon s’irise, J’ai peint et j’ai sculptĂ©, mettant l’ñme en pĂ©ril, Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril, Ô honte ! Bacchus ivre ou DanaĂ© surprise. J’ai de plus d’un estoc damasquinĂ© le fer Et, pour le vain orgueil de ces Ɠuvres d’Enfer, AventurĂ© ma part de l’éternelle Vie. Aussi, voyant mon Ăąge incliner vers le soir, Je veux, ainsi que fit Fray Juan de SĂ©govie, Mourir en ciselant dans l’or un ostensoir. Crois-moi, pieux enfant, suis l’antique chemin. L’épĂ©e aux quillons droits d’oĂč part la branche torse, Au poing d’un gentilhomme ardent et plein de force Est un faix plus lĂ©ger qu’un rituel romain. Prends-la. L’Hercule d’or qui tiĂ©dit dans ta main, Aux doigts de tes aĂŻeux ayant poli son torse, Gonfle plus fiĂšrement, sous la splendide Ă©corce, Les beaux muscles de fer de son corps surhumain. Brandis-la ! L’acier souple en bouquets d’étincelles PĂ©tille. Elle est solide, et sa lame est de celles Qui font courir au cƓur un orgueilleux frisson ; Car elle porte au creux de sa brillante gorge, Comme une noble Dame un joyau, le poinçon De Julian del Rey, le prince de la forge. Dans le cadre de plomb des fragiles verriĂšres, Les maĂźtres d’autrefois ont peint de hauts barons Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons, PloyĂ© l’humble genou des bourgeois en priĂšres. D’autres sur le vĂ©lin jauni des brĂ©viaires Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons, Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts, Les arabesques d’or au ventre des aiguiĂšres. Aujourd’hui Claudius, leur fils et leur rival, Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes, A fixĂ© son gĂ©nie au solide mĂ©tal ; C’est pourquoi j’ai voulu, sous l’émail de mes rimes, Faire autour de son front glorieux verdoyer, Pour les Ăąges futurs, l’hĂ©roĂŻque laurier. Le four rougit ; la plaque est prĂȘte. Prends ta lampe. ModĂšle le paillon qui s’irise ardemment, Et fixe avec le feu dans le sombre pigment La poudre Ă©tincelante oĂč ton pinceau se trempe. Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe Du penseur, du hĂ©ros, du prince ou de l’amant ? Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament, Cabrer l’hydre Ă©caillĂ©e ou le glauque hippocampe ? Non. PlutĂŽt, en un orbe Ă©clatant de saphir Inscris un fier profil de guerriĂšre d’Ophir, Thalestris, Bradamante, Aude ou PenthĂ©silĂ©e. Et pour que sa beautĂ© soit plus terrible encor, Casque ses blonds cheveux de quelque bĂȘte ailĂ©e Et fais bomber son sein sous la gorgone d’or. Ce soir, au rĂ©duit sombre oĂč ronfle l’athanor, Le grand feu prisonnier de la brique rougie Exalte son ardeur et souffle sa magie Au cuivre que l’émail fait plus riche que l’or. Et sous mes pinceaux naĂźt, vit, court et prend l’essor Le peuple monstrueux de la mythologie, Les Centaures, Pan, Sphinx, la ChimĂšre, l’Orgie Et, du sang de Gorgo, PĂ©gase et Chrysaor. Peindrai-je Achille en pleurs prĂšs de PenthĂ©silĂ©e ? OrphĂ©e ouvrant les bras vers l’Épouse exilĂ©e Sur la porte infernale aux infrangibles gonds ? Hercule terrassant le dogue de l’Averne Ou la Vierge qui tord au seuil de la caverne Son corps Ă©pouvantĂ© que flairent les Dragons ? LES CONQUÉRANTS Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, FatiguĂ©s de porter leurs misĂšres hautaines, De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres d’un rĂȘve hĂ©roĂŻque et brutal. Ils allaient conquĂ©rir le fabuleux mĂ©tal Que Cipango mĂ»rit dans ses mines lointaines, Et les vents alizĂ©s inclinaient leurs antennes Aux bords mystĂ©rieux du monde Occidental. Chaque soir, espĂ©rant des lendemains Ă©piques, L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques Enchantait leur sommeil d’un mirage dorĂ© ; Ou penchĂ©s Ă  l’avant des blanches caravelles, Ils regardaient monter en un ciel ignorĂ© Du fond de l’OcĂ©an des Ă©toiles nouvelles. Juan Ponce de Leon, par le Diable tentĂ©, DĂ©jĂ  trĂšs vieux et plein des antiques Ă©tudes, Voyant l’ñge blanchir ses cheveux courts et rudes, Prit la mer pour chercher la Source de SantĂ©. Sur sa belle Armada, d’un vain songe hantĂ©, Trois ans il explora les glauques solitudes, Lorsque enfin, dĂ©chirant le brouillard des Bermudes, La Floride apparut sous un ciel enchantĂ©. Et le Conquistador, bĂ©nissant sa folie, Vint planter son pennon d’une main affaiblie Dans la terre Ă©clatante oĂč s’ouvrait son tombeau. Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle Que la Mort, malgrĂ© toi, fit ton rĂȘve plus beau ; La Gloire t’a donnĂ© la jeunesse immortelle. À l’ombre de la voĂ»te en fleur des catalpas Et des tulipiers noirs qu’étoile un blanc pĂ©tale, Il ne repose point dans la terre fatale ; La Floride conquise a manquĂ© sous ses pas. Un vil tombeau messied Ă  de pareils trĂ©pas. Linceul du ConquĂ©rant de l’Inde Occidentale, Tout le MeschacĂ©bĂ© par-dessus lui s’étale. Le Peau-Rouge et l’ours gris ne le troubleront pas. Il dort au lit profond creusĂ© par les eaux vierges. Qu’importe un monument funĂ©raire, des cierges, Le psaume et la chapelle ardente et l’ex-voto ? Puisque le vent du Nord, parmi les cypriĂšres, Pleure et chante Ă  jamais d’éternelles priĂšres Sur le Grand Fleuve oĂč gĂźt Hernando de Soto. Celui-lĂ  peut compter parmi les grands dĂ©funts, Car son bras a guidĂ© la premiĂšre carĂšne À travers l’archipel des Jardins de la Reine OĂč la brise Ă©ternelle est faite de parfums. Plus que les ans, la houle et ses Ăącres embruns, Les calmes de la mer embrasĂ©e et sereine Et l’amour et l’effroi de l’antique sirĂšne Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns. Castille a triomphĂ© par cet homme, et ses flottes Ont sous lui complĂ©tĂ© l’empire sans pareil Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil ; C’est BartolomĂ© Ruiz, prince des vieux pilotes, Qui, sur l’écu royal qu’elle enrichit encor, Porte une ancre de sable Ă  la gumĂšne d’or. À Claudius Popelin. La gloire a sillonnĂ© de ses illustres rides Le visage hardi de ce grand Cavalier Qui porte sur son front que nul n’a fait plier Le hĂąle de la guerre et des soleils torrides. En tous lieux, CĂŽte-Ferme, Ăźles, sierras arides, Il a plantĂ© la croix, et, depuis l’escalier Des Andes, promenĂ© son pennon familier Jusqu’au golfe orageux qui blanchit les Florides. Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux, Sous l’armure de bronze aux splendides rinceaux, Font revivre l’aĂŻeul fier et mĂ©lancolique ; Et ses yeux assombris semblent chercher encor Dans le ciel de l’émail ardent et mĂ©tallique Les Ă©blouissements de la Castille d’Or. Las de poursuivre en vain l’Ophir insaisissable, Tu fondas, en un pli de ce golfe enchantĂ© OĂč l’étendard royal par tes mains fut plantĂ©, Une Carthage neuve au pays de la Fable. Tu voulais que ton nom ne fĂ»t point pĂ©rissable, Et tu crus l’avoir bien pour toujours cimentĂ© À ce mortier sanglant dont tu fis ta citĂ© ; Mais ton espoir, Soldat, fut bĂąti sur le sable. CarthagĂšne Ă©touffant sous le torride azur, Avec ses noirs palais voit s’écrouler ton mur Dans l’OcĂ©an fiĂ©vreux qui dĂ©vore sa grĂšve ; Et seule, Ă  ton cimier brille, ĂŽ Conquistador, HĂ©raldique tĂ©moin des splendeurs de ton rĂȘve, Une Ville d’argent qu’ombrage un palmier d’or. Qu’ils aient vaincu l’Inca, l’AztĂšque, les Hiaquis, Les Andes, la forĂȘt, les pampas ou le fleuve, Les autres n’ont laissĂ© pour vestige et pour preuve Qu’un nom, un titre vain de comte ou de marquis. Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis, Dans la mer caraĂŻbe une Carthage neuve, Et du Magdalena jusqu’au Darien qu’abreuve L’Atrato, le sol rouge Ă  la Croix fut conquis. Assise sur son Ăźle oĂč l’OcĂ©an dĂ©ferle, MalgrĂ© les siĂšcles, l’homme et la foudre et les vents, Ta citĂ© dresse au ciel ses forts et ses couvents ; Aussi tes derniers fils, sans trĂšfle, ache ni perle, Timbrent-ils leur Ă©cu d’un palmier ombrageant De son panache d’or une Ville d’argent. Cartagena de Indias. 1532-1583-1697. Morne Ville, jadis reine des OcĂ©ans Aujourd’hui le requin poursuit en paix les scombres Et le nuage errant allonge seul des ombres Sur ta rade oĂč roulaient les galions gĂ©ants. Depuis Drake et l’assaut des Anglais mĂ©crĂ©ants, Tes murs dĂ©semparĂ©s croulent en noirs dĂ©combres Et, comme un glorieux collier de perles sombres, Des boulets de Pointis montrent les trous bĂ©ants. Entre le ciel qui brĂ»le et la mer qui moutonne, Au somnolent soleil d’un midi monotone, Tu songes, ĂŽ GuerriĂšre, aux vieux Conquistadors ; Et dans l’énervement des nuits chaudes et calmes, Berçant ta gloire Ă©teinte, ĂŽ CitĂ©, tu t’endors Sous les palmiers, au long frĂ©missement des palmes. L’ORIENT ET LES TROPIQUES Midi. L’air brĂ»le, et sous la terrible lumiĂšre Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb ; Du zĂ©nith aveuglant le jour tombe d’aplomb, Et l’implacable PhrĂ© couvre l’Égypte entiĂšre. Les grands sphinx qui jamais n’ont baissĂ© la paupiĂšre, AllongĂ©s sur leur flanc que baigne un sable blond, Poursuivent d’un regard mystĂ©rieux et long L’élan dĂ©mesurĂ© des aiguilles de pierre. Seul, tachant d’un point noir le ciel blanc et serein, Au loin, tourne sans fin le vol des gypaĂ«tes ; La flamme immense endort les hommes et les bĂȘtes. Le sol ardent pĂ©tille, et l’Anubis d’airain Immobile au milieu de cette chaude joie Silencieusement vers le soleil aboie. La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit. Et voici que s’émeut la nĂ©cropole antique OĂč chaque roi, gardant la pose hiĂ©ratique, GĂźt sous la bandelette et le funĂšbre enduit. Tel qu’aux jours de RhamsĂšs, innombrable et sans bruit, Tout un peuple formant le cortĂšge mystique, Multitude qu’absorbe un calme granitique, S’ordonne et se dĂ©ploie et marche dans la nuit. Se dĂ©tachant des murs brodĂ©s d’hiĂ©roglyphes, Ils suivent la Bari que portent les pontifes D’Ammon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil ; Et les sphinx, les bĂ©liers ceints du disque vermeil, Éblouis, d’un seul coup se dressant sur leurs griffes, S’éveillent en sursaut de l’éternel sommeil. Et la foule grandit plus innombrable encor. Et le sombre hypogĂ©e oĂč s’alignent les couches Est vide. Du milieu dĂ©sertĂ© des cartouches, Les Ă©perviers sacrĂ©s ont repris leur essor. BĂȘtes, peuples et rois, ils vont. L’urĂŠus d’or S’enroule, Ă©tincelant, autour des fronts farouches ; Mais le bitume Ă©pais scelle les maigres bouches. En tĂȘte, les grands dieux Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor. Puis tous ceux que conduit Toth IbiocĂ©phale, VĂȘtus de la schenti, coiffĂ©s du pschent, ornĂ©s Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale Ondule dans l’horreur des temples ruinĂ©s, Et la lune, Ă©clatant au pavĂ© froid des salles, Prolonge Ă©trangement des ombres colossales. À GĂ©rĂŽme. LĂ -bas, les muezzins ont cessĂ© leurs clameurs. Le ciel vert, au couchant de pourpre et d’or se frange ; Le crocodile plonge et cherche un lit de fange, Et le grand fleuve endort ses derniĂšres rumeurs. Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs, Le Chef rĂȘvait, bercĂ© par le haschisch Ă©trange, Tandis qu’avec effort faisant mouvoir la cange, Deux nĂšgres se courbaient, nus, au banc des rameurs. À l’arriĂšre, joyeux et l’insulte Ă  la bouche, Grattant l’aigre guzla qui rhythme un air farouche, Se penchait un Arnaute Ă  l’Ɠil fĂ©roce et vil ; Car liĂ© sur la barque et saignant sous l’entrave, Un vieux Scheikh regardait d’un air stupide et grave Les minarets pointus qui tremblent dans le Nil. C’était un homme Ă  deux sabres. D’un doigt distrait frĂŽlant la sonore bĂźva, À travers les bambous tressĂ©s en fine latte, Elle a vu, par la plage Ă©blouissante et plate, S’avancer le vainqueur que son amour rĂȘva. C’est lui. Sabres au flanc, l’éventail haut, il va. La cordeliĂšre rouge et le gland Ă©carlate Coupent l’armure sombre, et, sur l’épaule, Ă©clate Le blason de Hizen ou de Tokungawa. Ce beau guerrier vĂȘtu de lames et de plaques, Sous le bronze, la soie et les brillantes laques, Semble un crustacĂ© noir, gigantesque et vermeil. Il l’a vue. Il sourit dans la barbe du masque, Et son pas plus hĂątif fait reluire au soleil Les deux antennes d’or qui tremblent Ă  son casque. Matin de bataille. Sous le noir fouet de guerre Ă  quadruple pompon, L’étalon belliqueux en hennissant se cabre Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre, La cuirasse de bronze aux lames du jupon. Le Chef vĂȘtu d’airain, de laque et de crĂ©pon, Ôtant le masque Ă  poils de son visage glabre, Regarde le volcan sur un ciel de cinabre Dresser la neige oĂč rit l’aurore du Nippon. Mais il a vu, vers l’Est Ă©claboussĂ© d’or, l’astre, Glorieux d’éclairer ce matin de dĂ©sastre, Poindre, orbe Ă©blouissant, au-dessus de la mer ; Et, pour couvrir ses yeux dont cil ne bouge, Il ouvre d’un seul coup son Ă©ventail de fer OĂč dans le satin blanc se lĂšve un Soleil rouge. Bien des siĂšcles depuis les siĂšcles du Chaos, La flamme par torrents jaillit de ce cratĂšre, Et le panache ignĂ© du volcan solitaire Flamba plus haut encor que les Chimborazos. Nul bruit n’éveille plus la cime sans Ă©chos. OĂč la cendre pleuvait l’oiseau se dĂ©saltĂšre ; Le sol est immobile et le sang de la Terre, La lave, en se figeant, lui laissa le repos. Pourtant, suprĂȘme effort de l’antique incendie, À l’orle de la gueule Ă  jamais refroidie, Éclatant Ă  travers les rocs pulvĂ©risĂ©s, Comme un coup de tonnerre au milieu du silence, Dans le poudroĂźment d’or du pollen qu’elle lance, S’épanouit la fleur des cactus embrasĂ©s. Sur le roc calcinĂ© de la derniĂšre rampe OĂč le flux volcanique autrefois s’est tari, La graine que le vent au haut Gualatieri Sema, germe, s’accroche et, frĂȘle plante, rampe. Elle grandit. En l’ombre oĂč sa racine trempe, Son tronc, buvant la flamme obscure, s’est nourri ; Et les soleils d’un siĂšcle ont longuement mĂ»ri Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe. Enfin, dans l’air brĂ»lant et qu’il embrase encor, Sous le pistil gĂ©ant qui s’érige, il Ă©clate, Et l’étamine lance au loin le pollen d’or ; Et le grand aloĂšs Ă  la fleur Ă©carlate, Pour l’hymen ignorĂ© qu’a rĂȘvĂ© son amour, Ayant vĂ©cu cent ans, n’a fleuri qu’un seul jour. Le soleil sous la mer, mystĂ©rieuse aurore, Éclaire la forĂȘt des coraux abyssins Qui mĂȘle, aux profondeurs de ses tiĂšdes bassins, La bĂȘte Ă©panouie et la vivante flore. Et tout ce que le sel ou l’iode colore, Mousse, algue chevelue, anĂ©mones, oursins, Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins, Le fond vermiculĂ© du pĂąle madrĂ©pore. De sa splendide Ă©caille Ă©teignant les Ă©maux, Un grand poisson navigue Ă  travers les rameaux ; Dans l’ombre transparente indolemment il rĂŽde ; Et, brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu, Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu, Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude. L’Etna mĂ»rit toujours la pourpre et l’or du vin Dont l’Erigone antique enivra ThĂ©ocrite, Mais celles dont la grĂące en ses vers fut Ă©crite, Le poĂšte aujourd’hui les chercherait en vain. Perdant la puretĂ© de son profil divin, Tour Ă  tour ArĂ©thuse esclave et favorite A mĂȘlĂ© dans sa veine oĂč le sang grec s’irrite La fureur sarrasine Ă  l’orgueil angevin. Le temps passe. Tout meurt. Le marbre mĂȘme s’use. Agrigente n’est plus qu’une ombre, et Syracuse Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent ; Et seul le dur mĂ©tal que l’amour fit docile Garde encore en sa fleur, aux mĂ©dailles d’argent, L’immortelle beautĂ© des vierges de Sicile. Vers la Phocide illustre, aux temples que domine La rocheuse Pytho toujours ceinte d’éclairs, Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers, La GrĂšce accompagnait leur image divine. Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine L’Archipel radieux et les golfes dĂ©serts, Écoutaient, du sommet des promontoires clairs, Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine. Et moi je m’éteindrai, vieillard, en un long deuil; Mon corps sera clouĂ© dans un Ă©troit cercueil Et l’on paĂźra la terre et le prĂȘtre et les cierges. Et pourtant j’ai rĂȘvĂ© ce destin glorieux De tomber au soleil ainsi que les aĂŻeux, Jeune encore et pleurĂ© des hĂ©ros et des vierges. Les vendangeurs lassĂ©s ayant rompu leurs lignes, Des voix claires sonnaient Ă  l’air vibrant du soir Et les femmes, en chƓur, marchant vers le pressoir, MĂȘlaient Ă  leurs chansons des appels et des signes. C’est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes, Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir, La Bacchanale vit la CrĂ©toise s’asseoir AuprĂšs du beau Dompteur ivre du sang des vignes. Aujourd’hui, brandissant le thyrse radieux, Dionysos vainqueur des bĂȘtes et des Dieux D’un joug enguirlandĂ© n’étreint plus les panthĂšres ; Mais, fille du soleil, l’Automne enlace encor Du pampre ensanglantĂ© des antiques mystĂšres La noire chevelure et la criniĂšre d’or. Pas un seul bruit d’insecte ou d’abeille en maraude, Tout dort sous les grands bois accablĂ©s de soleil OĂč le feuillage Ă©pais tamise un jour pareil Au velours sombre et doux des mousses d’émeraude. Criblant le dĂŽme obscur, Midi splendide y rĂŽde Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil, De mille Ă©clairs furtifs forme un rĂ©seau vermeil Qui s’allonge et se croise Ă  travers l’ombre chaude. Vers la gaze de feu que trament les rayons Vole le frĂȘle essaim des riches papillons Qu’enivrent la lumiĂšre et le parfum des sĂšves ; Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil, Et dans les mailles d’or de ce filet subtil, Chasseur harmonieux, j’emprisonne mes rĂȘves. LA MER DE BRETAGNE À Emmanuel Lansyer Il a compris la race antique aux yeux pensifs Qui foule le sol dur de la terre bretonne, La lande rase, rose et grise et monotone OĂč croulent les manoirs sous le lierre et les ifs. Des hauts talus plantĂ©s de hĂȘtres convulsifs, Il a vu, par les soirs tempĂ©tueux d’automne, Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne ; Sa lĂšvre s’est salĂ©e Ă  l’embrun des rĂ©cifs. Il a peint l’OcĂ©an splendide, immense et triste, OĂč le nuage laisse un reflet d’amĂ©thyste, L’émeraude Ă©cumante et le calme saphir ; Et fixant l’eau, l’air, l’ombre et l’heure insaisissables, Sur une toile Ă©troite il a fait rĂ©flĂ©chir Le ciel occidental dans le miroir des sables. Pour que le sang joyeux dompte l’esprit morose, Il faut, tout parfumĂ© du sel des goĂ«mons, Que le souffle atlantique emplisse tes poumons ; Arvor t’offre ses caps que la mer blanche arrose. L’ajonc fleurit et la bruyĂšre est dĂ©jĂ  rose. La terre des vieux clans, des nains et des dĂ©mons, Ami, te garde encor, sur le granit des monts, L’homme immobile auprĂšs de l’immuable chose. Viens. Partout tu verras, par les landes d’ArĂšz, Monter vers le ciel morne, infrangible cyprĂšs, Le menhir sous lequel gĂźt la cendre du Brave ; Et l’OcĂ©an, qui roule en un lit d’algues d’or Is la voluptueuse et la grande Occismor, Bercera ton cƓur triste Ă  son murmure grave. La moisson dĂ©bordant le plateau diaprĂ© Roule, ondule et dĂ©ferle au vent frais qui la berce ; Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse Semble un bateau qui tangue et lĂšve un noir beauprĂ©. Et sous mes pieds, la mer, jusqu’au couchant pourprĂ©, CĂ©rulĂ©enne ou rose ou violette ou perse Ou blanche de moutons que le reflux disperse, Verdoie Ă  l’infini comme un immense prĂ©. Aussi les goĂ«lands qui suivent la marĂ©e, Vers les blĂ©s mĂ»rs que gonfle une houle dorĂ©e, Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons ; Tandis que, de la terre, une brise emmiellĂ©e Éparpillait au grĂ© de leur ivresse ailĂ©e Sur l’OcĂ©an fleuri des vols de papillons. Les ajoncs Ă©clatants, parure du granit, Dorent l’ñpre sommet que le couchant allume ; Au loin, brillante encor par sa barre d’écume, La mer sans fin commence oĂč la terre finit. À mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid Se tait, l’homme est rentrĂ© sous le chaume qui fume ; Seul, l’AngĂ©lus du soir, Ă©branlĂ© dans la brume, À la vaste rumeur de l’OcĂ©an s’unit. Alors, comme du fond d’un abĂźme, des traĂźnes, Des landes, des ravins, montent des voix lointaines De pĂątres attardĂ©s ramenant le bĂ©tail. L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre, Et le soleil mourant sur un ciel riche et sombre, Ferme les branches d’or de son riche Ă©ventail. Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras VĂȘtus de laine rude ou de mince percale, Les femmes, Ă  genoux sur le roc de la cale, Regardent l’OcĂ©an blanchir l’üle de Batz. Les hommes, pĂšres, fils, maris, amants, lĂ -bas, Avec ceux de Paimpol, d’Audierne et de Cancale, Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale. Que de hardis pĂȘcheurs qui ne reviendront pas ! Par-dessus la rumeur de la mer et des cĂŽtes Le chant plaintif s’élĂšve, invoquant Ă  voix hautes L’Étoile sainte, espoir des marins en pĂ©ril ; Et l’AngĂ©lus, courbant tous ces fronts noirs de hĂąle, Des clochers de Roscoff Ă  ceux de Sybiril S’envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pĂąle. L’homme et la bĂȘte, tels que le beau monstre antique, Sont entrĂ©s dans la mer, et nus, libres, sans frein, Parmi la brume d’or de l’ñcre pulvĂ©rin, Sur le ciel embrasĂ© font un groupe athlĂ©tique. Et l’étalon sauvage et le dompteur rustique, Humant Ă  pleins poumons l’odeur du sel marin, Se plaisent Ă  laisser sur la chair et le crin FrĂ©mir le flot glacĂ© de la rude Atlantique. La houle s’enfle, court, se dresse comme un mur Et dĂ©ferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue En jets Ă©blouissants fait rejaillir l’eau bleue ; Et, les cheveux Ă©pars, s’effarant dans l’azur, Ils opposent, cabrĂ©s, leur poitrail noir qui fume, Au fouet Ă©chevelĂ© de la fumante Ă©cume. J’ai vu parfois, ayant tout l’azur pour Ă©mail, Les nuages d’argent et de pourpre et de cuivre, À l’Occident oĂč l’Ɠil s’éblouit Ă  les suivre, Peindre d’un grand blason le cĂ©leste vitrail. Pour cimier, pour supports, l’hĂ©raldique bĂ©tail, Licorne, lĂ©opard, alĂ©rion ou guivre, Monstres, gĂ©ants captifs qu’un coup de vent dĂ©livre, Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail. Certe, aux champs de l’espace, en ces combats Ă©tranges Que les noirs SĂ©raphins livrĂšrent aux Archanges, Cet Ă©cu fut gagnĂ© par un Baron du ciel ; Comme ceux qui jadis prirent Constantinople, Il porte, en bon croisĂ©, qu’il soit George ou Michel, Le soleil, besant d’or, sur la mer de sinople. Pour me conduire au Raz, j’avais pris Ă  Trogor Un berger chevelu comme un ancien Évhage ; Et nous foulions, humant son arome sauvage, L’ñpre terre kymrique oĂč croĂźt le genĂȘt d’or. Le couchant rougissait et nous marchions encor, Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ; Et l’homme, par-delĂ  le morne paysage Étendant un long bras, me dit SenĂšz Ar-mor ! Et je vis, me dressant sur la bruyĂšre rose, L’OcĂ©an qui, splendide et monstrueux, arrose Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ; Et mon cƓur savoura, devant l’horizon vide Que reculait vers l’Ouest l’ombre immense du soir, L’ivresse de l’espace et du vent intrĂ©pide. Le soleil semble un phare Ă  feux fixes et blancs. Du Raz jusqu’à Penmarc’h la cĂŽte entiĂšre fume, Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume, À travers la tempĂȘte errent les goĂ«lands. L’une aprĂšs l’autre, avec de furieux Ă©lans, Les lames glauques sous leur criniĂšre d’écume Dans un tonnerre sourd s’éparpillant en brume, Empanachent au loin les rĂ©cifs ruisselants. Et j’ai laissĂ© courir le flot de ma pensĂ©e, RĂȘves, espoirs, regrets de force dĂ©pensĂ©e, Sans qu’il en reste rien qu’un souvenir amer. L’OcĂ©an m’a parlĂ© d’une voix fraternelle, Car la mĂȘme clameur que pousse encor la mer Monte de l’homme aux Dieux, vainement Ă©ternelle. L’hiver a dĂ©fleuri la lande et le courtil. Tout est mort. Sur la roche uniformĂ©ment grise OĂč la lame sans fin de l’Atlantique brise, Le pĂ©tale fanĂ© pend au dernier pistil. Et pourtant je ne sais quel arome subtil ExhalĂ© de la mer jusqu’à moi par la brise, D’un effluve si tiĂšde emplit mon cƓur qu’il grise ; Ce souffle Ă©trangement parfumĂ©, d’oĂč vient-il ? Ah ! Je le reconnais. C’est de trois mille lieues Qu’il vient, de l’Ouest, lĂ -bas oĂč les Antilles bleues Se pĂąment sous l’ardeur de l’astre occidental ; Et j’ai, de ce rĂ©cif battu du flot kymrique, RespirĂ© dans le vent qu’embauma l’air natal La fleur jadis Ă©close au jardin d’AmĂ©rique. Par quels froids OcĂ©ans, depuis combien d’hivers, — Qui le saura jamais, Conque frĂȘle et nacrĂ©e ! — La houle, les courants et les raz de marĂ©e T’ont-ils roulĂ©e au creux de leurs abĂźmes verts ? Aujourd’hui, sous le ciel, loin des reflux amers, Tu t’es fait un doux lit de l’arĂšne dorĂ©e. Mais ton espoir est vain. Longue et dĂ©sespĂ©rĂ©e, En toi gĂ©mit toujours la grande voix des mers. Mon Ăąme est devenue une prison sonore Et comme en tes replis pleure et soupire encore La plainte du refrain de l’ancienne clameur ; Ainsi du plus profond de ce cƓur trop plein d’Elle, Sourde, lente, insensible et pourtant Ă©ternelle, Gronde en moi l’orageuse et lointaine rumeur. Qu’il soit encourtinĂ© de brocart ou de serge, Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid, C’est lĂ  que l’homme naĂźt, se repose et s’unit, Enfant, Ă©poux, vieillard, aĂŻeule, femme ou vierge. FunĂšbre ou nuptial, que l’eau sainte l’asperge, Sous le noir crucifix ou le rameau bĂ©nit, C’est lĂ  que tout commence et lĂ  que tout finit, De la premiĂšre aurore au feu du dernier cierge. Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon, Triomphalement peint d’or et de vermillon, Qu’il soit de chĂȘne brut, de cyprĂšs ou d’érable ; Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords Dans le lit paternel, massif et vĂ©nĂ©rable, OĂč tous les siens sont nĂ©s aussi bien qu’ils sont morts. Quand l’aigle a dĂ©passĂ© les neiges Ă©ternelles, À sa vaste envergure il veut chercher plus d’air Et le soleil plus proche en un azur plus clair Pour Ă©chauffer l’éclat de ses mornes prunelles. Il s’enlĂšve. Il aspire un torrent d’étincelles. Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier, Il monte vers l’orage oĂč l’attire l’éclair ; Mais la foudre d’un coup a rompu ses deux ailes. Avec un cri sinistre, il tournoie, emportĂ© Par la trombe, et, crispĂ©, buvant d’un trait sublime La flamme Ă©parse, il plonge au fulgurant abĂźme. Heureux qui pour la Gloire ou pour la LibertĂ©, Dans l’orgueil de la force et l’ivresse du rĂȘve, Meurt ainsi, d’une mort Ă©blouissante et brĂšve ! L’homme a conquis la terre ardente des lions Et celle des venins et celle des reptiles, Et troublĂ© l’OcĂ©an oĂč cinglent les nautiles Du sillage dorĂ© des anciens galions. Mais plus loin que la neige et que les tourbillons Du Ström et que l’horreur des Spitzbergs infertiles, Le PĂŽle bat d’un flot tiĂšde et libre des Ăźles OĂč nul marin n’a pu hisser ses pavillons. Partons ! je briserai l’infranchissable glace, Car dans mon corps hardi je porte une Ăąme lasse Du facile renom des ConquĂ©rants de l’or. J’irai. Je veux monter au dernier promontoire, Et qu’une mer, pour tous silencieuse encor, Caresse mon orgueil d’un murmure de gloire. Au poĂšte Armand Silvestre Lorsque la sombre croix sur nous sera plantĂ©e, La terre nous ayant tous deux ensevelis, Ton corps refleurira dans la neige des lys Et de ma chair naĂźtra la rose ensanglantĂ©e. Et la divine Mort que tes vers ont chantĂ©e, En son vol noir chargĂ© de silence et d’oublis, Nous fera par le ciel, bercĂ©s d’un lent roulis, Vers des astres nouveaux une route enchantĂ©e. Et montant au soleil, en son vivant foyer Nos deux esprits iront se fondre et se noyer Dans la fĂ©licitĂ© des flammes Ă©ternelles ; Cependant que sacrant le poĂšte et l’ami, La Gloire nous fera vivre Ă  jamais parmi Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles. Ô Rossi, je t’ai vu, traĂźnant le manteau noir, Briser le faible cƓur de la triste OphĂ©lie, Et, tigre exaspĂ©rĂ© d’amour et de folie, Étrangler tes sanglots dans le fatal mouchoir. J’ai vu Lear et Macbeth, et pleurĂ© de te voir Baiser, suprĂȘme amant de l’antique Italie, Au tombeau nuptial Juliette pĂąlie. Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir. Car j’ai goĂ»tĂ© l’horreur et le plaisir sublimes, Pour la premiĂšre fois, d’entendre les trois rimes Sonner par ta voix d’or leur fanfare de fer ; Et, rouge du reflet de l’infernale flamme, J’ai vu — j’en ai frĂ©mi jusques au fond de l’ñme — Alighieri vivant dire un chant de l’Enfer. Certe, il Ă©tait hantĂ© d’un tragique tourment, Alors qu’à la Sixtine et loin de Rome en fĂȘtes, Solitaire, il peignait Sibylles et ProphĂštes Et, sur le sombre mur, le dernier jugement. Il Ă©coutait en lui pleurer obstinĂ©ment, Titan que son dĂ©sir enchaĂźne aux plus hauts faĂźtes, La Patrie et l’Amour, la Gloire et leurs dĂ©faites ; Il songeait que tout meurt et que le rĂȘve ment. Aussi ces lourds GĂ©ants, las de leur force exsangue, Ces Esclaves qu’étreint une infrangible gangue, Comme il les a tordus d’une Ă©trange façon ; Et dans les marbres froids oĂč bout son Ăąme altiĂšre, Comme il a fait courir avec un grand frisson La colĂšre d’un Dieu vaincu par la MatiĂšre ! La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes ; Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain La Vierge qui versait le lait pur et le vin Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes. Aujourd’hui le houblon, le lierre et les viornes Qui s’enroulent autour de ce dĂ©bris divin, Ignorant s’il fut Pan, Faune, HermĂšs ou Silvain, À son front mutilĂ© tordent leurs vertes cornes. Vois. L’oblique rayon, le caressant encor, Dans sa face camuse a mis deux orbes d’or ; La vigne folle y rit comme une lĂšvre rouge ; Et, prestige mobile, un murmure du vent, Les feuilles, l’ombre errante et le soleil qui bouge, De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant. Songeant Ă  sa maison, grande parmi les grandes, Plus grande qu’Iñigo lui-mĂȘme et qu’Abarca, Le vieux Diego Laynez ne goĂ»te plus aux viandes. Il ne dort plus, depuis qu’un sang honteux marqua La joue encore chaude oĂč l’a frappĂ© le Comte, Et que pour se venger la force lui manqua. Il craint que ses amis ne lui demandent compte, Et ne veut pas, navrĂ© d’un vertueux ennui, Leur laisser respirer l’haleine de sa honte. Alors il fit quĂ©rir et rangea devant lui Les quatre rejetons de sa royale branche, Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy. Son cƓur tremblant faisait trembler sa barbe blanche ; Mais l’honneur roidissant ses vieux muscles glacĂ©s, Il serra fortement les mains de l’aĂźnĂ©, Sanche. Celui-ci, stupĂ©fait, s’écria — C’est assez ! Ah ! vous me faites mal ! — Et le second, Alfonse, Lui dit — Qu’ai-je donc fait, pĂšre ? Vous me blessez ! — Puis Manrique — Seigneur, votre griffe s’enfonce Dans ma paume et me fait souffrir comme un damnĂ© ! — Mais il ne daigna pas leur faire une rĂ©ponse. Sombre, dĂ©sespĂ©rant en son cƓur consternĂ© D’enter sur un bras fort son antique courage, Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-nĂ©. Il l’étreignit, tĂątant et palpant avec rage Ces Ă©paules, ces bras frĂȘles, ces poignets blancs, Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage. Il les serra, suprĂȘme espoir, derniers Ă©lans ! Entre ses doigts durcis par la guerre et le hĂąle. L’enfant ne baissa pas ses yeux Ă©tincelants. Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout pĂąle, Sentant l’horrible Ă©tau broyer sa jeune chair, Voulut crier ; sa voix s’étrangla dans un rĂąle. Il rugit — LĂąche-moi, lĂąche-moi, par l’enfer ! Sinon, pour t’arracher le cƓur avec le foie, Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer ! — Le Vieux tout transportĂ© dit en pleurant de joie — Fils de l’ñme, ĂŽ mon sang, mon Rodrigue, que Dieu Te garde pour l’espoir que ta fureur m’octroie ! — Avec des cris de haine et des larmes de feu, Il dit alors sa joue insolemment frappĂ©e, Le nom de l’insulteur et l’instant et le lieu ; Et tirant du fourreau Tizona bien trempĂ©e, Ayant baisĂ© la garde ainsi qu’un crucifix, Il tendit Ă  l’enfant la haute et lourde Ă©pĂ©e. — Prends-la. Sache en user aussi bien que je fis. Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte. Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, mon fils. — Une heure aprĂšs, Ruy Diaz avait tuĂ© le Comte. Ce soir, seul au haut bout, car il n’a pas d’égaux, Diego Laynez, plus pĂąle aux lueurs de la cire, S’est assis pour souper avec ses hidalgos. Ses fils, ses trois aĂźnĂ©s, sont lĂ  ; mais le vieux sire En son cƓur angoissĂ© songe au plus jeune. HĂ©las ! Il n’est point revenu. Le Comte a dĂ» l’occire. Le vin rit dans l’argent des brocs ; le coutelas DĂ©gainĂ©, l’écuyer, ayant troussĂ© sa manche, Laisse Ă©chauffer le vin et refroidir les plats. Car le maĂźtre et seigneur n’a pas dit Que l’on tranche ! Depuis que dans sa chaise il est venu s’asseoir, Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche. Et le grave Ă©cuyer se tient prĂšs du dressoir, Devant la table vide et la foule bĂ©ante, Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir. Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante, Laynez ferme les yeux et baisse encor le front ; Mais il voit son fils mort et sa honte vivante. Il a perdu l’honneur, il a gardĂ© l’affront ; Et ses aĂŻeux, de race irrĂ©prochable et forte, Au jour du Jugement le lui reprocheront. L’outrage l’accompagne et le mĂ©pris l’escorte. De tout l’orgueil antique il ne lui reste rien. HĂ©las ! hĂ©las ! Son fils est mort, sa gloire est morte ! — Seigneur, ouvre les yeux. C’est moi. Regarde bien. Cette table sans viande a trop piĂštre figure ; Aujourd’hui j’ai chassĂ© sans valet et sans chien ; J’ai forcĂ© ce ragot ; je t’en offre la hure ! — Ruy dit, et tend le chef livide et hĂ©rissĂ© Qu’il tient empoignĂ© par l’horrible chevelure. Diego Laynez d’un bond sur ses pieds s’est dressĂ© — Est-ce toi, Comte infĂąme ? Est-ce toi, tĂȘte exsangue, Avec ce rire fixe et cet Ɠil convulsĂ© ? Oui, c’est bien toi ! Tes dents mordent encor ta langue ; Pour la derniĂšre fois l’insolente a raillĂ©, Et le glaive a tranchĂ© le fil de sa harangue ! Sous le col d’un seul coup par Tizona taillĂ©, D’épais et noirs caillots pendent Ă  chaque fibre ; Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillĂ©. D’une voix Ă©clatante et dont la salle vibre, Il s’écrie — Ô Rodrigue, ĂŽ mon fils, cher vainqueur, L’affront me fit esclave et ton bras me fait libre ! Et toi, visage affreux qui rĂ©jouis mon cƓur, Ma main va donc, au grĂ© de ma haine indomptable, Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancƓur ! — Et souffletant alors la tĂȘte Ă©pouvantable — Vous avez vu, vous tous, il m’a rendu raison ! Ruy, sieds-toi sur mon siĂšge au haut bout de la table. Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison. — Les portes du palais s’ouvrirent toutes grandes, Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes. Quittant cloĂźtre, mĂ©tier, champ, taverne et lavoir, Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte ; Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir. C’est que, vengeur du Christ que le Croissant insulte, Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourd’hui Dans Zamora qu’emplit un merveilleux tumulte. Il revient de la guerre, et partout devant lui, Sur son genet rapide et rayĂ© comme un zĂšbre Le cavalier berbĂšre en blasphĂ©mant a fui. Il a tout pris, pillĂ©, rasĂ©, brĂ»lĂ©, de l’Èbre Jusques au Guadiana qui roule un sable d’or, Et de l’Algarbe en feu monte un long cri funĂšbre. Il revient tout chargĂ© de butin, plus encor De gloire, ramenant cinq rois de MorĂ©rie. Ses captifs l’ont nommĂ© le Cid Campeador. Tel Ruy Diaz, Ă  travers le peuple qui s’écrie, La lance sur la cuisse, en triomphal arroi, Rentre dans Zamora pavoisĂ©e et fleurie. Donc, lorsque les huissiers annoncĂšrent Le Roi ! Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles Des tours et des clochers s’envolĂšrent d’effroi. Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles, Un instant, Ă©bloui, s’arrĂȘta sur le seuil Aux acclamations qui flattaient ses oreilles. Il s’avançait, charmĂ© du glorieux accueil... Tout Ă  coup, repoussant peuple, massiers et garde, Une femme apparut, pĂąle, en habits de deuil. Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde, Et, sous le voile Ă©pars de ses longs cheveux roux, Sanglotante et pĂąmĂ©e, elle cria — Regarde ! Reconnais-moi ! Seigneur, j’embrasse tes genoux. Mon pĂšre est mort qui fut ton fidĂšle homme lige ; Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous ! Je me plains hautement que le Roi me nĂ©glige Et ne veux plus attendre, au grĂ© du meurtrier, La vengeance Ă  laquelle un grand serment t’oblige. Oui, certe, ĂŽ Roi, je suis lasse de larmoyer ; La haine dans mon cƓur bout et s’irrite et monte Et me prend Ă  la gorge et me force Ă  crier Vengeance, ĂŽ Roi, vengeance et justice plus prompte ! Tire de l’assassin tout le sang qu’il me doit ! — Et le peuple disait — C’est la fille du Comte. Car d’un geste rigide elle montrait du doigt Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle, Lui dardait un regard Ă©tincelant et droit. Et l’Ɠil sombre de l’homme et les yeux clairs de celle Qui l’accusait, alors se croisĂšrent ainsi Que deux fers d’oĂč jaillit une double Ă©tincelle. Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi, Car l’un et l’autre droit que son esprit balance PĂšse d’un poids Ă©gal qui le tient en souci. Il hĂ©site. Le peuple attendait en silence. Et le vieux Roi promĂšne un regard incertain Sur cette foule oĂč luit l’éclair des fers de lance. Il voit les cavaliers qui gardent le butin, Glaive au poing, casque en tĂȘte, au dos la brigandine, RangĂ©s autour du Cid impassible et hautain. Portant l’étendard vert consacrĂ© dans MĂ©dine, Il voit les captifs pris au Miramamolin, Les cinq Émirs vĂȘtus de soie incarnadine ; Et derriĂšre eux, plus noirs sous leurs turbans de lin, Douze nĂšgres, chacun menant un cheval barbe. Or, le bon prince Ă©tait Ă  la justice enclin — Il a vengĂ© son pĂšre, il a conquis l’Algarbe ; Elle, au nom de son pĂšre, inculpe son amant. — Et Don Fernan pensif se caresse la barbe. — Que faire, songe-t-il, en un tel jugement ? — ChimĂšne Ă  ses genoux pleurait toutes ses larmes. Il la prit par la main et trĂšs courtoisement — RelĂšve-toi, ma fille, et calme tes alarmes, Car sur le cƓur d’un prince espagnol et chrĂ©tien Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes. Certes, Bivar m’est cher ; c’est l’espoir, le soutien De Castille ; et pourtant j’accorde ta requĂȘte, Il mourra si tu veux, ĂŽ ChimĂšne, il est tien. Dispose, il est Ă  toi. Parle, la hache est prĂȘte ! — Ruy Diaz la regardait, grave et silencieux. Elle ferma les yeux, elle baissa la tĂȘte. Elle n’a pu braver ce front victorieux Qu’illumine l’ardeur du regard qui la dompte ; Elle a baissĂ© la tĂȘte, elle a fermĂ© les yeux. Elle n’est plus la fille orgueilleuse du Comte, Car elle sent rougir son visage, enflammĂ© Moins encor de courroux que d’amour et de honte. — C’est sous un bras loyal par l’honneur mĂȘme armĂ© Que ton pĂšre a rendu son Ăąme — que Dieu sauve ! L’homme applaudit au coup que le prince a blĂąmĂ©. Car l’honneur de Laynez et de LaĂżn le Chauve, Non moins pur que celui des rois dont je descends, Vaut l’orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve. Condamne, si tu peux
 Pardonne, j’y consens. Que Gormaz et Laynez Ă  leur antique souche, Voient par vous reverdir des rameaux florissants. Parle, et je donne Ă  Ruy, sur un mot de ta bouche, Belforado, Saldagne et Carrias del Castil. — Mais ChimĂšne gardait un silence farouche. Fernan lui murmura — Dis, ne te souvient-il, Ne te souvient-il plus de l’amour ancienne ? — Ainsi parle le Roi gracieux et subtil. Et la main de ChimĂšne a frĂ©mi dans la sienne. I AprĂšs que Balboa menant son bon cheval Par les bois non frayĂ©s, droit, d’amont en aval, Eut, sur l’autre versant des CordillĂšres hautes, FoulĂ© le chaud limon des insalubres cĂŽtes De l’Isthme qui partage avec ses monts gĂ©ants La glauque immensitĂ© des deux grands OcĂ©ans, Et qu’il eut, s’y jetant tout armĂ© de la berge, PlantĂ© son Ă©tendard dans l’écume encor vierge, Tous les aventuriers, dont l’esprit s’enflamma, RĂȘvaient, en arrivant au port de Panama, De retrouver, espoir cupide et magnifique, Aux rivages dorĂ©s de la mer Pacifique, El Dorado promis qui fuyait devant eux, Et, mĂȘlant avec l’or des songes monstrueux, De forcer jusqu’au fond de ces torrides zones L’ñpre virginitĂ© des rudes Amazones Que n’avait pu dompter la race des hĂ©ros, De renverser des dieux Ă  tĂȘtes de taureaux Et de vaincre, vrais fils de leur ancĂȘtre Hercule, Les peuples de l’Aurore et ceux du CrĂ©puscule. Ils savaient que, bravant ces illustres pĂ©rils, Ils atteindraient les bords oĂč germent les bĂ©ryls Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines, Du vaste Ă©croulement des temples en ruines, La nĂ©cropole d’or des princes de Zenu ; Et que, suivant toujours le chemin inconnu Des Indes, par delĂ  les Ăźles des Épices Et la terre oĂč bouillonne au fond des prĂ©cipices Sur un lit d’argent fin la Source de SantĂ©, Ils verraient, se dressant en un ciel enchantĂ© Jusqu’au zĂ©nith brĂ»lĂ© du feu des pierreries, Resplendir au soleil les vivantes fĂ©eries Des sierras d’émeraude et des pics de saphir Qui recĂšlent l’antique et fabuleux Ophir. Et quand Vasco Nuñez eut payĂ© de sa tĂȘte L’orgueil d’avoir tentĂ© cette grande conquĂȘte, Poursuivant aprĂšs lui ce mirage Ă©clatant, MalgrĂ© sa mort, la fleur des Cavaliers, portant Le pennon de Castille Ă©cartelĂ© d’Autriche, PĂ©nĂ©tra jusqu’au fond des bois de CĂŽte-Riche À travers la montagne horrible, ou navigua Le long des noirs rĂ©cifs qui cernent Veragua, Et vers l’Est atteignit, malgrĂ© de grands naufrages, Les bords oĂč l’OrĂ©noque, enflĂ© par les orages, Inondant de sa vase un immense horizon, Sous le fiĂ©vreux Ă©clat d’un ciel lourd de poison, Se jette dans la mer par ses cinquante bouches. Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches, S’embarquĂšrent avec Pascual d’Andagoya Qui, poussant encor plus sa course, cĂŽtoya Le golfe oĂč l’OcĂ©an Pacifique dĂ©ferle, Mit le cap vers le Sud, doubla l’üle de Perle, Et cingla devant lui toutes voiles dehors, Ayant ainsi, parmi les ConquĂ©rants d’alors, L’heur d’avoir le premier fendu les mers nouvelles Avec les Ă©perons des lourdes caravelles. Mais quand, dix mois plus tard, malade et dĂ©confit, AprĂšs avoir trĂšs loin naviguĂ© sans profit Vers cet El Dorado qui n’était qu’un vain mythe, BravĂ© cent fois la mort, dĂ©passĂ© la limite Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt, Dans ses vaisseaux brisĂ©s Andagoya revint, Pedrarias d’Avila se mit fort en colĂšre ; Et ceux qui, sur la foi du rĂ©cit populaire, Hidalgos et routiers, s’étaient tous rassemblĂ©s Dans Panama, du coup demeurĂšrent troublĂ©s. Or les seigneurs, voyant qu’ils ne pouvaient plus guĂšre Employer leur personne en actions de guerre, Partaient pour Mexico ; mais ceux qui, n’ayant rien, Étaient venus tenter aux plages de Darien, DĂ©sireux de tromper la misĂšre importune, Ce que vaut un grand cƓur Ă  vaincre la fortune, S’entretenant Ă  jeun des rĂȘves les plus beaux, Restaient, l’épĂ©e oisive et la cape en lambeaux, Quoique tous bons marins ou vieux batteurs d’estrade, À regarder le flot moutonner dans la rade, En attendant qu’un chef hardi les commandĂąt. II Deux ans Ă©taient passĂ©s, lorsqu’un obscur soldat Qui fut depuis titrĂ© Marquis pour sa conquĂȘte, François Pizarre, osa prĂ©senter la requĂȘte D’armer un galion pour courir par-delĂ  Puerto Pinas. Alors Pedrarias d’Avila Lui fit reprĂ©senter qu’en cette conjoncture Il n’était pas prudent de tenter l’aventure Et ses dangers sans nombre et sans profit ; d’ailleurs, Qu’il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs De tous ses gens de guerre, en entreprises folles, Prodiguassent le sang des veines espagnoles, Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers, N’avait pu triompher des bois de mangliers Qui croisent sur ces bords leurs nƓuds inextricables ; Que, la tempĂȘte ayant rompu vergues et cĂąbles À leurs vaisseaux en vain si loin aventurĂ©s, Ils Ă©taient revenus mourants, dĂ©semparĂ©s, Et trop heureux encor d’avoir sauvĂ© la vie. Mais ce conseil ne fit qu’échauffer son envie. Si bien qu’avec Diego d’Almagro, par contrats, Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras, Et don Fernan de Luque ayant fourni les sommes, En l’an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes, Pizarre le premier, par un brumeux matin De novembre, montant un mauvais brigantin, Prit la mer, et lĂąchant au vent toute sa toile, Se fia bravement en son heureuse Ă©toile. Mais tout sembla d’abord dĂ©mentir son espoir. Le vent devint bourrasque, et jusqu’au ciel trĂšs noir La mer terrible, enflant ses houles couleur d’encre, DĂ©fonça les sabords, rompit les mĂąts et l’ancre, Et fit la triste nef plus rase qu’un radeau. Enfin aprĂšs dix jours d’angoisse, manquant d’eau Et de vivres, sa troupe Ă©tant d’ailleurs fort lasse, Pizarre dĂ©barqua sur une cĂŽte basse. Au bord, les mangliers formaient un long treillis ; Plus haut, impĂ©nĂ©trable et splendide fouillis De lianes en fleur et de vignes grimpantes, La berge s’élevait par d’insensibles pentes Vers la ligne lointaine et sombre des forĂȘts. Et ce pays n’était qu’un trĂšs vaste marais. Il pleuvait. Les soldats, devenus frĂ©nĂ©tiques Par le harcĂšlement venimeux des moustiques Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims, Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains, Des reptiles nouveaux et d’étranges insectes Ou voyaient Ă©merger des lagunes infectes, Sur leur ventre Ă©caillĂ© se traĂźnant d’un pied tors, Ces lĂ©zards monstrueux qu’on nomme alligators. Et quand venait la nuit, sur la terre trempĂ©e, Dans leurs manteaux, auprĂšs de l’inutile Ă©pĂ©e, Lorsqu’ils s’étaient couchĂ©s, n’ayant pour aliment Que la racine amĂšre ou le rouge piment, Sur le groupe endormi de ces chercheurs d’empires Flottait, crĂȘpe vivant, le vol mou des vampires, Et ceux-lĂ  qu’ils marquaient de leurs baisers velus Dormaient d’un tel sommeil qu’ils ne s’éveillaient plus. C’est pourquoi les soldats, par force et par priĂšre, Contraignirent leur chef Ă  tourner en arriĂšre, Et, malgrĂ© lui, disant un Ă©ternel adieu Au triste campement du port de Saint-Mathieu, Pizarre, par la mer nouvellement ouverte, Avec BartolomĂ© suivant la dĂ©couverte, Sur un seul brigantin d’un faible tirant d’eau Repartit, et, doublant Punta de Pasado, Le bon pilote Ruiz eut la fortune insigne, Le premier des marins, d’avoir franchi la Ligne Et poussĂ© plus au sud du monde occidental. La cĂŽte s’abaissait, et les bois de santal Exhalaient sur la mer leurs brises parfumĂ©es. De toutes parts montaient de lĂ©gĂšres fumĂ©es, Et les marins joyeux, accoudĂ©s aux haubans, Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans À travers la campagne, et tout le long des plages Fuir des champs cultivĂ©s et passer des villages. Ensuite, ayant serrĂ© la cĂŽte de plus prĂšs, À leurs yeux Ă©tonnĂ©s parurent les forĂȘts. Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres, L’ébĂ©nier, le gayac et les durs palissandres, Jusques aux confins bleus des derniers horizons Roulant le flot obscur des vertes frondaisons, VariĂ©s de feuillage et variĂ©s d’essence, DĂ©ployaient la grandeur de leur magnificence ; Et du nord au midi, du levant au ponent, Couvrant tout le rivage et tout le continent, Partout oĂč l’Ɠil pouvait s’étendre, la ramure Se prolongeait avec un Ă©ternel murmure Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir, Étincelait un lac, immobile miroir OĂč le soleil, plongeant au milieu de cette ombre, Faisait un grand trou d’or dans la verdure sombre. Sur le sable marneux, d’énormes caĂŻmans Guettaient le tapir noir ou les roses flamants. Les majas argentĂ©s et les boas superbes Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes, Ou, s’enroulant autour des troncs d’arbres pourris, Attendaient l’heure oĂč vont boire les pĂ©caris. Et sur les bords du lac horriblement fertile OĂč tout batracien pullule et tout reptile, Alors que le soleil dĂ©cline, on pouvait voir Les fauves par troupeaux descendre Ă  l’abreuvoir Le puma, l’ocelot et les chats-tigres souples, Et le beau carnassier qui ne va que par couples Et qui par-dessus tous les fĂ©lins est citĂ© Pour sa grĂące terrible et sa fĂ©rocitĂ©, Le jaguar. Et partout dans l’air multicolore Flottait la vĂ©gĂ©tale et la vivante flore ; Tandis que des cactus aux hampes d’aloĂšs, Les perroquets divers et les kakatoĂšs Et les aras, parmi d’assourdissants ramages, Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages, Dans un pĂ©tillement d’ailes et de rayons, Les frĂȘles oiseaux-mouche et les grands papillons, D’un vol vibrant, avec des jets de pierreries, Irradiaient autour des lianes fleuries. Plus loin, de toutes parts Ă©lancĂ©s, des halliers, Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers, Pillant les monbins mĂ»rs et les buissons d’icaques, Les singes de tout poil, ouistitis et macaques, Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous Par les figuiers gĂ©ants et les hauts acajous, Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues, Innombrables, de l’aube au soir, durant des lieues, Avec des gestes fous hurlant et gambadant, Tout le long de la mer les suivaient. Cependant, PoussĂ© par une tiĂšde et balsamique haleine, Le navire, doublant le cap de Sainte-HĂ©lĂšne, Glissa paisiblement dans le golfe d’azur OĂč, sous l’éclat d’un jour Ă©ternellement pur, La mer de Guayaquil, sans colĂšre et sans lutte, Arrondissant au loin son immense volute, Frange les sables d’or d’une Ă©cume d’argent. Et l’horizon s’ouvrit magnifique et changeant. Les montagnes, dressant les neiges de leur crĂȘte, Coupaient le ciel foncĂ© d’une brillante arĂȘte D’oĂč s’élançaient tout droits au haut de l’éther bleu Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu Le mont Chimborazo dont la sommitĂ© ronde, DĂŽme prodigieux sous qui la foudre gronde, DĂ©passe, gigantesque et formidable aussi, Le cĂŽne incandescent du vieux Cotopaxi. Attentif aux gabiers en vigie Ă  la hune, Dans le pressentiment de sa haute fortune, Pizarre, sur le pont avec les ConquĂ©rants, Jetait sur ces splendeurs des yeux indiffĂ©rents, Quand, soudain, au dĂ©tour du dernier promontoire, L’équipage, poussant un long cri de victoire, Dans le repli du golfe oĂč tremblent les reflets Des temples couverts d’or et des riches palais, Avec ses quais noircis d’une innombrable foule, Entre l’azur du ciel et celui de la houle, Au bord de l’OcĂ©an vit Ă©merger Tumbez. Alors, se recordant ses compagnons tombĂ©s À ses cĂŽtĂ©s, ou morts de soif et de famine, Et voyant que le peu qui restait avait mine De gens plus disposĂ©s Ă  se ravitailler Qu’à reprendre leur course, errer et batailler, Pizarre comprit bien que ce serait dĂ©mence Que de s’aventurer dans cet empire immense ; Et jugeant sagement qu’en ce dernier effort Il fallait Ă  tout prix qu’il restĂąt le plus fort, Il prit langue parmi ces nations Ă©tranges, Rassembla beaucoup d’or par dons et par Ă©changes, Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin Plein des fruits de la terre et lourd de son butin, Il mouilla dans le port aprĂšs trois ans de courses. LĂ , se trouvant Ă  bout d’hommes et de ressources, Bien que fort malhabile aux maniĂšres des cours, Il rĂ©solut d’user d’un suprĂȘme recours Avant que de tenter sa derniĂšre campagne, Et de Nombre de Dios s’embarqua pour l’Espagne. III Or, lorsqu’il toucha terre au port de San-Lucar, Il retrouva l’Espagne en allĂ©gresse, car L’ImpĂ©ratrice-Reine, en un jour trĂšs prospĂšre, Comblant les vƓux du prince et les dĂ©sirs du pĂšre, Avait heureusement mis au monde l’Infant Don Philippe — que Dieu conserve triomphant ! Et l’Empereur joyeux le fĂȘtait dans TolĂšde. LĂ , Pizarre, accouru pour implorer son aide, Conta ses longs travaux et, ployant le genou, Lui fit en bon sujet hommage du PĂ©rou. Puis ayant prĂ©sentĂ©, non sans quelque vergogne D’offrir si peu, de l’or, des laines de vigogne Et deux lamas vivants avec un alpaca, Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua Ces moutons singuliers et de nouvelle espĂšce Dont la taille Ă©tait haute et la toison Ă©paisse ; MĂȘme, il daigna peser entre ses doigts royaux, Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux ; Mais quand il dut traiter l’objet de la demande, Il rĂ©pondit avec sa rudesse flamande Qu’il trouvait, Ă  son grĂ©, que le vaillant Marquis Don Hernando CortĂšs avait assez conquis En subjuguant le vaste empire des AztĂšques ; Et que lui-mĂȘme ainsi que les saints ArchevĂȘques Et le Conseil Ă©taient fermement rĂ©solus À ne rien entreprendre et ne protĂ©ger plus, Dans ses possessions des mers occidentales, Ceux qui s’entĂȘteraient Ă  ces courses fatales OĂč s’abĂźma jadis Diego de Nicuessa. Mais, Ă  ce dernier mot, Pizarre se dressa Et lui dit Que c’était chose qui scandalise Que d’ainsi rejeter du giron de l’Église, Pour quelques onces d’or, autant d’infortunĂ©s, Qui, dans l’idolĂątrie et l’ignorance nĂ©s, Ne demandaient, vouĂ©s au cĂ©leste anathĂšme, Qu’à laver leurs pĂ©chĂ©s dans l’eau du saint baptĂȘme. Ensuite il lui peignit en termes Ă©loquents La CordillĂšre Ă©norme avec ses vieux volcans D’oĂč le feu souverain, qui fait trembler la terre Et fondre le mĂ©tal au creuset du cratĂšre, PrĂ©cipite le flux brĂ»lant des laves d’or Que garde l’oiseau Rock qu’ils ont nommĂ© condor. Il lui dit la nature enrichissant la fable ; D’innombrables torrents qui roulent dans leur sable Des pierres d’émeraude en guise de galets ; La chicha fermentant aux celliers des palais Dans des vases d’or pur pareils aux vastes jarres OĂč l’on conserve l’huile au fond des Alpujarres ; Les temples du Soleil couvrant tout le pays, RevĂȘtus d’or, bordĂ©s de leurs champs de maĂŻs Dont les Ă©pis sont d’or aussi bien que la tige Et que broutent, miracle Ă  donner le vertige Et fait pour rendre mĂȘme un Empereur pensif, Des moutons d’or avec leurs bergers d’or massif. Ce discours Ă©tonna Don Carlos, et l’Altesse, Daignant enfin peser avec la petitesse Des secours implorĂ©s l’honneur du rĂ©sultat, Voulut que sans tarder Don François rĂ©pĂ©tĂąt, Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres De dilater l’Église et de remplir les coffres. AprĂšs quoi, lui passant l’habit de chevalier De Saint-Jacque, il lui mit au cou son bon collier. Et Pizarre jura sur les saintes reliques Qu’il resterait fidĂšle aux rois TrĂšs-Catholiques, Et qu’il demeurerait le plus ferme soutien De l’Église Romaine et du beau nom chrĂ©tien. Puis l’Empereur dicta les augustes cĂ©dules Qui faisaient assavoir, mĂȘme aux plus incrĂ©dules, Que, sauf les droits anciens des hoirs de l’Amiral, Don François Pizarro, lieutenant gĂ©nĂ©ral De Son Altesse, Ă©tait sans conteste et sans terme Seigneur de tous pays, Ăźles et terre ferme, Qu’il avait dĂ©couverts ou qu’il dĂ©couvrirait. La minute Ă©tant lue et quand l’acte fut prĂȘt À recevoir les seings au bas des protocoles, Pizarre, ayant jadis peu hantĂ© les Ă©coles, Car en Estremadure il gardait les pourceaux, Sur le vĂ©lin royal d’oĂč pendaient les grands sceaux Fit sa croix, dĂ©clarant ne savoir pas Ă©crire, Mais d’un ton si hautain que nul ne put en rire. Enfin, sur un carreau brodĂ©, le bĂąton d’or Qui distingue l’Alcade et l’Alguazil Mayor Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose Ainsi dĂ»ment rĂ©glĂ©e et sa patente close, L’Adelantade, avant de reprendre la mer, Et bien qu’il n’en gardĂąt qu’un souvenir amer, Visita ses parents dans Truxillo, leur ville, Puis, joyeux, s’embarqua du havre de SĂ©ville Avec les trois vaisseaux qu’il avait nolisĂ©s. Il reconnut GomĂšre, et les vents alizĂ©s, Gonflant d’un souffle frais leur voilure plus ronde, EntraĂźnĂšrent ses nefs sur la route du monde Qui fit l’Espagne grande et Colomb immortel. IV Or donc, un mois plus tard, au pied du maĂźtre-autel, Dans Panama, le jour du noble ÉvangĂ©liste Saint Jean, fray Juan Vargas lut au prĂŽne la liste De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada Sous Don François Pizarre, et les recommanda. Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l’hostie, Voici de quelle sorte on fit la dĂ©partie. Lorsque l’Adelantade eut de tous pris congĂ©, Ce jour mĂȘme, aprĂšs vĂȘpre, en tĂȘte du clergĂ©, L’ÉvĂȘque ayant bĂ©ni l’armĂ©e avec la flotte, Don BartolomĂ© Ruiz, comme royal pilote, En pompeux apparat, tout vĂȘtu de brocart, Le porte-voix au poing, montant au banc de quart, Commanda de rentrer l’ancre en la capitane Et de mettre la barre au vent de tramontane. Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux, Les soldats inquiets et les marins joyeux, Debout sur les haubans ou montĂ©s sur les vergues D’oĂč flottait un pavois de drapeaux et d’exergues, Quand le coup de canon de partance roula, EntonnĂšrent en chƓur l’Ave maris stella ; Et les vaisseaux, penchant leurs mĂąts aux mille flammes, PlongĂšrent Ă  la fois dans l’écume des lames. La mer Ă©tant fort belle et le nord des plus frais, Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d’arrĂȘts Ou pour cause d’aiguade ou pour raison d’escale, Courant allĂšgrement par la mer tropicale, Pizarre saluait avec un mĂąle orgueil, Comme d’anciens amis, chaque anse et chaque Ă©cueil. BientĂŽt il vit, vainqueur des courants et des calmes, Monter Ă  l’horizon les verts bouquets de palmes Qui signalent de loin le golfe, et dĂ©barquant, Aux portes de Tumbez il vint planter son camp. LĂ , s’abouchant avec les Caciques des villes, Il apprit que l’horreur des discordes civiles Avait ensanglantĂ© l’Empire du Soleil ; Que l’orgueilleux bĂątard Atahuallpa, pareil À la foudre, rasant villes et territoires, Avait conquis, aprĂšs de rapides victoires, Cuzco, nombril du monde, oĂč les Rois, ses aĂŻeux, Dieux eux-mĂȘmes, siĂ©geaient parmi les anciens Dieux, Et qu’il avait courbĂ© sous le joug de l’épĂ©e La terre de Manco sur son frĂšre usurpĂ©e. AussitĂŽt, s’éloignant de la cĂŽte Ă  grands pas, À travers le dĂ©sert sablonneux des pampas, Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes, Pizarre commença d’escalader les Andes. De plateaux en plateaux, de talus en talus, De l’aube au soir allant jusqu’à n’en pouvoir plus, Ils montaient, assaillis de funĂšbres prĂ©sages. Rien n’animait l’ennui des mornes paysages. Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain Dans sa vasque de pierre un lac couleur d’étain. Sous un ciel tour Ă  tour glacial et torride, HarassĂ©s et tirant leurs chevaux par la bride, Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets ; La montagne semblait prolonger Ă  jamais, Comme pour Ă©puiser leur marche errante et lasse, Ses gorges de granit et ses crĂȘtes de glace. Une Ă©trange terreur planait sur la sierra Et plus d’un vieux routier dont le cƓur se serra Pour la premiĂšre fois y connut l’épouvante. La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante, Avec un sourd fracas se fendait, et le vent, Au milieu des Ă©clats de foudre, soulevant Des tourmentes de neige et des trombes de grĂȘles, Se lamentait avec des voix surnaturelles. Et roidis, aveuglĂ©s, Ă©perdus, les soldats, CramponnĂ©s aux rebords Ă  pic des quebradas, Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse. Sur leurs fronts la montagne Ă©tait abrupte et lisse, Et plus bas, ils voyaient, dans leurs lits trop Ă©troits, Rebondissant le long des bruyantes parois, Aux pointes des rochers qu’un rouge Ă©clair allume, Se briser les torrents en poussiĂšre d’écume. Le vertige, plus haut, les gagna. Leurs poumons Saignaient en aspirant l’air trop subtil des monts, Et le froid de la nuit gelait la triste troupe. Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe, L’un sur l’autre appuyĂ©s, broutaient un chaume ras, Les soldats, violant les tombeaux Aymaras, En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires Et faisaient de grands feux avec ces ossuaires. Pizarre seul n’était pas mĂȘme fatiguĂ©. AprĂšs avoir passĂ© vingt riviĂšres Ă  guĂ©, TraversĂ© des pays sans hameaux ni peuplade, Souffert le froid, la faim, et tentĂ© l’escalade Des monts les plus affreux que l’homme ait mesurĂ©s, D’un regard, d’une voix et d’un geste assurĂ©s, Au cƓur des moins hardis il soufflait son courage ; Car il voyait, terrible et somptueux mirage, Au feu de son dĂ©sir briller Caxamarca. Enfin, cinq mois aprĂšs le jour qu’il dĂ©barqua, Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare, Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare, À grand bruit de tambours et la banniĂšre au vent, Sur les derniers plateaux, et poussant en avant, Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine, En hĂąte, il dĂ©vala le chemin de la plaine. V Au nombre de cent six marchaient les gens de pied. L’histoire a dĂ©daignĂ© ces braves, mais il sied De nommer par leur nom, qu’il soit noble ou vulgaire, Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre Et de dire la race et le poil des chevaux, Ne pouvant, au rĂ©cit de leurs communs travaux, Ranger en mĂȘme lieu que des bĂȘtes de somme Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme. Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos Chevauchent, par le sang et la bravoure Ă©gaux, Autour des plis d’azur de la royale enseigne OĂč prĂšs du chĂąteau d’or le pal de gueules saigne Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez, Le fougueux Gabriel de Rojas, l’alferez, Dont le pourpoint de cuir bordĂ© de cannetilles Est gaufrĂ© du royal Ă©cu des deux Castilles, Et qui porte Ă  sa toque en velours d’Aragon Un saint Michel d’argent terrassant le dragon. Sa main ferme retient ce fameux cheval pie Qui s’illustra depuis sous Carbajal l’Impie ; Cet andalou de race arabe, et mal domptĂ©, Qui mĂąche en se cabrant son mors ensanglantĂ© Et de son dur sabot fait jaillir l’étincelle, Peut dĂ©passer, ayant son cavalier en selle, Le trait le plus vibrant que saurait dĂ©cocher Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer. À l’entour de l’enseigne en bon ordre se groupe, Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe C’est Juan de la Torre ; Cristobal Peralta, Dont la devise est fiĂšre Ad summum per alta ; Le borgne Domingo de Serra-Luce ; Alonze De Molina, trĂšs brun sous son casque de bronze ; Et François de Cuellar, gentilhomme andalous, Qui chassait les Indiens comme on force des loups ; Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence, Était en haut renom pour manier la lance. Ils s’alignent, rĂ©glant le pas de leurs chevaux D’aprĂšs le train suivi par leurs deux chefs rivaux, Del Barco qui, fameux chercheur de terres neuves, Avec Orellana descendit les grands fleuves, Et Juan de Salcedo qui, fils d’un noble sang, Quoique sans barbe encor, galope au premier rang. Sur un bravo Ă©talon cap de more qui fume Et piaffe, en secouant son frein blanchi d’écume. DerriĂšre, tout marris de marcher sur leurs pieds, Viennent les dĂ©montĂ©s et les estropiĂ©s. Juan ForĂšs pique en vain d’un carreau d’arbalĂšte Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui halĂšte ; Ribera l’accompagne, et laisse Ă  l’abandon Errer distraitement la bride et le bridon Au col de son bai brun qui boite d’un air morne, S’étant, faute de fers, usĂ© toute la corne. Avec ces pauvres gens marche don PĂšdre Alcon, Lequel en son Ă©cu porte d’or au faucon De sable, grilletĂ©, chaperonnĂ© de gueules ; Ce vieux seigneur jadis avait tournĂ© les meules Dans Grenade, du temps qu’il Ă©tait prisonnier Des mĂ©crĂ©ants. Ce fut un bon pertuisanier. Ainsi bien escortĂ©s, Ă  l’amble de leurs deux mules Fort pacifiquement s’en vont les deux Ă©mules Requelme, le premier, comme bon Contador, Reste silencieux, car le silence est d’or ; Quant au licenciĂ© Gil Tellez, le Notaire, Il dresse en son esprit le futur inventaire, Tout prĂȘt Ă  prĂ©lever, au taux juste et lĂ©gal, La part des Cavaliers aprĂšs le Quint Royal. Or, quelques fourrageurs restĂ©s sur les derriĂšres, Pour rejoindre leurs rangs, malgrĂ© les fondriĂšres, À leurs chevaux lancĂ©s ayant rendu la main, Et bravant le vertige et brĂ»lant le chemin, Par la montagne Ă  pic descendaient ventre Ă  terre. Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre. Les voici bride aux dents, le sang aux Ă©perons, Dans la foule effarĂ©e, au milieu des jurons, Du tumulte, des cris, des appels Ă  l’Alcade, Ils dĂ©bouchent. Le chef de cette cavalcade, Qui, d’aspect arrogant et vĂȘtu de brocart, Tandis que son cheval fait un terrible Ă©cart, Salue Alvar de Paz qui devant lui se range, En balayant la terre avec sa plume orange, N’est autre que Fernan, l’aĂźnĂ©, le plus hautain Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin Qu’on dit d’Alcantara, leur frĂšre par le ventre. Briceño qui, depuis, se fit clerc et fut chantre À Lima, n’étant pas trĂšs habile Ă©cuyer, Dans cette course folle a perdu l’étrier, Et, voyant ses amis dĂ©jĂ  loin, se dĂ©pĂȘche Et pique sa jument couleur de fleur de pĂȘche. Le brave Antonio galope Ă  son cĂŽtĂ© ; Il porte avec orgueil sa noble pauvretĂ©, Car, s’il a pour tout bien l’épĂ©e et la rondache, Son cimier hĂ©raldique est ceint des feuilles d’ache Qui couronnent l’écu des ducs de Carrion. Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon. À leurs cris, un seigneur, de ceux de l’avant-garde, S’arrĂȘte, et, retournant son cheval, les regarde. Il monte un genet blanc dont le caparaçon Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l’arçon. C’est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille Est faite pour vĂȘtir le harnois de bataille. Beau comme un Galaor et fier comme un CĂ©sar, Il marche en tĂȘte, ayant pour nom Benalcazar. PrĂšs d’Oreste voici venir le bon Pylade TrĂšs basanĂ©, le chef coiffĂ© de la salade, Il rĂȘve, enveloppĂ© dans son large manteau ; C’est le vaillant soldat Hernando de Soto Qui, rude explorateur de la zone torride, DĂ©couvrira plus tard l’éclatante Floride Et le pĂšre des eaux, le vieux MeschacĂ©bĂ©. Cet autre qui, casquĂ© d’un morion bombĂ©, Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane En flattant de la voix sa jument alezane, C’est l’aventurier grec Pedro de Candia, Lequel ayant brĂ»lĂ© dix villes, dĂ©dia, Pour expier ces feux, dix lampes Ă  la Vierge. Il regarde, au sommet dangereux de la berge, Caracoler l’ardent Gonzalo Pizarro, Qui depuis, Ă  Lima, par la main du bourreau, Ainsi que Carbajal, eut la tĂȘte branchĂ©e Sur le gibet, aprĂšs qu’elle eut Ă©tĂ© tranchĂ©e Aux yeux des Cavaliers qui, sĂ©duits par son nom, Dans Cuzco rĂ©voltĂ© haussĂšrent son pennon. Mais lui, bien qu’à son roi dĂ©loyal et rebelle, Étant bon hidalgo, fit une mort trĂšs belle. À quelques pas, l’épĂ©e et le rosaire au flanc, Portant sur les longs plis de son vĂȘtement blanc Un scapulaire noir par-dessus le cilice Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice, Chevauche saintement l’ennemi des faux dieux, Le trĂšs savant et trĂšs misĂ©ricordieux Moine dominicain fray Vincent de Valverde Qui, tremblant qu’à jamais leur Ăąme ne se perde Et pour l’éternitĂ© ne brĂ»le dans l’Enfer, Fit pĂ©rir des milliers de paĂŻens par le fer Et les auto-da-fĂ©s et la hache et la corde, Confiant que JĂ©sus, en sa misĂ©ricorde, Doux rĂ©munĂ©rateur de son pieux dessein, Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein. Enfin, les prĂ©cĂ©dant de dix longueurs de vare, Et le premier de tous, marche François Pizarre. Sa cape, dont le vent a dĂ©rangĂ© les plis, Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis ; Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race, Qui tous avaient quittĂ© l’acier pour la cuirasse De coton, il gardait, sous l’ardeur du Cancer, Sans en paraĂźtre las, son vĂȘtement de fer. Son barbe cordouan, rĂ©tif, faisait des voltes Et hennissait ; et lui, chĂątiant ces rĂ©voltes, Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts Les molettes d’argent de ses lourds Ă©perons, Mais sans plus s’émouvoir qu’un cavalier de pierre, Immobile, et dardant de sa sombre paupiĂšre L’insoutenable Ă©clat de ses yeux de gerfaut. Son cƓur aussi portait l’armure sans dĂ©faut Qui sied aux conquĂ©rants, et, simple capitaine, Il caressait dĂ©jĂ  dans son Ăąme hautaine L’espoir vertigineux de faire, tĂŽt ou tard, Un manteau d’Empereur des langes du bĂątard. VI Ainsi prĂ©cipitant leur rapide descente Par cette route Ă©troite, encaissĂ©e et glissante, Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher, Faisant rouler sous eux le sable et le rocher, Les hardis cavaliers couraient dans les tĂ©nĂšbres Des dĂ©filĂ©s en pente et des gorges funĂšbres Qu’éclairait par en haut un jour terne et douteux ; Lorsque, subitement, s’effondrant devant eux, La montagne s’ouvrit sur le ciel comme une arche Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche Et comme s’ils sortaient d’une noire prison, Dans leurs yeux aveuglĂ©s l’espace, l’horizon, L’immensitĂ© du vide et la grandeur du gouffre Se mĂȘlĂšrent, abĂźme Ă©blouissant. Le soufre, L’eau bouillante, la lave et les feux souterrains, Soulevant son Ă©chine et crevassant ses reins, Avaient ouvert, aprĂšs des siĂšcles de bataille, Au flanc du mont obscur cette splendide entaille. Et, la terre manquant sous eux, les ConquĂ©rants Sur la corniche Ă©troite ayant serrĂ© leurs rangs, Chevaux et cavaliers brusquement firent halte. Les Andes Ă©tageaient leurs gradins de basalte, De porphyre, de grĂšs, d’ardoise et de granit, Jusqu’à l’ultime assise oĂč le roc qui finit Sous le linceul neigeux n’apparaĂźt que par place. Plus haut, l’ñpre forĂȘt des aiguilles de glace Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement ; On dirait d’un terrible et clair fourmillement De guerriers cuirassĂ©s d’argent, vĂȘtus d’hermine, Qui campent aux confins du monde, et que domine De loin en loin, colosse incandescent et noir, Un volcan qui, dressĂ© dans la splendeur du soir, Hausse, porte-Ă©tendard de l’hivernal cortĂšge, Sa banniĂšre de feu sur un peuple de neige. Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins OĂč, prĂšs des cours d’eau chaude, au milieu des jardins, Ils avaient vu, dans l’or du couchant Ă©clatantes, Blanchir Ă  l’infini, les innombrables tentes De l’Inca, dont le vent enflait les pavillons ; Et de la solfatare en de tels tourbillons Montaient confusĂ©ment d’épaisses fumerolles, Que dans cette vapeur, couverts de banderoles, La plaine, les coteaux et le premier versant De la montagne avaient un aspect trĂšs puissant. Et tous les ConquĂ©rants, dans un morne silence, Sur le col des chevaux laissant pendre la lance, Ayant considĂ©rĂ© mĂ©lancoliquement Et le peu qu’ils Ă©taient et ce grand armement, PĂąlirent. Mais Pizarre, arrachant la banniĂšre Des mains de Gabriel Rojas, d’une voix fiĂšre Pour Don Carlos, mon maĂźtre, et dans son Nom Royal, Moi, François Pizarro, son serviteur loyal, En la forme requise et par-devant Notaire, Je prends possession de toute cette terre ; Et je prĂ©tends de plus que si quelque rival Osait y contredire, Ă  pied comme Ă  cheval, Je maintiendrai mon droit et laverai l’injure ; Et par mon saint patron, Don François, je le jure ! — Et ce disant, d’un bras furieux, dans le sol Qui frĂ©mit, il planta l’étendard espagnol Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales Tordit superbement les franges triomphales. Cependant les soldats restaient silencieux, Éblouis par la pompe imposante des cieux. Car derriĂšre eux, vers l’ouest, oĂč sans fin se dĂ©roule Sur des sables lointains la Pacifique houle, En une brume d’or et de pourpre, linceul Rougi du sang d’un Dieu, sombrait l’antique AĂŻeul De Celui qui rĂ©gnait sur ces tentes sans nombre. En face, la sierra se dressait haute et sombre. Mais quand l’astre royal dans les flots se noya, D’un seul coup, la montagne entiĂšre flamboya De la base au sommet, et les ombres des Andes, Gagnant Caxamarca, s’allongĂšrent plus grandes. Et tandis que la nuit, rasant d’abord le sol, De gradins en gradins haussait son large vol, La mourante clartĂ©, fuyant de cime en cime, Fit resplendir enfin la crĂȘte plus sublime ; Mais l’ombre couvrit tout de son aile. Et voilĂ  Que le dernier sommet des pics Ă©tincela, Puis s’éteignit. Alors, formidable, enflammĂ©e D’un haut pressentiment, tout entiĂšre, l’armĂ©e, Brandissant ses drapeaux sur l’occident vermeil, Salua d’un grand cri la chute du Soleil. TABLE TABLE LA GRÈCE ET LA SICILE ROME ET LES BARBARES LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE L’ORIENT ET LES TROPIQUES LA NATURE ET LE RÊVE ROMANCERO LES CONQUÉRANTS DE L’OR

chasser les oiseaux et rapporter les trophees